L’ascension de l’extrême droite aux élections européennes de 2024 : conséquences sur le genre en Europe (1/2)

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05/07/2024

Sofia Rocco Stainsack Rocha

Les élections parlementaires européennes de 2024 constituent un sujet d’inquiétude majeur dans la sphère politique, non seulement en Europe, mais dans le monde entier. La montée sans précédent de l’extrême droite a pris la forme d’un phénomène exponentiel au Parlement européen le 9 juin. La coalition de centre-droit du Parti populaire européen (PPE) conserve la première place avec 188 sièges sur 720, suivie par les socialistes et démocrates (S&D) de centre-gauche, qui ont obtenu 136 sièges. Les Conservateurs et Réformistes européens, un parti de droite, comptent 84 sièges. Renouveler l’Europe en a 76, le groupe d’extrême droite Identité et Démocratie (ID) en détient 57, et les Verts en possèdent 53[1]European Parliament. (2024). European Parliament election results 2024. Retrieved June 19, 2024, from https://results.elections.europa.euNéanmoins, dans une perspective plus globale du nombre total de sièges au Parlement européen, la croissance sans précédent de la présence de l’extrême droite est alarmante, remplaçant des sièges antérieurement occupés par des partis plus modérés et progressistes. 

La représentation directe des idéaux conservateurs, notamment à l’encontre des immigré·es, des minorités sexuelles et des femmes, est perçue par beaucoup comme une menace pour les valeurs démocratiques mêmes de l’Union européenne (UE). De nombreux citoyens et citoyennes européens ont élu des représentant·es ultra-conservateur·rices, matérialisant ainsi le glissement de l’UE vers l’extrême droite. Ce travail de recherche se propose d’analyser la montée de l’extrême droite au sein de l’Union européenne et son incidence sur les questions de genre, en particulier les droits et protections des femmes ainsi que des personnes LGBTI+. Il est structuré en deux articles distincts : le premier offre un aperçu des résultats des élections européennes de juin 2024, en examinant les cas spécifiques des États membres et les possibles coalitions au sein du Parlement européen. Le second article se concentre sur une analyse approfondie des questions de genre dans l’UE, incluant le cadre juridique régional dans ce domaine et les principaux défis qui se posent à la lumière des résultats électoraux. Ainsi, comment la montée de l’extrême droite au sein de l’Union européenne impacte-t-elle la mise en œuvre de politiques en faveur des femmes et des personnes LGBTI+, et quelles stratégies peuvent être employées pour contrer cette régression conservatrice ?

Entre avancées et revers : le panorama général des élections européennes de 2024 et l’ascension de l’extrême droite dans l’UE

Déjà pour les élections précédentes de mai 2019, la composition des groupes politiques au Parlement européen a connu un changement notable. Le PPE et la S&D ont perdu un nombre significatif de sièges, tandis que les groupes libéraux/centristes (Renouveler l’Europe), Verts/Alliance libre européenne (Verts/ALE) et Identité et Démocratie (ID) ont en ont gagné plusieurs. Le PPE, sous la direction de Manfred Weber, avait obtenu le plus grand nombre de sièges, mais avait dû faire face à des difficultés pour obtenir le soutien de Manfred Weber en tant que candidat à la présidence de la Commission européenne[2]European Parliament. (2024). European Parliament election results 2024. Retrieved June 19, 2024, from https://results.elections.europa.eu. Après l’échec du système de Spitzenkandidaten[3]Cette dynamique implique que chaque parti politique européen désigne un·e candidat·e principal·e, le Spitzenkandidat, qui est ensuite nommé par le Conseil européen. Le Parlement européen … Continue reading, Ursula von der Leyen a été choisi en tant que candidate de compromis désignée par le Conseil européen et a ensuite été élue par le Parlement européen avec 383 voix – au total, 374 votes sont nécessaires pour élire le ou la président·e de la Commission[4]« First clashes liven up last EU Spitzenkandidat debate ahead of election ». www.euractiv.com. 19 May 2019. Retrieved 19 Juin 2024. L’élection de 2019 a connu une augmentation de la participation électorale, avec 50,7 % des électeurs éligibles participant contre 42,5 % en 2014, marquant la première hausse de la participation depuis l’élection inaugurale du Parlement européen en 1979[5]Coi, Giovanna (22 March 2024). « Vote for me! Why turnout is the EU Parliament’s biggest election challenge ». Politico Europa. Retrieved 19 June 2024. 

Un changement encore plus important a été ressenti en 2024. La coalition de centre-droit du PPE reste en tête avec 188 sièges sur 720, suivie par les S&D de centre-gauche avec 136 sièges. Les Conservateurs et Réformistes européens, de droite, ont 84 sièges, le Renouveler l’Europe, centriste, en compte 76, l’ Identité et Démocratie, d’extrême-droite, 57. Le Parti vert a connu la plus forte baisse, passant de 71 à 53 entre 2019 et 2024[6]European Parliament (2024). Comparative tool. European Parliament election results 2024. Retrieved June 19, 2024, from https://results.elections.europe.eu/en/tools/comparative-tool. 

De manière plus générale, quelques pays illustrent la tendance au conservatisme après les récentes élections. Les partis d’extrême droite ont progressé dans les trois plus grandes économies européennes, l’Allemagne, la France et l’Italie, en orientant leur campagne sur la critique de l’immigration, des politiques climatiques et de genre[7]CBS News. (2024). Far-right parties gain seats in European Parliament election. CBS News. Retrieved June 19, 2024, from … Continue reading. En France, l’extrême droite a réalisé des avancées électorales inédites, marquées par des résultats si significatifs que le président Emmanuel Macron a pris la décision de dissoudre l’Assemblée nationale et de convoquer de nouvelles élections législatives, une mesure rarement utilisée dans l’histoire politique récente du pays[8]Courrier International. (2024, Juin 9). France : Emmanuel Macron annonce la dissolution de l’Assemblée nationale. Courrier International. … Continue reading. En Allemagne, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), un parti d’extrême droite, a vu sa popularité croître de manière alarmante. Cette montée en puissance a conduit à une réunion secrète où des plans d’expulsion de migrant·es ont été discutés, ciblant particulièrement celleux qui ne correspondent pas aux caractéristiques physiques “allemandes”, une stratégie qui rappelle les sombres périodes de l’histoire européenne[9]Radio France. (2024). Geheimplan gegen Deutschland: Le plan secret de l’AFD et des néonazis allemands [Audio podcast episode]. France Culture. … Continue reading. Même en Espagne, la dynamique politique a changé avec la montée en puissance des partis de droite. Le Parti Populaire (PP) a gagné du terrain, érodant le soutien au Parti socialiste (PSOE) du président actuel Pedro Sanchez. Cette évolution politique illustre une montée des idées conservatrices et une désaffection croissante vis-à-vis des partis de gauche, même dans des pays traditionnellement considérés comme des bastions de la social-démocratie[10]CNN en Español. (2024, Juin 9). Resultados de las elecciones europeas en España: el Partido Popular reúx. CNN en Español. … Continue reading.

Toutefois, il faut reconnaître que certains pays résistent à cette tendance ultra-conservatrice ou la surmontent. C’est notamment le cas des pays nordiques (Suède, Danemark et Finlande), où les partis d’extrême droite, ayant pour objectif de mettre en œuvre des politiques migratoires strictes, n’ont pas obtenu les résultats escomptés et ont été surpassés par la gauche. Magdalena Andersson, chef des Sociaux-démocrates suédois, dont le parti a remporté les élections européennes, a exprimé sa satisfaction, déclarant qu’”un vent de gauche souffle sur la Suède[11]Le Monde. (2024, June 10). European elections: Far-right on the decline in Nordic countries. Le Monde. … Continue reading”. Au Danemark, le Parti socialiste populaire est devenu le plus grand parti avec 17,4 % des voix, soit une augmentation de 4,2 points de pourcentage par rapport à 2019[12]Le Monde. (2024, June 9). EU election results: The main takeaways. Le Monde. https://www.lemonde.fr/en/international/article/2024/06/09/eu-elections-results-the-main-takeaways_6674302_4.html. Pendant ce temps, en Finlande, l’Alliance de gauche socialiste a obtenu 17,3 % des voix, soit une augmentation significative de 10,4 points de pourcentage en comparaison à 2019. Ce succès leur a permis d’accroître leur représentation au Parlement européen à trois sièges, contre un auparavant[13]Le Monde. (2024, June 9). EU elections results: The main takeways. Le Monde. https://www.lemonde.fr/en/international/article/2024/06/09/eu-elections-results-the-main-takeaways_6674302_4.html

De même, dans les pays qui ont déjà suivi la voie conservatrice, comme la Hongrie et la Pologne, les résultats ont été assez surprenants. Le parti Fidesz de Viktor Orbán en Hongrie a obtenu le plus de voix, mais il a enregistré sa pire performance depuis des années. Le parti a marqué une baisse de près de 10 points par rapport à son soutien lors des élections européennes de 2019[14]The Guardian. (2024, June 10). EU elections 2024: How did key countries vote and what does it mean? The Guardian. … Continue reading. En Pologne, en propulsant son parti, la Coalition civique (centre-droit, affiliée au groupe PPE au Parlement Européen, en tête du scrutin avec 37,1 % des voix, le Premier ministre pro-européen Donald Tusk a accompli son objectif de mettre fin à une série de sept victoires consécutives du parti national-populiste Droit et Justice (PiS) de Jaroslaw Kaczynski[15]Le Monde. (2024, June, 9). EU elections results: The main takeaways. Le Monde. https://www.lemonde.fr/en/international/article/2024/06/09/eu-elections-results-the-main-takeaways_6674302_4.html.

Compte tenu de ce scénario atypique, il convient donc d’analyser la situation par État membre de l’UE. En Allemagne, la coalition de centre-gauche du chancelier Olaf Scholz a essuyé une défaite face à l’opposition conservatrice menée par l’Union chrétienne-démocrate. Le bloc conservateur a maintenu sa domination en tant que parti le plus puissant d’Allemagne au Parlement, en obtenant plus de 30 % des voix. Les députés de Scholz ont obtenu leur pire résultat électoral depuis les années 1940, ne recueillant que 14 % des voix. Malgré les controverses impliquant ses principaux·ales candidat·es, l’AfD, parti d’extrême droite, a vu son soutien augmenter. Dans le même temps, les Verts, qui jouent un rôle central dans l’élaboration des politiques climatiques d’Allemagne et de l’UE, ont vu leur soutien diminuer de manière significative[16]BBC. (2024). Germany: Far-right celebrates beating Scholz’s party. BBC News. Retrieved June 19, 2024, from https://www.bbc.com/news/articles/c511dpvr8nlo.

En Autriche, le Parti de la Liberté (FPÖ), parti d’extrême droite, est arrivé en premier avec 25,7 % des voix, surpassant légèrement le Parti populaire (ÖVP), parti conservateur du chancelier Karl Nehammer, avec 24,7 % des voix. Les sociaux-démocrates (SPO) suivent de près avec 23,2 %, tandis que les Verts, actuellement en coalition avec l’ÖVP, ont vu leur soutien diminuer à 10,7 %. Le FPÖ est citée pour arriver en tête des prochaines élections nationales en septembre, bien que la formation d’un gouvernement majoritaire puisse dépendre de l’obtention de partenaires de coalition[17]European Parliament. (2024). European Parliament election results 2024: Austria. Retrieved June 19, 2024, from https://results.elections.europa.eu/en/austria.

En Belgique, les sièges du Parlement européen ont été répartis entre le parti d’extrême droite Vlaams Belang, le parti libéral francophone Mouvement réformateur et le parti nationaliste Nouvelle alliance flamande (N-VA), chacun ayant obtenu environ 13 % des voix. Bien que Vlaams Belang soit arrivé en tête de peu lors du vote au Parlement et qu’il ait progressé par rapport aux élections précédentes, le parti d’extrême droite n’a pas répondu aux attentes des sondages, qui prévoyaient des résultats plus significatifs[18]European Parliament. (2024). European Parliament elction results 2024: belgium. Retrieved June 19, 2024, from https://results.elections.europa.eu/en/belgium.

Le Danemark a connu une progression notable du Parti socialiste populaire (SF), qui a obtenu 17,4 % des voix, soit une croissance de 4,2 % par rapport à 2019. Les sociaux-démocrates au pouvoir ont enregistré une baisse de 5,9 points de pourcentage, obtenant 15,6 % des voix. La Première ministre danoise Mette Frederiksen s’est déclarée satisfaite des résultats du SF, soulignant sa proximité idéologique avec les sociaux-démocrates[19]European Parliament election results 2024 – Denmark. Retrieved June 19, 2024, from https://results.elections.europa.eu/en/denmark. 

En Espagne, le Parti populaire (PP) conservateur a remporté la victoire de justesse face aux socialistes au pouvoir, obtenant 34,2 % des voix et 22 sièges. Le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) a obtenu 30,2 % des voix et 20 sièges, tandis que le parti d’extrême droite Vox s’est classé troisième avec 9,6 % des voix, obtenant six sièges, soit deux de plus qu’en 2019. Un autre nouveau groupe d’extrême droite, Se Acabó la Fiesta, a fait une entrée remarquée avec trois sièges, égalant le nombre détenu par les partenaires de coalition de gauche du PSOE, ainsi que Ahora Repúblicas, une coalition de partis nationalistes régionaux comprenant des groupes de Catalogne et du Pays basque. Podemos, un parti de gauche qui était auparavant un concurrent majeur, a vu son nombre de sièges au Parlement européen passer de six à deux[20]CNN en Español. (2024, Juin 9). Resultados de las elecciones europeas en España: el Partido Popular reúx. CNN en Español. … Continue reading.

Le président français Emmanuel Macron a dissous l’Assemblée nationale et convoqué des élections législatives anticipées, le 30 juin et le 7 juillet 2024, après que sa coalition soit arrivée loin derrière le Rassemblement national (RN), parti d’extrême droite, aux élections européennes. Le RN a obtenu le plus grand nombre de voix (31,5 %) en France. La coalition Renaissance de Macron a réussi à se maintenir en deuxième position avec 14,5 %, devant les socialistes dirigés par Raphaël Glucksmann, qui ont recueilli 14 % des voix[21]Courrier International. (2024, Juin 9). France : Emmanuel Macron annonce la dissolution de l’Assemblée nationale. Courrier International. … Continue reading.

En Finlande, l’Alliance de gauche socialiste a créé la surprise en obtenant 17,3 % des voix, soit une augmentation significative de 10,4 points de pourcentage par rapport à 2019. Ce résultat a permis au parti d’augmenter sa représentation au Parlement européen à trois sièges, contre un auparavant. Le Parti de la coalition nationale du Premier ministre Petteri Orpo est resté en tête des suffrages avec 24,8 %, ce qui lui a permis d’obtenir quatre sièges. À l’inverse, le parti d’extrême droite Finns, qui fait partie de la coalition du Premier ministre a vu son soutien fortement diminué : il n’a obtenu que 7,6 % des voix, soit une baisse de 6,2 points de pourcentage, et a perdu un de ses sièges, ce qui lui en laisse un seul au total[22]European Parliament election results 2024 – Finland. Retrieved June 19, 2024, from https:/results.elections.europa.eu/en/finland.

En Hongrie, le parti Fidesz, d’extrême droite, national-conservateur et populiste, du Premier ministre Viktor Orbán a obtenu le pire résultat de son histoire, avec 44,6 % des voix. Le parti Tisza, de centre-droite, de Péter Magyar est apparu comme un opposant de poids avec 29,7 % des voix, ce qui constitue un véritable bouleversement. Bien qu’il ait perdu du terrain, Fidesz a conservé 11 députés européens, tandis que Tisza a gagné sept sièges. Péter Magyar, un ancien membre du Fidesz, a rallié les électeurs contre la corruption et la gouvernance de Viktor Orbán, promettant de récupérer les fonds européens gelés. Viktor Orbán a qualifié l’élection de résultat mitigé, tout en soulignant les victoires remportées lors des élections locales qui se sont déroulées simultanément. Le taux de participation aux élections européennes a atteint 58,7 %, contre 43,4 % en 2019[23]Magyar, P. (2024, June, 10). Viktor Orbán’s Fidesz loses majority in European Parliament. Politico. … Continue reading.

Le parti d’extrême droite des Frères d’Italie de la Première ministre italienne Giorgia Meloni a célébré une importante victoire électorale, et a obtenu environ 28 % des voix, surpassant ses rivaux de centre-gauche qui ont recueilli environ 25 %. En 2019, les Frères d’Italie n’ont recueilli que 6 % des voix. De l’autre côté, le Mouvement 5 étoiles, historiquement une force politique majeure, a été déçu par sa troisième place avec 10,5 %, ce qui constitue sa pire performance au niveau national depuis sa création en 2009. Cependant, tous les partis ont été consternés par le faible taux de participation, qui s’est élevé à un peu moins de 50 %, ce qui constitue un record pour les taux de participation historiquement élevés de l’Italie[24]The Guardian, (2024, June 10). EU elections 2024: How did key countries vote and what does it mean?.

Aux Pays-Bas, Geert Wilders, leader d’extrême droite du Parti pour la liberté (PVV), a axé sa campagne contre l’ex-commissaire européen Frans Timmermans, qui dirigeait une liste commune écologiste et sociale-démocrate. Le PVV a vu son nombre de sièges passer de 1 à 7, malgré le fait que son unique élu de 2019 ait rejoint le Forum pour la démocratie de Thierry Baudet, un parti europhobe. En revanche, encore avec un nombre de voix plus élevé, l’alliance menée par Frans Timmermans a perdu un siège par rapport aux 9 sièges précédemment détenus par les écologistes et les sociaux-démocrates combinés. Le taux de participation aux élections européennes a été modeste, à environ 47 %, mais c’est le plus élevé depuis 1989[25]Le Monde. (2024, June 9). Élections européennes 2024 : les résultats aux Pays-Bas. Le Monde. … Continue reading

Donald Tusk, ancien dirigeant de l’UE et actuel premier ministre polonais, a battu le parti d’opposition Droit et Justice, qui a gouverné la Pologne de 2015 à 2023, poussant le pays encore plus à droite. Le parti de Donald Tusk a obtenu un peu plus de 37 % des voix, devançant ses rivaux qui ont obtenu 35 % des voix, selon un sondage[26]The Guardian, (2024, June 10). EU elections 2024: How did key countries vote and what does it mean? The Guardian. 

Après la victoire de la gauche en Suède, Jonas Sjöstedt, candidat principal du Parti de gauche suédois, a décrit ce résultat comme un signe d’espoir pour l’UE. La défaite a été particulièrement décevante pour le parti de droite Démocrates de Suède (SD), qui avait régulièrement obtenu entre 18 % et 20 % des voix au cours des derniers mois. Lors des élections européennes de 2019, le parti de Jimmie Akesson a obtenu 15,3 % des voix. Depuis sa création en 1988, le SD, dont les origines sont liées à des groupes néonazis, avait auparavant enregistré des gains électoraux réguliers[27]Le Monde. (2024, June 10). European elections: Far-right on the decline in Nordic countries. Le Monde. … Continue reading.

Ainsi, l’impact de ces profils sur la formulation et la mise en œuvre des politiques en faveur des femmes et des personnes LGBTI+ aux niveau régional européen, qui sont directement touchées par le conservatisme, est indéniable. Les partis politiques d’extrême droite ont tendance à cibler et à attaquer spécifiquement les droits des femmes et des personnes LGBTI+ dans le cadre de leur propagation d’idéologies nationalistes et conservatrices. Leur stratégie inclut l’utilisation et la propagation de discours sexistes, racistes et LGBTphobes pour renforcer leur base électorale et leur influence. Ces partis mènent des attaques vigoureuses contre des droits fondamentaux, notamment en matière d’avortement et de droits des personnes LGBTI+, cherchant notamment à restreindre l’accès à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) et à remettre en question les droits légaux et sociaux des personnes trans. Cette dynamique met en évidence l’importance critique d’une analyse de genre pour comprendre et contrer les stratégies de l’extrême droite, qui menacent les acquis en matière de droits et de protections pour les femmes et les minorités sexuelles au sein de l’UE.  

Les raisons du conservatisme dans l’UE

La montée de l’extrême droite trouve son origine dans la polarisation accrue de la société, accompagnée par la radicalisation sur des sujets polémiques et clivants, et dans son scepticisme envers les institutions européennes. Les citoyen·nes expriment une méfiance envers l’UE et son droit, et sont attirés par les discours nationalistes et ultraconservateurs au sein même de l’État. Ainsi, beaucoup préfèrent la souveraineté nationale, percevant l’UE comme une possibilité pour les États de se libérer de certaines responsabilités. Par ailleurs, les États membres contribuent à cette insatisfaction à l’égard des lois européennes[28]Toshkov, D. (2019). Does Euroscepticism Influence Compliance and Enforcement of the EU Law in the Member States? (pp. 27-46). Hart Publishing. Le manque de transparence tout au long du processus législatif de l’UE renforce cette méfiance. Par exemple, pour l’élaboration d’un rapport, il est publié par la Commission européenne, visible au public, suivi de négociations confidentielles entre les grandes institutions appelées trilogues, avant d’être discuté au Parlement européen, puis tranché par le Conseil européen, représentant les États membres. Les conclusions sont publiées sans spécifier les positions individuelles des États membres, ce qui accroît la méfiance envers l’UE. 

De plus, l’euroscepticisme a été amplifié par plusieurs facteurs interconnectés au fil des années. Tout d’abord, le modèle des Spitzenkandidaten a échoué en 2019. Ce processus était censé renforcer la légitimité démocratique de l’UE, mais son échec a créé un sentiment de déception et de méfiance parmi les électeurs[29]First clashed liven up last EU Spitzenkandidat debate ahead of election ». www.euractiv.com. 16 May 2019. Archieved from the original on 29 September 2023. Retrieved 19 Juin 2024. Ensuite, la question des migrations a exacerbé les tensions politiques et sociales en Europe. De nombreux·ses politicien·nes ont exploité les migrations pour détourner l’attention des véritables crises économiques et sociales que leurs pays traversent. En utilisant les personnes migrantes comme boucs émissaires, ces leaders ont promu des politiques discriminatoires, attisant les peurs et les préjugés au sein de la population. Cette stratégie a non seulement alimenté la xénophobie, mais a également fragmenté la société et renforcé les sentiments nationalistes[30]Stockemer, D. Niemann, A. Unger, D.,& peyer, J. (2020). The « refugee crisis », immigration attitudes, and euroscepticism. International Migration Review. 54(3), 883-912..

Ainsi, la montée des mouvements ultranationalistes à travers l’Europe a contribué à la méfiance envers l’UE. Ces mouvements prônent la souveraineté nationale au détriment de la coopération européenne, et leurs succès électoraux illustrent une désillusion croissante vis-à-vis de l’intégration européenne. Leur rhétorique souvent populiste et anti-immigration trouve un écho auprès des citoyen·nes qui se sentent laissés pour compte par la mondialisation et les politiques européennes. Enfin, des événements majeurs comme le Brexit ont illustré cette défiance accrue envers l’UE. Le vote du Royaume-Uni pour quitter l’Union européenne a montré qu’un nombre significatif de citoyen·nes européen·nes ne voient plus les bénéfices de l’appartenance à l’UE et préfèrent la voie de l’indépendance et de la souveraineté nationale. Le Brexit a créé un précédent inquiétant pour l’UE tout en renforçant les voix eurosceptiques dans d’autres pays membres[31]Vasilopoulou, S. (2016). UK Euroscepticism and the Brexit referendum. The Political Quarterly, 87(2), 219-227.

Analyse (géo)politique : possibles alliances

Face aux résultats des élections européennes de 2024, la tendance est à la polarisation politique tant au sein de l’Union européenne que dans les sphères nationales des pays européens – à l’image des alliances au sein de la droite et de la gauche pour les élections législatives en France[32]Le Monde. (2024, June 19). Législatives : qui est allié avec qui ? [Video]. Le Monde. … Continue reading.  

De manière générale, les conservateurs du PPE ont renforcé leur domination en tant que premier groupe politique au sein du Parlement européen, en conservant leur première place. Parallèlement, les partis d’extrême droite ont fait des percées notables, marquant ainsi une avancée significative dans cette élection. Les S&D, qui occupent la deuxième place au Parlement, ont vu leur nombre de sièges diminuer, signe d’une perte de soutien. Les libéraux rénovateurs et les Verts ont toutefois été les plus durement touchés, subissant les pertes les plus considérables parmi les groupes politiques. Malgré les gains réalisés par l’extrême droite, le PPE a réussi à conserver son avance, soulignant la dynamique changeante du paysage politique européen.

Même si le groupe le plus important qui a gagné est le centre-droit, contrairement aux attentes, des alliances peuvent se former. Le Groupe Identité et Démocratie et les Conservateurs et Réformistes pourraient envisager des alliances stratégiques pour renforcer leur influence au sein du Parlement européen. Une telle coalition pourrait accentuer une droitisation des politiques européennes, notamment en influençant les débats sur l’immigration, la guerre en Ukraine, les politiques climatiques et les questions de genre. Le PPE pourrait encore une fois s’allier avec les socialistes et les libéraux, mais il pourrait aussi chercher à établir une collaboration sur certains sujets avec des partis plus à droite, à condition de ne pas éloigner ses alliés centristes[33]Politico. (2024, June 18). EU elections results 2024: Things to know. Politico. https://www.politico.eu/article/eu-election-results-2024-things-to-know. L’influence grandissante de la droite radicale pose la question de l’orientation future du PPE. Bien qu’il reste le groupe le plus important, il pourrait être tenté de durcir ses positions pour ne pas perdre des électeur·ices au profit de l’extrême droite. Cela pourrait entraîner un glissement vers des politiques plus conservatrices, mettant en péril certains acquis progressistes en matière de droits sociaux et de protection environnementale. 

Dans ce contexte, une alliance de gauche au sein du Parlement européen joue un rôle crucial pour contrer la montée de la droite radicale. Les S&D, bien qu’ayant perdu des sièges, peuvent chercher à former des alliances stratégiques avec les libéraux de Renouveler l’Europe et les Verts pour créer un bloc progressiste capable de peser dans les débats. Cette coalition peut promouvoir des politiques inclusives et de protection sociale, tout en défendant les acquis en matière de droits humains et de protection de l’environnement. Toutefois, cette tâche s’annonce complexe. Les groupes progressistes devront trouver un terrain d’entente sur une multitude de sujets variés et parfois clivants, comme l’immigration et les politiques climatiques. 

En outre, l’extrême droite n’a pas présenté de propositions globales dans des domaines qui concernent les politiques liées à l’emploi, à la protection du climat, à la cohésion sociale, aux lieux de travail démocratiques et à la gestion fiscale. Dans le même temps, le centre-droit semble vulnérable, en particulier en ce qui concerne les questions essentielles telles que le logement et les soins de santé, qui ont un impact quotidien sur les citoyen·nes per se. Néanmoins, l’UE a le potentiel d’établir un cadre de soutien pour répondre efficacement à ces préoccupations aux niveaux national, régional et local. Le renforcement des institutions européennes reste essentiel pour relever collectivement les défis internes et externes. Contrairement aux approches des milieux conservateurs qui donnent souvent la priorité à la seule préparation militaire, la gauche a l’opportunité de présenter une stratégie visant à améliorer les moyens de subsistance plutôt que de se contenter d’atténuer les dommages ou d’empêcher la poursuite du déclin. Cela souligne l’engagement du groupe politique à améliorer les communautés et à favoriser un avenir plus prometteur[34]Foundation for European Progressive Studies. (2024). Polarisation and volatility within the alliances. Retrieved June 20, 2024, from … Continue reading.

L’évolution de la dynamique au sein du Parlement européen pourrait inciter les législateur·ices à reconsidérer leurs stratégies, ce qui pourrait influencer les résultats politiques et l’engagement législatif. L’approche actuelle du groupe Identité et Démocratie, caractérisée par une participation législative limitée et une rhétorique nationaliste dans les discours et les médias, pourrait persister. Néanmoins, une collaboration stratégique sur des questions spécifiques pourrait empêcher leur marginalisation et améliorer leur efficacité au sein du Parlement européen[35]Foundation for European Progressive Studies. (2024). Polarisation and volatility within the alliances. Retrieved June 20, 2024, from … Continue reading

De plus, la capacité de l’alliance contre l’extrême droite à mobiliser suffisamment de soutien et à présenter un front uni sera déterminante pour son efficacité. La stratégie de l’extrême droite consiste à rendre la politique plus tourmentée, elle tire profit de cette brutalisation du débat en amplifiant les divisions sociales et en exploitant les peurs et les préjugés existants. Cette approche se manifeste par l’usage de discours incendiaires, la propagation de fausses informations, et la polarisation de l’opinion publique. Ces tactiques visent à désorienter et à radicaliser une partie de l’électorat, renforçant ainsi leur base de soutien, tout en affaiblissant la confiance dans les institutions démocratiques et les processus politiques traditionnels[36]Foundation for European Progressive Studies. (2024). Polarisation and volatility within the alliances. Retrieved June 20, 2024, from … Continue reading

Par conséquent, il est crucial pour l’opposition de ne pas contribuer à la polarisation du débat interne ni d’adopter les tactiques de l’extrême droite qui visent à amplifier des sujets de discussion non pertinents ou déconnectés de l’intérêt public. Participer à de telles dynamiques ne fait que légitimer et renforcer les stratégies de l’extrême droite, qui reposent souvent sur la division, la désinformation et la manipulation des émotions populaires. En restant fidèle à des débats centrés sur des enjeux réels et substantiels, l’opposition peut mieux servir les intérêts démocratiques en offrant une alternative constructive aux électeurs

De cette façon, le rôle du Conseil de l’UE sera crucial dans cette période de changements. Le Conseil, composé des chefs d’État ou de gouvernement des pays membres, joue un rôle déterminant dans l’orientation des politiques européennes. Tous les six mois, la présidence du Conseil de l’UE change de main, permettant à chaque pays de mettre en avant ses priorités. À partir du 1er juillet, la Hongrie a pris cette présidence. Le gouvernement de Viktor Orbán connu pour ses positions eurosceptiques et conservatrices, sa présidence pourrait influencer de manière significative les débats et décisions au sein de l’UE, particulièrement en matière de droits humains et d’état de droit. 

Un Parlement européen polarisé

Les résultats des élections européennes de 2024 révèlent une distribution diversifiée du pouvoir au Parlement européen, avec une représentation variée d’idéologies et d’orientations politiques à travers les États membres de l’UE. La coalition de centre-droit du PPE maintient sa position dominante avec 188 sièges sur 720 (26,1%), suivie par les S&D de centre-gauche avec 136 sièges (18,9%). Les Conservateurs et Réformistes européens, un parti de droite, ont obtenu 84 sièges (11,7%), tandis que Renouveler l’Europe compte 76 sièges (10,6%). Le groupe d’extrême droite Identité et Démocratie (ID) détient 57 sièges (7,9%), et les Verts en possèdent 53 (7,4%).

En d’autres termes, l’extrême droite, y compris ID, représente environ 8 % des sièges au Parlement européen ; la droite (Conservateurs et Réformistes ainsi que PPE) totalise 37,8 % ; le centre (Renouveler l’Europe) représente 10,6 % ; et la gauche (S&D, Verts, et La Gauche) constitue 32,7 % au total. Ce paysage politique reflète une polarisation au sein du processus décisionnel européen, avec une diversité d’opinions et d’approches représentées dans les débats et les décisions parlementaires.

L’article suivant explore les conséquences des élections européennes de 2024 sur la formulation des politiques de genre, sur les femmes et les personnes LGBTI+ en général, en considérant le cadre juridique qui concerne ces sujets au niveau régional, les avancées et les reculs sur les questions de genre ces dernières années dans l’UE, les défis à relever au vu des résultats alarmants des élections de juin 2024, et les recommandations dans ce contexte.  

Pour citer cet article: Sofia Rocco Stainsack Rocha, “L’ascension de l’extrême droite aux élections européennes de 2024 : conséquences sur le genre en Europe (1/2)”, 05.07.2024, Institut du Genre en Géopolitique, igg-geo.org/?p=19854

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