Sarah d’Anjou
08/02/2026
L’élection de Claudia Sheinbaum à la présidence du Mexique constitue un événement historique, en ce qu’elle consacre, pour la première fois, l’accession d’une femme à la plus haute fonction de l’État. Si cette victoire électorale incarne, de manière indéniable, une avancée symbolique pour la représentation des femmes dans la sphère politique, elle soulève néanmoins une interrogation centrale : cette représentation féminine au sommet de l’État sera-t-elle porteuse d’un changement structurel en matière de politiques publiques et de justice de genre, ou se limitera-t-elle à une opération de communication relevant du « pinkwashing » ?
Afin de répondre à cette question, il convient de mobiliser la distinction conceptuelle entre représentation descriptive[1]Green, Manda (2023). « Safe space et représentation substantive : le cas des délégations aux droits des femmes et à l’égalité des chances », Raisons politiques, vol. no 15, no. 3, 2004, … Continue reading – reposant sur la présence visible des femmes dans les instances de pouvoir – et représentation substantive, entendue comme l’adoption de mesures concrètes en faveur de l’égalité des sexes. C’est à l’aune de cette distinction que cette analyse propose d’évaluer la portée de l’élection de Claudia Sheinbaum : saura-t-elle dépasser le cadre symbolique de la représentation descriptive pour instaurer une représentation substantive, marquée par des avancées concrètes pour les femmes mexicaines ?
Les premiers actes de la présidente semblent indiquer une volonté de transcender le seul registre symbolique, comme en attestent diverses annonces à visée réformatrice ; toutefois, ces ambitions demeurent fragilisées par les contraintes budgétaires et les tensions persistantes, susceptibles d’en compromettre la réalisation.
Dans un premier temps, l’article reviendra sur le contexte électoral et sur les modalités de mobilisation du genre durant la campagne, marquée par la confrontation inédite de deux femmes candidates. Dans un second temps, l’analyse portera sur les premiers jalons posés par Claudia Sheinbaum à la tête de l’exécutif, en s’attachant à distinguer les annonces d’intention des réformes institutionnelles effectivement engagées. Enfin, seront discutées les limites structurelles de cette dynamique réformatrice, notamment au regard des contraintes budgétaires et des tensions persistantes avec les mouvements féministes mexicains.
Cette réflexion se donne pour objectif non pas de spéculer sur l’ensemble du sexennat à venir, mais d’interroger les signaux politiques émis par le nouveau gouvernement en matière de genre. En ce sens, elle s’inscrit dans une démarche critique, ancrée dans le présent, tout en tenant compte des dynamiques historiques et institutionnelles propres au Mexique contemporain.
La campagne présidentielle s’est tenue en marge des enjeux fondamentaux portés par les féministes, tandis que l’accession d’une femme à la présidence était instrumentalisée comme un argument de marketing politique.
La campagne électorale pour la présidence de la République mexicaine s’est illustrée par deux orientations politiques majeures. D’une part, l’argument de la « première historique » incarnée par une femme aspirant à diriger l’État a constitué un leitmotiv, mettant en exergue la singularité de cette compétition féminine pour l’accession à la magistrature suprême. D’autre part, la volonté affichée par Claudia Sheinbaum d’inscrire sa candidature dans la continuité des politiques menées par le président sortant a façonné la dynamique et les thématiques de sa campagne, ancrant ainsi son discours dans la perpétuation d’un héritage institutionnel déjà établi.[2]US News (2024). Will a Female President Improve the Lives of Mexican Women? https://www.usnews.com/news/best-countries/articles/2024-06-04/will-claudia-sheinbaum-improve-the-lives-of-mexican-women
Cette partie entend démontrer comment le féminisme, loin de constituer un engagement programmatique fort, a été mobilisé comme un levier stratégique et rhétorique durant la campagne présidentielle mexicaine, participant d’une logique de marketing politique plutôt que d’une réelle volonté de transformation sociale.
La principale opposante de Claudia Sheinbaum dans la course à la présidence, Xóchitl Gálvez, semblait également incarner une stratégie de « purple washing » en contradiction avec les positions conservatrices des partis composant sa coalition. Cheffe d’entreprise et femme politique, Xóchitl Gálvez détient par ailleurs une solide formation scientifique. Avant d’entamer sa carrière politique, elle a obtenu un diplôme d’ingénieure en informatique à l’Université nationale autonome du Mexique (UNAM) et fondé High Tech Services, une entreprise spécialisée dans le développement de technologies de pointe. Son engagement politique débute lorsqu’elle prend la tête de la Commission des peuples indigènes, mettant en avant ses origines otomis – peuple autochtone du centre du Mexique, avant d’être élue maire de Miguel Hidalgo, l’une des seize divisions territoriales de Mexico City, en 2015 sous l’étiquette du Parti d’action nationale (PAN) ancré à droite. Ce profil atypique n’a pas empêché l’apparition de contradictions majeures dans son positionnement électoral. Sa candidature à la présidence de la République reposait sur une coalition hétérogène baptisée « Frente amplio », réunissant trois partis aux idéologies divergentes : le PAN, le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), force dominante au Mexique pendant 70 ans, et le Parti de la révolution démocratique (PRD), positionné au centre-gauche. Cette alliance, marquée par des contradictions idéologiques, a alimenté les doutes sur la cohérence et la crédibilité du programme féministe affiché par Xóchitl Gálvez. De fait, rassemblant des partis historiquement opposés au droit à l’avortement, semblait davantage motivée par la volonté de détrôner Morena, le parti au pouvoir, que par un véritable engagement en faveur des valeurs féministes. Ces tensions internes expliquent pourquoi l’agenda féministe affiché est resté largement rhétorique. Bien que Xóchitl Gálvez ait fait du féminisme l’un des piliers de sa critique des politiques menées par AMLO et Sheinbaum, cet engagement affiché peinait à se traduire en propositions concrètes et cohérentes, susceptibles d’être soutenues par l’ensemble de sa coalition. Au cours de sa campagne, la candidate avait notamment déclaré qu’elle lutterait « avec ses ovaires » contre la violence endémique et les trafics de drogue qui gangrènent le pays. Elle n’a pas hésité à qualifier AMLO de sexiste et à accuser Claudia Sheinbaum d’avoir « abandonné les femmes », de leur avoir menti et de n’avoir pris aucune mesure significative face à la détérioration de leur situation au cours du précédent mandat présidentiel.[3]Forbes México (2024). Xóchitl Gálvez califica a AMLO como ‘machito’. https://www.forbes.com.mx/xochitl-galvez-califica-a-amlo-como-machito/
À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars 2024, Xóchitl Gálvez s’était même engagée, si elle était élue présidente, à « ouvrir les portes du Palais National à toutes les femmes et au féminisme », un geste hautement symbolique destiné à séduire l’électorat féminin.
Au cours de sa campagne, Xóchitl Gálvez avait formulé dix propositions en faveur des femmes, parmi lesquelles figurait la création d’une « carte mexicaine » garantissant une allocation mensuelle de 5 000 pesos pour les femmes en situation de vulnérabilité. Toutefois, bien que dans le passé Gálvez se soit publiquement déclarée favorable au droit à l’avortement avant sa candidature et ait soutenu la marée verte mexicaine lors de la #28S (28 septembre, journée mondiale d’action pour un avortement sûr et légal), son positionnement a évolué après son investiture comme candidate à la présidence sous l’étiquette du PRD, du PRI et du PAN. Ce dernier parti, connu pour son opposition au droit à l’avortement ainsi qu’aux droits des personnes LGBTQ+, l’a contrainte à adopter une posture plus nuancée, affirmant devoir désormais « respecter les différents points de vue[4]El Financiero (2023). ¿Feminista de ocasión? Xóchitl Gálvez pasa de apoyar el aborto a ‘respetar diferentes … Continue reading » de sa coalition sur cette question. De surcroît, tout comme sa rivale Claudia Sheinbaum, Xóchitl Gálvez n’a jamais fait de l’agenda féministe une priorité dans sa carrière politique. Elle a ainsi été fréquemment critiquée pour avoir pratiqué une forme de « marketing rose » ou de « purple washing », revendiquant un engagement féministe sans pour autant proposer de réformes structurelles ou de politiques majeures pour lutter efficacement contre les inégalités de genre au Mexique.
Du côté de Claudia Sheinbaum, la rhétorique féministe a également été omniprésente, mais souvent perçue comme déconnectée de ses pratiques institutionnelles passées. Claudia Sheinbaum, candidate de Morena est d’abord une femme scientifique. La candidate favorite des sondages détient en effet un master en génie énergétique de l’Université autonome du Mexique (UNAM) et un doctorat en sciences de l’environnement du Laboratoire national Lawrence-Berkeley. Membre du GIEC depuis 2007, l’édile a entamé sa carrière politique en tant que secrétaire à l’Environnement au sein du gouvernement de la ville de Mexico, avant d’être élue cheffe du gouvernement de la ville de Mexico en 2018, devenant ainsi la première femme à occuper ce poste. L’ancienne maire de Mexico a quitté son poste en juin 2023 avec une popularité record de 68 % dans la capitale. Réputée pour son efficacité, elle proposait des rencontres en personne aux habitants de Mexico quatre fois par semaine à 6 heures du matin, pour discuter de leurs projets et de leurs préoccupations, après quoi les participants étaient dirigés vers les services municipaux appropriés.
Réputée pour son efficacité, elle a toutefois été fréquemment critiquée durant la campagne présidentielle en raison de sa relation avec les féministes mexicaines. Ces dernières tendent à accuser la présidente d’avoir utilisé le féminisme à des fins électorales, sans avoir été capable de convertir cet engouement rhétorique dans des mesures concrètes. L’incident du 8 mars 2019, survenu quatre mois après son élection à la mairie de Mexico, a marqué un tournant dans sa carrière et a entaché la confiance que les associations féministes et la société civile lui accordaient. Lors de la Journée internationale des droits des femmes, Claudia Sheinbaum déploie exclusivement des policières pour encadrer la manifestation du 8 mars, un choix hautement symbolique. Connues sous le nom d’« Ateneas », ces agentes, habituellement affectées à la surveillance des écoles et des jardins publics, sont équipées de casques, de boucliers et de protections corporelles, mais ne portent aucune arme, pas même une matraque. Initialement chargées de se positionner en intermédiaires afin de protéger le patrimoine historique menacé par des actes de vandalisme, elles en viennent rapidement à encercler et isoler des groupes entiers de manifestantes, parfois pendant plusieurs heures. Cette tactique, assimilée à une forme d’intimidation, sera d’ailleurs dénoncée en 2021 par Amnesty International dans un rapport pointant la répression exercée par les forces de l’ordre et il sera reproché à Sheinbaum d’avoir voulu intimider par la force les manifestantes féministes.
Un autre incident s’est produit en août 2019 lors d’un rassemblement pour dénoncer le viol d’une mineure par des policiers lorsque le secrétaire à la sécurité publique, Jesus Orta, reçoit des jets de paillettes roses alors qu’il tente d’engager le dialogue avec les contestataires. Dans une courte vidéo, postée le 12 août sur son compte Twitter, Claudia Sheinbaum s’emporte à propos des féministes : « Elles cherchent la violence, mais nous ne tomberons pas dans la provocation. Nous allons mener une enquête sur les policiers : il n’y aura ni coupables inventés ni impunité. » Les féministes la jugent « insensible », car elle n’a prononcé aucun mot pour la victime. Amnesty International note également que « les commentaires de Mme Sheinbaum ont donné la fausse impression que les manifestantes avaient été violentes et les ont stigmatisées ».[5]Le Monde (2024). Claudia Sheinbaum, la féministe en cheffe du Mexique. https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2024/06/01/claudia-sheinbaum-la-feministe-en-cheffe-du-mexique_6236662_4500055.html Ces relations tendues avec les féministes mexicaines ont donc souvent été sources de critiques durant la campagne électorale, durant laquelle Claudia Sheinbaum a affirmé son féminisme a de nombreuses reprises. Selon les analystes politiques, ni Claudia Sheinbaum ni Xóchitl Gálvez n’ont véritablement intégré la question du genre dans leurs programmes respectifs, notamment en ce qui concerne la lutte contre la violence liée aux cartels et l’atténuation des effets du changement climatique. Ericka López Sanchez, professeure spécialisée en genre et démocratie à l’Université de Guanajuato, souligne que « leurs programmes se sont concentrés sur des problématiques perçues comme prioritaires pour les hommes ». Elle ajoute qu’« aucune des deux candidates n’a abordé les droits des femmes transgenres, ni évoqué les enjeux spécifiques aux femmes lesbiennes, indigènes ou en situation de handicap »[6]Context (2025). Mexico’s first female president offers little on women’s rights. … Continue reading
Ainsi, loin de marquer l’avènement d’un féminisme institutionnel solide, la campagne présidentielle mexicaine illustre surtout l’appropriation opportuniste des symboles féministes par les deux principales candidates, révélant les logiques stratégiques et discursives d’un « marketing rose » davantage tourné vers la conquête électorale que vers la transformation structurelle des rapports de genre.
Cette dimension instrumentale apparaît de manière encore plus manifeste à l’examen des priorités affichées par Claudia Sheinbaum, lesquelles s’inscrivent dans la stricte continuité des orientations définies par Andrés Manuel López Obrador (AMLO), reléguant les politiques de genre à une place marginale. En effet, le programme de Claudia Sheinbaum s’inscrit dans la continuité de celui d’AMLO et ne propose pas de rupture significative sur les questions d’égalité de genre et de droits des femmes. Ces thématiques sont traitées de manière ponctuelle et fragmentée, sans approche transversale.
Membre du parti Morena et héritière des politiques menées par le gouvernement d’AMLO au cours des six dernières années, Claudia Sheinbaum envisage de poursuivre l’action gouvernementale engagée par son prédécesseur, adoptant même son célèbre slogan : « pour le bien de tous, les pauvres d’abord » tout en revendiquant de se faire appeler «Presidenta» avec un A. Parmi ses engagements figurent le renforcement des dispositifs d’aide sociale, l’augmentation du salaire minimum de 12% en 2025[7]Gobierno de Mexico. Anuncia presidenta Claudia Sheinbaum incremento del 12% al salario mínimo en 2025. … Continue reading, la consolidation des entreprises publiques dans le secteur énergétique et la poursuite des projets d’infrastructures, notamment ferroviaires, initiés sous l’administration précédente.
La ligne directrice de sa campagne s’inscrit ainsi dans une continuité assumée avec les politiques d’AMLO, cherchant à capitaliser sur sa popularité et son soutien. Cependant, les distinctions qu’elle soulignait par rapport au président sortant ne se concentrent pas en priorité sur les questions d’inégalités de genre ni la lutte contre les violences sexistes et sexuelles qui sévissent au Mexique. Bien que Claudia Sheinbaum ait ponctué ses discours de déclarations féministes, affirmant notamment qu’« en tant que première femme présidente du Mexique, il m’appartiendra également de me battre pour les femmes », son programme se concentrait principalement sur les enjeux environnementaux et n’accordait qu’une attention marginale aux problématiques d’égalité des sexes. La candidate favorite des sondages mettait ainsi l’accent sur le développement des énergies renouvelables, marquant une rupture avec la politique de López Obrador, axée sur les combustibles fossiles. Concernant la sécurité, alors qu’AMLO avait largement mobilisé les forces armées pour lutter contre la violence, Sheinbaum promettait d’améliorer la formation de la police, d’augmenter ses salaires et d’investir dans le renseignement, des initiatives qu’elle avait déjà déployées lorsqu’elle était maire de Mexico. Son féminisme affiché semblait ainsi, durant le temps de la campagne, relever davantage d’une stratégie électorale que d’une volonté résolue d’apporter des réponses concrètes et durables aux souffrances des femmes mexicaines, confrontées à l’augmentation alarmante des violences sexistes et sexuelles. Si des mesures visant à lutter contre les inégalités de genre font bien partie de son programme, leur application ne découle pas d’une réflexion transversale et systématique mais plutôt d’une nationalisation de mesures spécifiques déjà explorées au niveau local.
Cette hiérarchisation des priorités confirme la dimension essentiellement performative du discours féministe durant la campagne élécorale : mobilisé à des fins électorales, il n’a pas été converti en un principe structurant de l’action publique. Les initiatives en faveur de l’égalité ont demeuré éclatées, sectorielles et dénuées de toute transversalité, révélant une absence de volonté de refonder, de manière systémique, la politique nationale en matière de genre.
De la continuité municipale à l’ambition nationale, Sheinbaum annonce l’avènement du « temps des femmes »
Claudia Sheinbaum avait annoncé durant sa campagne son intention de reproduire, à l’échelle nationale, certaines des mesures qu’elle avait mises en place lorsqu’elle occupait le poste de maire de Mexico. Parmi ces initiatives figuraient la nomination d’un procureur dédié aux affaires de féminicides ainsi que l’adoption d’une loi permettant d’expulser les auteurs de violences domestiques du domicile familial.[8]El Financiero (2023). ¿Feminista de ocasión? Xóchitl Gálvez pasa de apoyar el aborto a ‘respetar diferentes posturas’. … Continue reading
Sheinbaum s’était dite profondément choquée par le fait que, dans de nombreux cas, ce soit la femme, et non son agresseur, qui doive quitter le foyer en situation de violence. Depuis 2020, cette législation autorise les juges à ordonner l’éloignement de l’agresseur, même en l’absence de plainte formelle ou lorsque ce dernier est propriétaire du domicile conjugal. En quatre ans, cette mesure avait bénéficié à près de 4 000 femmes dans la capitale. Afin d’accompagner ces réformes, un réseau d’avocates offrait désormais un soutien juridique gratuit aux victimes. Ce dispositif était déployé tant dans les agences du ministère de la justice que dans les vingt-sept centres Luna, créés en 2019, où les femmes avaient accès à des services d’accompagnement fournis par des assistantes sociales et des psychologues.[9]Le Monde (2024). Claudia Sheinbaum, la féministe en chef du Mexique. https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2024/06/01/claudia-sheinbaum-la-feministe-en-cheffe-du-mexique_6236662_4500055.html
Dès novembre 2019, Sheinbaum avait également décrété une « alerte sur la violence contre les femmes » dans la ville de Mexico. Cette déclaration s’était traduite par la création d’un secrétariat aux droits des femmes et d’un parquet spécialisé dans les affaires de féminicides. Doté d’une centaine d’inspecteurs spécialement formés, ce parquet fonctionnait en continu, de jour comme de nuit, pour répondre aux urgences et renforcer la lutte contre les violences de genre. Le 25 novembre 2024, Sheinbaum a alors indiqué reproduire à l’échelle nationale cette mesure en annonçant que des initiatives de lois secondaires ont également été envoyées au Sénat pour établir l’obligation pour les parquets de disposer de procureurs spécialisés pour traiter des violences contre les femmes, en particulier des féminicides.[10]Gobierno de Mexico. Presidenta Claudia Sheinbaum presenta campaña permanente: ¡Es tiempo de mujeres sin violencia! ¡Súmate y transforma! … Continue reading
Au cours des quatre mois séparant son élection en juin et sa prise de fonctions en octobre, Claudia Sheinbaum a posé les bases d’une présidence affichant une orientation plus féministe que ne le laissait présager sa campagne électorale. Lors d’une conférence de presse tenue le 10 juin 2024, la présidente nouvellement élue a exprimé sa volonté de reconnaître le rôle fondamental des femmes dans la sphère domestique. Elle a souligné : « Ceux qui m’ont accompagnée pendant la campagne savent que j’avais l’habitude de demander sur les places publiques qui s’occupait principalement – même si cela ne devrait pas être le cas – des enfants : les femmes. Qui maintenait toujours l’unité du foyer : les femmes. Et lors de ces réunions, je disais toujours : ‘Qui reconnaît ce travail ?’ Et on me répondait : ‘Personne’. Et j’ai alors affirmé : ‘Puisqu’une femme présidente va arriver, eh bien, pour la première fois, nous allons reconnaître le travail des femmes mexicaines.’ »[11] El Financiero (2024). Apoyo para mujeres: Esto sabemos de los 3 mil pesos que Sheinbaum dará en su Gobierno. … Continue reading
Le 1er octobre 2024, jour de sa prise de fonctions, Claudia Sheinbaum a prononcé un discours solennel et empreint de symboles, affirmant son positionnement en ces termes : « Je suis mère, grand-mère, scientifique et femme de foi. Et à partir d’aujourd’hui, par la volonté du peuple mexicain, je deviens présidente constitutionnelle des États-Unis mexicains. » Elle a rappelé qu’en « 503 ans d’histoire, pour la première fois, nous, les femmes, avons accédé à la direction des destinées de notre belle nation. » Sous les acclamations enthousiastes de la foule scandant « Presidenta », elle a ajouté : « Et je dis que nous sommes arrivées, car je ne suis pas arrivée seule. Nous sommes toutes arrivées. »
Avec cette élection historique, Claudia Sheinbaum a proclamé que « le peuple mexicain a déclaré haut et fort, de manière démocratique et pacifique, qu’il était temps de se transformer et qu’il était désormais le temps des femmes. » Ce discours inaugural, marqué par un ton résolument inclusif et ambitieux, a établi les fondations d’un mandat que la présidente entend placer sous le signe de l’égalité et de la reconnaissance des droits des femmes.
Les fondations d’un agenda féministe d’État
Peu de temps après sa prise de fonctions, Claudia Sheinbaum annonce un ensemble de mesures destinées à améliorer les conditions de vie des Mexicains, en particulier des femmes. Lors d’une allocution dans le cadre des Matins du peuple (un programme de conférences matinales données par la présidente du Mexique en compagnie de son cabinet politique et de journalistes), elle déclare : « En tant que première présidente du Mexique, notre obligation est de protéger les femmes et d’inscrire dans la Constitution de la République (…) : Premièrement, l’égalité substantielle (…). – la notion d’égalité « substantielle » renvoie aux traitements juridiques différenciés entre les femmes et les hommes, autorisés ou imposés afin de remédier aux inégalités de situations qui existent entre les femmes et les hommes[12]La Revue des droits de l’Homme (2017). La mobilisation de l’égalité formelle contre les mesures tendant à l’égalité réelle entre les femmes et les hommes : le droit de la … Continue reading. Ensuite, le droit à une vie sans violence, non seulement pour les femmes, mais aussi pour les adolescents et les enfants.»[13]Gobierno de México (2024). Presidenta Claudia Sheinbaum firma derecreto que garantiza la igualdad sustantiva de las mujeres en la … Continue reading
Cette déclaration marque le point de départ d’une série de réformes législatives visant à renforcer les droits des femmes.
La première réforme concerne l’égalité substantielle. Sheinbaum souligne que toutes les lois mexicaines doivent refléter « les spécificités des femmes et leurs droits humains »[14]RFI (2024). Mexico’s new president unveils steps to boost women’s rights.https://www.rfi.fr/en/international-news/20241003-mexico-s-new-president-unveils-steps-to-boost-women-s-rights. Ainsi, le 15 novembre 2024, elle signe un décret modifiant sept articles de la Constitution. L’article 4 « intégrera le droit à l’égalité réelle, qui ne concerne pas seulement l’égalité des femmes et des hommes devant la loi, mais aussi le fait que toutes les lois et réglementations de notre pays doivent tenir compte des particularités des femmes et de leurs droits humains, ce à quoi l’égalité fait référence »[15]Gobierno de Mexico (2024). https://www.gob.mx/presidencia/prensa/presidenta-claudia-sheinbaum-presenta-reformas-constitucionales-para-proteger-y-ampliar-los-derechos-de-las-mujeres?idiom=es-MX. En outre, le droit de vivre à l’abri de la violence est garanti, de sorte que l’État a des obligations de protection renforcées à l’égard des femmes, des adolescents, des filles et des garçons.[16]Gobierno de México (2024). Presidenta Claudia Sheinbaum firma derecreto que garantiza la igualdad sustantiva de las mujeres en la … Continue reading De plus, les articles 21 et 73 imposent aux institutions de sécurité et de justice des États d’adopter une approche sensible au genre. Par ailleurs, l’article 41 rend obligatoire la parité des sexes au sein des administrations publiques, tant au niveau fédéral qu’étatique, garantissant des cabinets ministériels équilibrés.[17]Reuters (2024). Mexico’s first woman president announces reforms to battle gender discrimination. … Continue reading
Ensuite, la présidente met l’accent sur le droit à une vie sans violence. À l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, le 25 novembre 2024, son gouvernement lance une campagne intitulée « Le temps des femmes sans violence »[18]Gobierno de Mexico (2024). Presidenta Claudia Sheinbaum presenta campaña permanente: ¡Es tiempo de mujeres sin violencia! ¡Súmate y transforma! … Continue reading, reprenant les propos tenus lors de son investiture. Cette initiative s’accompagne de la création du premier Secrétariat aux Femmes, dirigé par la secrétaire générale de Morena, Citlalli Hernández Mora, pour institutionnaliser la lutte contre les violences sexistes. Le gouvernement annonce également la distribution de millions de brochures informant les femmes de leurs droits, y compris dans les langues autochtones.
Sheinbaum explique : « Nous voulons distribuer un livret sur les droits des femmes à toutes les Mexicaines. En réalité, cela devrait aussi s’appliquer aux hommes, car tous doivent connaître ces droits fondamentaux. Trop souvent, une femme subissant des violences ou percevant un salaire inférieur à celui d’un homme pour un travail équivalent ignore que ses droits sont bafoués. »[19]Gobierno de Mexico (2024). Presidenta Claudia Sheinbaum presenta reformas constitucionales para proteger y ampliar los derechos de las mujeres. … Continue reading
Elle précise que ces brochures s’accompagnent de la création d’un réseau de soutien appelé « Gardiennes de la Patrie », chargé de protéger les femmes au sein de leurs communautés.
La présidente insiste également sur la nécessité d’éduquer la société afin de déconstruire les stéréotypes sexistes. Elle déclare lors d’une conférence : « Certains comportements, comme dire à une femme ‘tais-toi, tu es plus jolie’, ou affirmer qu’une fille ne peut pas devenir ingénieure, sont perçus comme normaux. Or, ce ne sont pas des coutumes, mais des formes de violence qui empêchent les femmes d’atteindre leurs rêves. »[20]Gobierno de Mexico (2024). Presidenta Claudia Sheinbaum presenta campaña permanente: ¡Es tiempo de mujeres sin violencia! ¡Súmate y transforma! … Continue reading Aucune mesure n’a été annoncée pour le moment en vue de lutter contre les stéréotypes de genre au cours de l’enfance ou de l’adolescence.
Une autre priorité est l’élimination de l’écart salarial entre les sexes. Sheinbaum qualifie cette pratique de « rémunération inégale et déloyale »[21]EFEMENISTA (2024). Las claves de las primeras reformas de género de Claudia Sheinbaum https://efeminista.com/claves-reformas-genero-claudia-sheinbaum/ et annonce l’adoption d’une disposition spécifique dans le droit du travail pour l’éradiquer. Sheinbaum a annoncé que la loi générale sur l’égalité substantielle sera modifiée afin de définir, pour la première fois, la notion d’écart salarial et d’imposer des mesures contraignantes pour son élimination. Cette révision inclut également des dispositifs destinés à renforcer l’accès des femmes à l’emploi. Interrogée sur les disparités dans le sport, où les femmes perçoivent des salaires bien inférieurs à ceux de leurs homologues masculins, elle affirme : « La Constitution garantira qu’il n’existe aucun écart salarial. Les athlètes féminines pourront ainsi percevoir des salaires équivalents à ceux des hommes. »[22]EFEMENISTA (2024). Las claves de las primeras reformas de género de Claudia Sheinbaum https://efeminista.com/claves-reformas-genero-claudia-sheinbaum/
Des mesures complémentaires sont également annoncées, notamment pour les femmes de plus de 60 ans. Sheinbaum introduit une pension bimestrielle de 3 000 pesos (environ 150 euros) destinée aux femmes âgées de 60 à 64 ans, une tranche d’âge précédemment exclue de la Pensión Bienestar, pension couvrant les dépenses de santé des personnes de plus de 65 ans. Cette initiative vise à reconnaître et à soutenir les femmes ayant consacré leur vie à s’occuper de leur famille. Le programme commence par les femmes indigènes[23]El Financiero (2024). Pensión para Mujeres: ¿Cuándo comienza el apoyo que Claudia Sheinbaum prometió? … Continue reading, touchant environ un million de bénéficiaires, avant d’être progressivement étendu. Cette politique témoigne d’une volonté de prendre en compte les discriminations croisées liées à l’âge, au genre et à l’origine ethnique. Elle envoie un signal fort aux Mexicaines, tout en offrant des réponses concrètes aux plus vulnérables.
Le gouvernement présente également dix engagements pour transformer les comportements sexistes dans la société et l’administration publique. Parmi eux figurent la formation des fonctionnaires à la perspective de genre et l’obligation pour les États de financer leurs propres programmes de lutte contre la violence sexiste. D’autres engagements incluent le renforcement des modèles de prévention, la lutte contre la violence dans les établissements scolaires et la création de procureurs spécialisés contre les féminicides dans chaque région.[24]El Pais (2024). El Gobierno de Sheinbaum lanza una campaña contra la violencia machista pero recorta el gasto de la política de Género para 2025. … Continue reading
L’ensemble de ces dix engagements semble très ambitieux, mais leur mise en œuvre requiert une augmentation rapide et efficace du budget alloué à la lutte contre les violences faites aux femmes, tant au niveau national que régional, ce qui n’a pas encore été annoncé.
En somme, Claudia Sheinbaum pose les fondations d’une politique ambitieuse et structurée pour renforcer les droits des femmes et lutter contre les inégalités. Toutefois, la réussite et la mise en oeuvre de ces réformes dépendra de leur mise en œuvre effective et du suivi budgétaire nécessaire pour garantir des résultats tangibles.
Face à l’ampleur du fléau des violences faites aux femmes au Mexique, les diminutions budgétaires annoncées pour 2025 inquiètent les féministes
Les réformes annoncées par Claudia Sheinbaum pour lutter contre les violences faites aux femmes n’ont pas échappé aux critiques, soulevant des interrogations quant à leur pertinence et à leur mise en œuvre effective. Face à l’ampleur et à la complexité du fléau des violences faites aux femmes au Mexique, l’entreprise s’annonce particulièrement ardue, d’autant plus que les coupes budgétaires fédérales prévues pour 2025 réduisent considérablement les fonds alloués à la politique de genre. Bien que l’annexe 13, qui comprend des ressources destinées à lutter contre les inégalités entre les sexes, affiche une augmentation de 9,5 % par rapport à l’année précédente, la répartition de ces fonds demeure imprécise. Par ailleurs, la perspective de genre n’apparaît pas de manière explicite dans les programmes les plus favorisés de cette annexe, tels que la pension pour personnes âgées ou les bourses pour étudiants.
En revanche, certaines des principales victimes de ces restrictions budgétaires sont les programmes de soutien aux refuges pour femmes battues et les institutions dédiées aux femmes dans les entités fédérales (PAIMEF). De même, le programme confié à la Commission nationale pour la prévention et l’éradication de la violence à l’égard des femmes (Conavim) verra son budget diminuer de 7 % par rapport aux allocations approuvées en 2024. Les organisations de la société civile ont exprimé leurs inquiétudes face à ces réductions et s’interrogent sur la capacité du nouveau Secrétariat aux Femmes à remplir efficacement ses missions avec un budget réduit.
Une mesure spécifique qu’elle propose pour protéger les victimes de violences sexistes suscite également des préoccupations. Selon le plan de Sheinbaum : « Des initiatives seront soumises au Congrès pour garantir des refuges, mais surtout pour obliger les agresseurs à quitter le domicile, ce qui permettra aux femmes de rester avec leurs enfants. » Cependant, certains experts des politiques publiques visant à lutter contre les violences faites aux femmes rappellent qu’inciter les victimes à demeurer dans leur domicile, même après l’expulsion de l’agresseur, soulève des inquiétudes quant à la sécurité physique et psychologique des femmes et des enfants, exposés au risque d’un retour ou d’une recrudescence de la violence. Cette proposition est perçue par certains observateurs comme une réponse partielle, qui ne s’attaque pas aux causes structurelles des violences domestiques et pourrait, par conséquent, perpétuer des situations de précarité et de vulnérabilité.[25]The Conversation. Mexico: why Sheinbaum’s historic election may not translate to gender equality … Continue reading
Ces ajustements budgétaires, associés aux critiques concernant l’approche retenue pour lutter contre les violences domestiques, alimentent les doutes quant à la capacité de Claudia Sheinbaum à concrétiser ses engagements féministes au-delà de déclarations symboliques. Ils mettent en évidence les défis structurels et persistants auxquels son administration devra faire face afin de traduire ses promesses en actions tangibles et durables.
Claudia Sheinbaum : vers une transition entre représentation symbolique et transformation effective.
L’élection de Claudia Sheinbaum constitue une avancée historique et hautement symbolique, marquant un tournant décisif dans l’émancipation politique des femmes au Mexique. Première femme à accéder à la magistrature suprême, elle incarne à la fois une rupture avec l’ordre établi et un hommage aux luttes féministes ayant jalonné l’histoire du pays. Cette victoire suscite néanmoins des attentes considérables quant à sa capacité à influer concrètement sur les conditions de vie des Mexicaines.
Sheinbaum semble conjuguer représentation descriptive et substantive. Son accession au pouvoir représente, d’un point de vue descriptif, une reconnaissance éclatante des combats menés depuis des décennies pour assurer une place aux femmes dans l’espace politique. Cependant, au-delà de cette portée symbolique, ses premières réformes traduisent une volonté d’action tangible. La création d’un Secrétariat aux Femmes, la mise en place d’un système de pensions destiné aux femmes de 60 à 64 ans, l’adoption de lois garantissant l’égalité salariale, les amendements constitutionnels consacrant l’égalité substantielle et la distribution de brochures éducatives sur les droits des femmes témoignent d’une démarche pragmatique et ambitieuse. Cette démarche doit néanmoins s’ancrer concrètement dans la réalité par une augmentation du budget alloué à ces politiques publiques déjà engagées, tout en permettant la mise en œuvre des nombreuses autres initiatives annoncées.
Ces avancées, bien que louables, devront être complétées par des réformes structurelles et pérennes. Le renforcement des programmes éducatifs pour déconstruire les stéréotypes de genre, la généralisation de tribunaux spécialisés dans les affaires de violences faites aux femmes et l’élargissement du réseau de refuges pour victimes demeurent des axes essentiels encore en gestation. Ces initiatives devront être accompagnées d’une allocation budgétaire appropriée afin d’assurer leur pérennité et leur efficacité.
En s’inscrivant dans la continuité des politiques sociales d’AMLO tout en amorçant un virage féministe, Sheinbaum offre une opportunité singulière de refaçonner les structures socio-politiques et de renforcer les droits des femmes au Mexique. Toutefois, la concrétisation effective et la viabilité de ses promesses détermineront si cette présidence inaugure une ère de transformation durable ou se limite à incarner un symbole inspirant mais insuffisant.
Pour citer cette production: Sarah d’Anjou, “Claudia Sheinbaum, première femme présidente du Mexique : Victoire féministe ou pinkwashing ? 2/2”, 8/02/2026, Institut du Genre en Géopolitique.
References
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