La lutte féministe dans la République bolivarienne du Vénézuela

03.09.2020

Emma Rinaudo-Dome

La crise humanitaire du Venezuela place les femmes dans une vulnérabilité importante. Ce pays, longtemps le plus riche d’Amérique latine, endure en effet une crise à la fois économique, politique et sociale qui à tout niveau impacte la vie de ses citoyens. Principalement dirigés par les femmes, les foyers subissent de plein fouet cette crise et ses pénuries, obligeant un grand nombre de Vénézuéliens à fuir leur pays.

Entre famine, migration, dispositifs de santé désuets et lois strictes, les femmes se retrouvent souvent contraintes à faire des choix drastiques pour elles, leur corps et leurs enfants. Analyser cette crise en termes de genre nous permettra d’aborder l’évolution du rôle des femmes – dans la politique notamment. En outre, à travers la vulnérabilité des femmes pendant la crise nous analyserons l’impact des luttes féministes dans la république bolivarienne du Venezuela1]Mise en place en 1999..

I. Un système sanitaire défaillant et aggravé par la crise qui limite les recours des femmes en termes de grossesse

« La femme n’est victime d’aucune mystérieuse fatalité : il ne faut pas conclure que ses ovaires la condamnent à vivre éternellement à genoux. » (Simone de Beauvoir, Le Deuxième sexe, 1949) La crise vénézuélienne emprisonne pourtant les femmes dans leur propre corps, dans ce devoir d’être mère qui est aujourd’hui devenu plus un fardeau qu’un cadeau de la nature.

Dans la situation économique et politique désastreuse du Venezuela, une image peu connue de la crise doit être analysée : la situation sociale des femmes et des filles. En effet, dans un pays où 44% des foyers sont dirigés par des femmes2]Mabel Sarmiento, « A la mujer venezolana la crisis la golpea dos veces », 2020, cronica uno, disponible sur : https://cronica.uno/a-la-mujer-venezolana-la-crisis-la-golpea-dos-veces/, analyser les impacts de cette crise en termes de genre paraît primordial. « Ce sont généralement elles [les femmes] qui attendent dans les queues interminables au supermarché, qui endurent le système de santé défaillant quand leurs proches tombent malades, et qui pleurent les décès de leurs enfants aux mains de la police, tout en survivant aux statistiques sinistres qui les affligent »3]Laura Vidal, « Au Venezuela, les femmes font les frais de la crise », 2018, Global voices, disponible sur : https://fr.globalvoices.org/2018/09/14/228692/. Et pour cause, les pénuries sont telles que les femmes passent souvent des jours agglutinées devant les supermarchés avant de pouvoir ramener de quoi nourrir leur famille. Parfois obligées de dormir dans la rue pour obtenir un numéro permettant l’accès aux denrées, leur attente ne leurs garantie pas toujours l’arrivée de celles-ci. Les risques de malnutrition sont alors considérables et placent la population, notamment les femmes et les enfants, dans une grande détresse. Ainsi, selon les estimations de l’ONU, « sept millions de personnes – soit 25% de la population – ont besoin d’une aide humanitaire. Dans un pays qui importe jusqu’à 75% de sa nourriture, celle-ci est de moins en moins disponible et abordable. En 2018, 3,7 millions de personnes souffraient de malnutrition, un problème qui aurait triplé en l’espace de cinq ans. » Les femmes enceintes sont d’autant plus fragiles, puisque 48,5% d’entre elles souffriraient de déficiences nutritionnelles4]Noelani Kirschner, « Au Venezuela, femmes et familles pâtissent du chaos créé par Maduro », 2019, Share America, disponible sur : https://share.america.gov/fr/au-venezuela-femmes-et-familles-patissent-du-chaos-cree-par-maduro/.

Par ailleurs, l’eau ou encore l’électricité dans les foyers et dans les hôpitaux sont eux aussi souvent coupées. Les médicaments, les contraceptifs, les couches et bien d’autres produits sont eux aussi manquants. La population cherche alors à se procurer ces denrées sur le marché noir, parfois seule alternative, pour survivre. Survivre, voici peut-être le mot caractérisant au mieux la situation des Vénézuéliens notamment des femmes. Dû aux manques de matériels médicaux et de structures pouvant accueillir les patients, la plupart des femmes enceintes ne peuvent pas être soignées ou simplement être reçues. Les femmes sont ainsi les principales victimes de ce système défaillant par l’absence de contraceptifs pour leurs éviter la grossesse et le danger aujourd’hui d’accoucher au Venezuela. En effet, selon l’indice de pénurie de méthodes contraceptives, 15 femmes sur 100 obtiennent des pilules contraceptives après avoir fait la queue dans une pharmacie, sans parler de la pénurie de préservatifs sur le marché, qui peut coûter l’équivalent de quatre salaires minimum5]Génesis Carrero Soto, « Cuando la crisis daña el cuerpo de las madres », 2019, Salud con lupa, disponible sur : https://saludconlupa.com/series/venezuela-un-pais-en-busca-de-alivio/cuando-la-crisis-dana-el-cuerpo-de-las-madres/. Le ministère du Pouvoir populaire pour la santé reconnaît même que la mortalité infantile a augmenté de 30,12% depuis 2016 avec 11 466 décès d’enfants de 0 à 1 an et que la mortalité maternelle de 65%6]Paula Doria, « Los hijos del exodo », Semana, disponible sur : https://especiales.semana.com/los-hijos-del-exodo/.

Ainsi, sur 100 000 vénézuéliennes enceintes, 400 meurent à cause des terribles conditions sanitaires des hôpitaux, de complications sans surveillance et d’infections après l’accouchement7]Génesis Carrero Soto, « Cuando la crisis daña el cuerpo de las madres », 2019, Salud con lupa, disponible sur : https://saludconlupa.com/series/venezuela-un-pais-en-busca-de-alivio/cuando-la-crisis-dana-el-cuerpo-de-las-madres/. Les femmes les moins aisées sont les plus touchées puisqu’elles n’ont pas les moyens de payer la nourriture, les examens, le matériel chirurgical ou encore les médicaments pendant l’hospitalisation. De ce fait, beaucoup d’entre elles fuient le pays et tentent d’aller accoucher dans les pays voisins, tels que la Colombie, le Pérou ou encore le Chili, pour échapper à ces conditions. Selon un rapport8]Service jésuite des réfugiés (SJR) et l’Université catholique de Táchira (UCAT), Rapport sur la mobilité urbaine 2018., 56,3% de ceux et celles qui ont décidé d’émigrer l’ont fait en raison du « manque de médicaments pour les traitements médicaux ».

À travers cette situation sanitaire désastreuse, sur l’année 2019, 4 millions de Vénézuéliens ont dû quitter leurs pays, dont 1,3 millions d’entre eux en Colombie, principale destination des femmes enceintes. Selon le ministère de la Santé colombien, à Caracas, environ 200 naissances sont assistées par mois9]Paula Doria, « Los hijos del exodo », Semana, disponible sur : https://especiales.semana.com/los-hijos-del-exodo/.Or, le pays, n’accordant pas la nationalité par le sol, se retrouve à gérer un nombre important d’enfants apatrides accroissant davantage la vulnérabilité des mères et de leurs nouveau-nés aux vols, violences et adoptions forcées. Entre 2014 et 2018, le nombre de Vénézuéliennes victimes de trafiquants en Amérique du Sud et en Europe a même quadruplé10]Laura Vidal, « Au Venezuela, les femmes font les frais de la crise », 2018, Global voices, disponible sur : https://fr.globalvoices.org/2018/09/14/228692/. De plus, la fragilité des systèmes de santé et du marché de travail des pays voisins accueillant cette vague migratoire n’arrange en rien la situation des femmes. En Colombie notamment, les migrantes sont souvent marginalisées, sujettes aux préjugés et aux abus. « Ainsi, pendant que beaucoup accusent les Vénézuéliens de “voler” les emplois locaux et de s’adonner au crime, les femmes sont souvent considérées comme des prostituées.»11]Idem..

II. La lutte féministe et les applications légales en termes de genre

À cette situation, les mouvements féministes réclament des améliorations. Ils prennent même de l’ampleur à la suite de l’incurie des politiques genrées. En l’occurrence, malgré les divisions politiques qui séparent le pays entre « anti » et « pro » Maduro, les femmes semblent être unies et prêtes à dénoncer un système politico-social dans lequel elles sont lésées12]Xili Duran, « Le mouvement féministe vénézuélien prend de l’ampleur face à l’incurie des politiques », 2020, Global voices, disponible sur : https://fr.globalvoices.org/2020/03/30/247258/. En effet, dans un pays où la famille est matricentrale – la mère à la responsabilité absolue de maintenir la vie et tout ce qu’elle comprend – il devient nécessaire d’intégrer l’approche de genre dans la politique.

Malgré un droit de vote obtenu en 1945, c’est la réforme constitutionnelle, instituée par Hugo Chavez en 1999, qui réalise un pas significatif vers l’égalité femme/homme avec un langage inclusif rendant les femmes visibles en tant que citoyennes ayant des droits et des devoirs13]Marielis Fuentes, « Reflexiones sobre el feminismo en Venezuela », 2019, Revista marea, disponible sur :  https://revistamarea.com/2019/05/23/reflexiones-sobre-el-feminismo-en-venezuela/. Cette construction constitutionnelle est cruciale car elle permet de nombreuses avancées dans les législations successives en matière de droit du travail14]Interview de Gioconda Mota, « Les droits des femmes dans la révolution bolivarienne: avancées et défis », 2015, Venezuela Infos, disponible sur : https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/12/24/les-droits-des-femmes-dans-la-revolution-bolivarienne-avancees-et-defis-par-gioconda-mota-alba-tv/ pour les femmes, notamment la reconnaissance du travail domestique non rémunéré comme un travail bénéficiant de garanties sociales au même titre que les autres, la reconnaissance de la protection de la maternité et de la famille, ou encore la Convention sur l’élimination de toute forme de discrimination contre la femme15]La convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), disponible sur : http://www.un.org/womenwatch/daw/cedaw/text/fconvention.htm. Une des conquêtes les plus significatives dans ce domaine est la « loi organique du travail, des travailleuses et des travailleurs » en 2012 dans laquelle des objectifs concrets ont été atteints tels que : l’allongement du congé post-natal, l’interdiction de licenciement pour les parents ou encore pour la première fois, la prise en compte du thème des abus sexuels au travail16]Interview de Gioconda Mota, « Les droits des femmes dans la révolution bolivarienne: avancées et défis », 2015, Venezuela Infos, disponible sur : https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/12/24/les-droits-des-femmes-dans-la-revolution-bolivarienne-avancees-et-defis-par-gioconda-mota-alba-tv/ .

En 2006, des missions, telles que Madres del barrio, sont créées dans le but d’assister des mères célibataires en situation de grande détresse psychique et sociale. À travers un paiement mensuel pour l’utilisation du temps dans les activités domestiques et de soins non rémunérées, la mission souhaite encourager l’alphabétisation, l’autonomisation et l’organisation politique des femmes à la base. Dans les années bolivariennes, de nombreuses missions pour réduire la pauvreté, le chômage et la précarité des femmes sont mises en place. De ce fait, entre 2005 et 2006, le taux de pauvreté diminue de 37,1 % à 30,2 %, et le taux d’extrême pauvreté de 15,9 % à 9,9 %. Toutefois, malgré les efforts notables engagés par le gouvernement pour placer les diverses questions liées à l’égalité des sexes sur l’agenda politique, il demeure que le parti pris patriarcal influence encore les décisions et les positions présentées dans certains cas17]Marielis Fuentes, « Reflexiones sobre el feminismo en Venezuela », 2019, Revista marea, disponible sur :  https://revistamarea.com/2019/05/23/reflexiones-sobre-el-feminismo-en-venezuela/.

À cela s’ajoute la crise économique de 2013 qui aggrave de plus en plus la précarité des femmes tout en réduisant le montant des aides précédemment mises en place sous Chavez18]De 1999 à 2013.. La violence, la crise sanitaire et les pénuries sont autant d’éléments qui réaniment aujourd’hui les luttes féministes. Les causes de ces revendications sont des lois trop strictes pour les femmes en matière d’avortement, une absence de structure de santé, des lois de protections peu efficientes ou encore des programmes de santé qui ne fonctionnent pas. Parmi les questions toujours en suspens dans le programme de lutte féministe, la dépénalisation de l’avortement reste un des points fondamentaux. Compris comme une interruption volontaire de grossesse, l’avortement est sanctionné par le Code pénal de 2000, sauf en cas de menace pour la santé de la femme. Il peut aller de six mois à deux ans d’emprisonnement pour les femmes y ayant eu recours. Or, avec l’absence de moyens de contraception due aux pénuries, les femmes ont plus de risques de tomber enceintes et parfois d’abandonner leur nouveau-né faute de moyens pour subvenir à leurs besoins.

Ainsi, à la priorité pour l’égalité femmes-hommes avant la crise, s’ajoute la dépénalisation de l’avortement comme une priorité sanitaire, sachant que celui-ci reste peu praticable physiquement à cause du manque de matériels hospitaliers. Pour pallier aux conditions d’accouchements, et pour répondre à dix années de lutte féministe, le 11 juillet 2017 le gouvernement vote alors son « plan de naissance humanisée » pour assurer le respect des volontés des futures mères lors de la naissance qu’importe la classe sociale. Un montant de 12 000 millions de Bolivar est approuvé par le président Nicolas Maduro pour la mise en place de ce programme permettant une meilleure connaissance de la grossesse par les femmes19]Michele de Melo, « Venezuela comemora dois anos do plano nacional de parto humanizado », 2019, Brasil de fato, disponible sur : https://www.brasildefato.com.br/especiais/venezuela-comemora-dois-anos-do-plano-nacional-de-parto-humanizado ; Traduction disponible sur : https://venezuelainfos.wordpress.com/2019/08/12/le-venezuela-celebre-deux-ans-de-son-programme-dhumanisation-de-laccouchement/. Ce plan est salué par la cause et est considéré comme une avancée en matière de droit. Cependant, la situation dans les hôpitaux du pays ne semble pas avoir changé puisque la mortalité infantile et des mères reste toujours très élevée.

Il faut également prendre en compte la question des violences sexistes. L’avancée la plus significative est la Loi Organique pour le Droit des Femmes à une Vie Libre de Violence (2007) reconnaissant 19 formes de violences dont le féminicide en 2014. Cette loi permet également une avancée dans l’administration publique sur ces sujets tels que la formation des fonctionnaires de justice ou la création de tribunaux spécialisés. Pourtant, l’absence de chiffres officiels sur la situation des droits des femmes en termes de violence, mortalité maternelle ou encore fécondité ralentit les améliorations.

Par conséquent, la plupart des indicateurs transmis sont produits par des associations féministes et ne permettent pas des recherches précises sur l’impact réel des lois. Les féministes dénoncent même une absence d’actions préventives contre les féminicides et de poursuites des agresseurs. « Parmi les 554 meurtres de femmes reconnus comme tels au cours des deux dernières années, on ne compte que 119 condamnations. Sur le papier, le Venezuela a une législation adéquate pour lutter contre les violences sexistes, mais on ignore les budgets qui y sont consacrés et il n’y a pas assez de policiers. »20]Xili Duran, « Le mouvement féministe vénézuélien prend de l’ampleur face à l’incurie des politiques », 2020, Global voices, disponible sur : https://fr.globalvoices.org/2020/03/30/247258/. De ce fait, malgré un gouvernement se présentant comme féministes, les institutions restent impuissantes.

III. La démocratie participative, un espoir pour l’inclusion des femmes ? 

La république bolivarienne du Venezuela impulsée par les deux mandats d’Hugo Chavez a placé la démocratie participative aux fondements de sa politique. Bâtie sur l’idée d’un État fédéral décentralisé, la constitution de la « République Bolivarienne du Venezuela » veut promouvoir la politique dans toutes les couches de la société. Les communautés sont alors rendues coresponsables de leur propre développement21]Jessica Brandler-Weinreb. Participation, politisation et rapports de genre: changement social en milieu populaire (Venezuela, 2002-2012). Sociologie. IHEAL-CREDA Université Paris III Nouvelle Sorbonne, 2015, disponible sur : https://halshs.archives-ouvertes.fr/tel-01317674/file/These_Brandler_Jessica_2015.pdf et la politisation progressive de la population va mettre en avant un nouvel acteur : les femmes.

Cette politique participative valorisant les affaires locales et le registre du quotidien va ouvrir principalement la voie aux femmes des milieux populaires. Souvent marginalisées dans la lutte féministe, la possibilité pour elles de défendre leurs revendications selon leurs vécus permettra de faire évoluer l’inclusion des questions de genre en politique. De plus, la particularité de la société vénézuélienne matrifocale plaçant les femmes au cœur de la vie sociale et au sommet de la famille va leurs permettre de devenir les principales actrices de la politique participative22]Idem.. Bien plus, leur légitimité suprême issue du statut de « mères » sera utilisée par celles-ci pour faire entendre leur voix. De cette manière, principale raison de leurs vulnérabilités au sein de la crise, les femmes vont se servir de la maternité pour imposer leurs revendications. « Par la « maternité́ politique », ces femmes instrumentalisent l’autorité́ sociale et familiale qu’elles détiennent pour la transformer en ressource légitimatrice de leur action politique. Dans le cadre où ce n’est plus l’espace mais l’activité́ qui est considérée comme politique, la maternité́ permet aux femmes des classes populaires de se construire en sujets politiques individualisés. »23]Jessica Brandler-Weinreb. Participation, politisation et rapports de genre: changement social en milieu populaire (Venezuela, 2002-2012). Sociologie. IHEAL-CREDA Université Paris III Nouvelle Sorbonne, 2015, disponible sur : https://halshs.archives-ouvertes.fr/tel-01317674/file/These_Brandler_Jessica_2015.pdf. Par conséquent, les femmes ont cessé d’être réduites exclusivement à la sphère privée et à leur place au sein du foyer pour commencer à occuper différents rôles de la vie publique. Elles ont progressivement conquis la vie publique tout en restant les seules responsables de la sphère privée 24]Interview de Gioconda Mota, « Les droits des femmes dans la révolution bolivarienne: avancées et défis », 2015, Venezuela Infos, disponible sur : https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/12/24/les-droits-des-femmes-dans-la-revolution-bolivarienne-avancees-et-defis-par-gioconda-mota-alba-tv/.

En réalité, si nous analysons la politique de participation comme une politique d’expérience – ce que nous propose Jessica Brandler (2015) – on remarque que plus qu’un outil effaçant les inégalités femmes/hommes ou corrigeant le déséquilibre d’emploi du temps entre eux, cette démocratie participative permet davantage de rendre visible toute une partie de la société qui était jusque-là réduite au silence. Cette politique participative « rend visible l’invisible en politisant le quotidien et l’ensemble d’activités et de rapports qui le compose. La micro-localisation de la participation politique entraîne une superposition des devoirs et des rôles, qui produit un changement au niveau de la vie quotidienne du pays. Ce phénomène de visibilisation devient un moyen de confirmer l’existence d’une partie de la population qui est toujours restée à l’écart du système politique25]Jessica Brandler-Weinreb. Participation, politisation et rapports de genre: changement social en milieu populaire (Venezuela, 2002-2012). Sociologie. IHEAL-CREDA Université Paris III Nouvelle Sorbonne, 2015, disponible sur : https://halshs.archives-ouvertes.fr/tel-01317674/file/These_Brandler_Jessica_2015.pdf». C’est véritablement à travers cette visibilité que l’inclusion des questions de genre dans la politique et la société peut se faire et doit se faire dans le temps.

Conclusion

Les femmes vénézuéliennes à travers l’impulsion de la révolution bolivarienne ont progressivement su faire entendre leur existence et ont réussi à faire évoluer leur rôle de « mères », en actrice pour la politique participative.

Cependant, les crises économiques, politiques et sociales subi par le Venezuela depuis 2013 placent les femmes dans une vulnérabilité importante qui nécessite du changement. Or, le gouvernement – à défaut de moyen et de priorité pour la cause féminine – ne peut pas y répondre. Par conséquent, malgré des multiples conquêtes législatives par les mouvements féministes, cela ne signifie pas nécessairement que celles-ci soient devenues concrètes dans la réalité.

References   [ + ]

1. Mise en place en 1999.
2. Mabel Sarmiento, « A la mujer venezolana la crisis la golpea dos veces », 2020, cronica uno, disponible sur : https://cronica.uno/a-la-mujer-venezolana-la-crisis-la-golpea-dos-veces/
3, 10. Laura Vidal, « Au Venezuela, les femmes font les frais de la crise », 2018, Global voices, disponible sur : https://fr.globalvoices.org/2018/09/14/228692/
4. Noelani Kirschner, « Au Venezuela, femmes et familles pâtissent du chaos créé par Maduro », 2019, Share America, disponible sur : https://share.america.gov/fr/au-venezuela-femmes-et-familles-patissent-du-chaos-cree-par-maduro/
5, 7. Génesis Carrero Soto, « Cuando la crisis daña el cuerpo de las madres », 2019, Salud con lupa, disponible sur : https://saludconlupa.com/series/venezuela-un-pais-en-busca-de-alivio/cuando-la-crisis-dana-el-cuerpo-de-las-madres/
6. Paula Doria, « Los hijos del exodo », Semana, disponible sur : https://especiales.semana.com/los-hijos-del-exodo/
8. Service jésuite des réfugiés (SJR) et l’Université catholique de Táchira (UCAT), Rapport sur la mobilité urbaine 2018.
9. Paula Doria, « Los hijos del exodo », Semana, disponible sur : https://especiales.semana.com/los-hijos-del-exodo/
11, 22. Idem.
12. Xili Duran, « Le mouvement féministe vénézuélien prend de l’ampleur face à l’incurie des politiques », 2020, Global voices, disponible sur : https://fr.globalvoices.org/2020/03/30/247258/
13, 17. Marielis Fuentes, « Reflexiones sobre el feminismo en Venezuela », 2019, Revista marea, disponible sur :  https://revistamarea.com/2019/05/23/reflexiones-sobre-el-feminismo-en-venezuela/
14. Interview de Gioconda Mota, « Les droits des femmes dans la révolution bolivarienne: avancées et défis », 2015, Venezuela Infos, disponible sur : https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/12/24/les-droits-des-femmes-dans-la-revolution-bolivarienne-avancees-et-defis-par-gioconda-mota-alba-tv/
15. La convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), disponible sur : http://www.un.org/womenwatch/daw/cedaw/text/fconvention.htm
16. Interview de Gioconda Mota, « Les droits des femmes dans la révolution bolivarienne: avancées et défis », 2015, Venezuela Infos, disponible sur : https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/12/24/les-droits-des-femmes-dans-la-revolution-bolivarienne-avancees-et-defis-par-gioconda-mota-alba-tv/
18. De 1999 à 2013.
19. Michele de Melo, « Venezuela comemora dois anos do plano nacional de parto humanizado », 2019, Brasil de fato, disponible sur : https://www.brasildefato.com.br/especiais/venezuela-comemora-dois-anos-do-plano-nacional-de-parto-humanizado ; Traduction disponible sur : https://venezuelainfos.wordpress.com/2019/08/12/le-venezuela-celebre-deux-ans-de-son-programme-dhumanisation-de-laccouchement/
20. Xili Duran, « Le mouvement féministe vénézuélien prend de l’ampleur face à l’incurie des politiques », 2020, Global voices, disponible sur : https://fr.globalvoices.org/2020/03/30/247258/
21, 23, 25. Jessica Brandler-Weinreb. Participation, politisation et rapports de genre: changement social en milieu populaire (Venezuela, 2002-2012). Sociologie. IHEAL-CREDA Université Paris III Nouvelle Sorbonne, 2015, disponible sur : https://halshs.archives-ouvertes.fr/tel-01317674/file/These_Brandler_Jessica_2015.pdf
24. Interview de Gioconda Mota, « Les droits des femmes dans la révolution bolivarienne: avancées et défis », 2015, Venezuela Infos, disponible sur : https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/12/24/les-droits-des-femmes-dans-la-revolution-bolivarienne-avancees-et-defis-par-gioconda-mota-alba-tv/

BIBLIOGRAPHIE

Articles 

Interview de Gioconda Mota, « Les droits des femmes dans la révolution bolivarienne: avancées et défis », 2015, Venezuela Infos, disponible sur : https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/12/24/les-droits-des-femmes-dans-la-revolution-bolivarienne-avancees-et-defis-par-gioconda-mota-alba-tv/ 

José Samaniego, Diego Beltrand, Bernt Aasen, « Refugiados y migrantes de Venezuela: olvidados en medio de la pandemia », 2020, El pais, disponible sur : https://elpais.com/elpais/2020/05/22/planeta_futuro/1590174921_583497.html

Geraldina Colotti, « Au Venezuela, les femmes grandissent politiquement », 2018, Venezuela Infos, disponible sur : https://venezuelainfos.wordpress.com/2018/11/02/au-venezuela-les-femmes-grandissent-politiquement/

Génesis Carrero Soto, « Cuando la crisis daña el cuerpo de las madres », 2019, Salud con lupa, disponible sur : https://saludconlupa.com/series/venezuela-un-pais-en-busca-de-alivio/cuando-la-crisis-dana-el-cuerpo-de-las-madres/

Laura Vidal, « Au Venezuela, les femmes font les frais de la crise », 2018, Global voices, disponible sur : https://fr.globalvoices.org/2018/09/14/228692/

Mabel Sarmiento, « A la mujer venezolana la crisis la golpea dos veces », 2020, cronica uno, disponible sur : https://cronica.uno/a-la-mujer-venezolana-la-crisis-la-golpea-dos-veces/

 Marielis Fuentes, « Reflexiones sobre el feminismo en Venezuela », 2019, Revista marea, disponible sur :  https://revistamarea.com/2019/05/23/reflexiones-sobre-el-feminismo-en-venezuela/

Michele de Melo, « Venezuela comemora dois anos do plano nacional de parto humanizado », 2019, Brasil de fato, disponible sur : https://www.brasildefato.com.br/especiais/venezuela-comemora-dois-anos-do-plano-nacional-de-parto-humanizado

Nicolas Gallant, « Venezuela : comment le pays en est arrivé là (et comment il pourrait s’en sortir) ? », 2019, Capital, disponible sur : https://www.capital.fr/economie-politique/venezuela-comment-le-pays-en-est-arrive-la-et-comment-il-pourrait-sen-sortir-1325590

Noelani Kirschner, « Au Venezuela, femmes et familles pâtissent du chaos créé par Maduro », 2019, Share America, disponible sur : https://share.america.gov/fr/au-venezuela-femmes-et-familles-patissent-du-chaos-cree-par-maduro/

Paula Doria, « Los hijos del exodo », Semana, disponible sur : https://especiales.semana.com/los-hijos-del-exodo/

Xili Duran, « Le mouvement féministe vénézuélien prend de l’ampleur face à l’incurie des politiques », 2020, Global voices, disponible sur : https://fr.globalvoices.org/2020/03/30/247258/

Thèse universitaire

Jessica Brandler-Weinreb. Participation, politisation et rapports de genre : changement social en milieu populaire (Venezuela, 2002-2012). Sociologie. IHEAL-CREDA Université Paris III Nouvelle Sorbonne, 2015. disponible sur : https://halshs.archives-ouvertes.fr/tel-01317674/file/These_Brandler_Jessica_2015.pdf

Revues

Marie GONZALEZ, Cynthia MARTINEZ, « La construcción social de la madre y el padre en tiempos de crisis. », Fronesis v.11 n.1, p82-91, 2004, disponible sur : http://ve.scielo.org/scielo.php?script=sci_arttext&pid=S131562682004000100005&lng=es&nrm=iso&tlng=es

Isabelle Mallon, Anne Quéniart, « Les politiques de genre : quel genre de politiques ? », Lien social et politiques, n° 69, 2013, EHESP, disponible sur : https://journals.openedition.org/lectures/12467

Documentaire

Margarita Cadenas, « Femmes du chaos vénézuelien », 2017, disponible sur : https://www.femmesduchaosvenezuelien.com

 

Pour citer cette publication : Emma Rinaudo-Dome, “La lutte féministe dans la République bolivarienne du Vénézuela”, Institut du Genre en Géopolitique, 03.09.2020.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.