Entretien avec les fondateur.ice.s de Same UTT

 

Pour marquer la journée internationale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie, l’Institut du Genre en Géopolitique annonce son partenariat avec l’association étudiante Same UTT. Nous avons interviewé Fanny, William et Lauryne qui ont créé ce safe space pour les étudiant.e.s membres de la communauté LGBT+ et allié.e.s à l’Université de Technologie de Troyes. Découvrez ici leur initiative.

Pouvez-vous nous présenter Same UTT ? 

Créé en mars 2020, Same UTT est un club étudiant de l’Université Technologique de Troyes. Il compte 24 membres actifs et près de 250 personnes touchées par nos actions. Le but est de créer un safe place pour les personnes de la communauté LGBTQIA+, de mettre en place des actions de sensibilisation  à travers des ateliers de discussions, des débats, des conférences, etc. Same UTT a déjà lancé plusieurs débats sur les réseaux sociaux dont un sur la possibilité de proposer des toilettes non-genrées dans notre établissement scolaire. Nous espérons que la rentrée de Septembre 2020 nous permettra de mettre en place plus d’actions directes.

Pourquoi avoir créé cette association ?

Nous avons constaté qu’il existait à l’UTT une nécessité de représentations plus diverses, notamment pour rendre plus visible les membres de la communauté LGBTQIA+. De plus, nous avons pu être témoins à titre individuel de diverses discriminations inter-étudiantes. Nous souhaitions donc créer un espace de discussions pour les membres de la communauté et éveiller les consciences des autres étudiant·e·s.

Que proposez vous pour les étudiant.e.s de l’UTT ?

Avant toute chose, nous avions pour but de créer un safe place pour les étudiant·e·s de l’UTT. Nous souhaitons que chacun·e puisse se sentir à sa place, et pour cela nous voulons leur apporter de l’aide, ou juste leur permettre d’échanger avec des personnes ayant eu les mêmes interrogations qu’elles.eux. Ce safe place est un espace positif, respectueux et sans  jugement.

Les études supérieures marquent souvent la période où l’on commence à exprimer ce que l’on est. Les membres de la communauté LGBT+ à l’UTT ne sont pas tous au même stade de leur acceptation de soi, nous souhaitons donc leur permettre d’échanger pour avancer sur ce point là. Ainsi, on veut se tenir disponible pour aider tous ceux qui en ont besoin, quelque soit la forme que cette aide prenne.

Comment expliquez-vous le manque de représentation de la communauté LGBTI+ dans le domaine de l’ingénierie ?

Le contexte scientifique de l’UTT implique qu’il y a dans notre école 80 % d’hommes environ. Cette surreprésentation masculine associée à la culture “scientifique” entraîne le développement d’idées assez arrêtées sur la communauté LGBTQIA+. Elle se traduit notamment par une certaine transphobie, à travers le rejet verbal et physique des femmes transgenres étudiantes à l’UTT,  ainsi que par l’invalidation des personnes non-binaires ou trans-masculines par des hommes hétérosexuels.

De plus en plus d’entreprises de la tech se présentent comme LGBT-friendly. On fait ici référence, par exemple, au groupe Alphabet (Google) qui célèbre la Pride sur son moteur de recherche. Pink-washing ou véritable évolution vers la tolérance ? 

Nous pensons qu’il y a beaucoup de Pink-Washing dans le domaine de la tech, car selon nos expériences personnelles, s’il est énoncé que l’entreprise a des politiques pro LGBTQIA+ et non-sexistes peu de moyens sont réellement mis en place pour améliorer les conditions de vie des personnes concernées (transparence au niveau des collaborat.eur·rice·s et formations sur le sujet).

Ce n’est pas un signe à part entière que les mentalités avancent : cela signifie que certaines mentalités ont évoluées menant à une nécessaire évolution de l’éthique de l’entreprise. Mais il est très simple de faire passer sous silence le manque d’actions concrètes mises en place en faisant des discours parfois vides de sens. Toutefois, étant principalement ciblé sur la communauté de l’UTT nous n’avons à ce jour pas assez d’informations pour l’affirmer pleinement. 

Quelles initiatives préconisez-vous pour assurer une meilleure diversité dans le domaine de la technologie ?

Il est toujours délicat de faire évoluer les mentalités des plus âgés, il est donc pertinent de s’ouvrir à nos générations et d’agir auprès des ingénieur.e.s de demain. Nous préconisons donc principalement l’action à notre échelle, c’est le mieux que l’on puisse faire pour l’instant.

À titre individuel, nous montrons que la diversité existe en se portant représentant·e·s et nous avons pour projet de mener toujours plus d’actions de sensibilisation et de débats pour faire émerger les sujets qui nous paraissent pertinents. 

Qu’espérez vous changer dans votre école d’ingénieur – et dans les écoles d’ingénieurs françaises en général ? 

Nous espérons créer une synergie et mettre en lumière l’énergie que nous sommes prêt·e·s à investir pour faire changer les mentalités. Nous voudrions si possible créer une unité dans cette démarche en rentrant en contact avec d’autres écoles d’ingénieurs et d’autres étudiant·e·s en général, quitte à ce qu’elles.ils puissent également créer des initiatives similaires dans leurs écoles. En effet, l’UTT n’est pas la seule école qui peut bénéficier de telles initiatives, les entreprises pourraient y voir une volonté d’obtenir plus de tolérance dans le milieu professionnel.

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