Les marches exploratoires, un outil féministe pour repenser l’aménagement urbain

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Les marches exploratoires, un outil féministe pour repenser l’aménagement urbain

16.06.2021

Clémence Morin

La notion d’espace public apparaît dans les années 1960 pour nommer la sphère intermédiaire « entre la vie privée et l’État monarchique[1]BASQUIAT Brigitte, « Le mouvement des femmes et l’accès à l’« espace public » des années 1970 aux années 1990 : exemples français, suisses et irlandais », dans Sylvette Denèfle (dir.), … Continue reading » en France et en Angleterre au XVIIIe siècle. Cette notion, mise au pluriel, désigne aujourd’hui « les endroits accessibles au(x) public(s) : […] ce sont des rues et des places, des parvis et des boulevards, des jardins et des parcs, des plages et des sentiers forestiers, campagnards ou montagneux, bref, le réseau viaire et ses à-côtés qui permettent le libre mouvement de chacun, dans le double respect de l’accessibilité et de la gratuité[2]PAQUOT Thierry, « Introduction », dans Thierry Paquot éd., L’espace public. La Découverte, 2009, p. 3». La séparation genrée des espaces public et privé reste « une constante sociale, y compris dans les sociétés occidentale[3]FORTIER Corinne, « Vulnérabilité, mobilité et ségrégation des femmes dans l’espace public masculin : point de vue comparé (France-Mauritanie-Égypte) », Égypte/Monde arabe, Troisième … Continue reading », l’espace public étant généralement associé aux hommes et l’espace privé aux femmes. De plus, ce sont majoritairement des hommes qui sont chargés de l’aménagement des espaces urbains, ainsi, la prépondérance des hommes dans les processus décisionnels qui pensent et créent la ville conduit à « une appropriation de l’espace urbain par les hommes au détriment des femmes[4]DELEVOYE Vanessa, « La ville faite par et pour les hommes », Urbismag, en ligne, 23 novembre 2018 ». Le géographe Yves Raibaud, spécialiste des questions de genre, rappelle dans un livre éponyme paru en 2015 que « la ville est faite par et pour les hommes[5]RAIBAUD Yves, La ville faite par et pour les hommes, Belin, 2015, 80 p. ». En étudiant le Grenelle des mobilités qui s’est tenu à Bordeaux en 2012, il démontre que la participation citoyenne à l’aménagement urbain est elle aussi dominée par la présence masculine. Il note « l’absence relative des femmes dans les assemblées (25 %), dans le temps de parole (10 %) et parmi les experts [invités] (0 %)[6]RAIBAUD Yves, « La participation des citoyens au projet urbain : une affaire d’hommes ! », Participations, vol. 12, no. 2, 2015, p. 74 » et décrit un sexisme sous-jacent lors des séances plénières qui participent à la décrédibilisation de la parole des femmes (intervention sauvage, parole coupée, brouhaha dans le public, demande d’écourter l’intervention, etc.).

Face à ce constat d’une absence systémique de femmes dans l’aménagement urbain qui conduit à la création d’espaces publics pensés pour et par les hommes, les marches exploratoires sont alors un outil de recherche-action participative pour prendre en compte le vécu et l’expertise des femmes dans l’aménagement urbain.

Cet article s’intéresse aux origines des marches exploratoires afin de comprendre la démarche et les besoins auxquels elles répondent. Il traite ensuite du cas spécifique de la France, où cet outil, de plus en plus préconisé par les pouvoirs publics, connaît encore des limites. Enfin, il devient d’autant plus nécessaire d’intégrer les problématiques de genre pour penser les villes durables.

Les marches exploratoires, un outil né au Canada pour répondre à un besoin de sécurité

Le concept des marches exploratoires apparaît à Toronto en 1989. Créées par le Metro Action Committee on Public Violence Against Women and Children (METRAC) de Toronto, ces marches se donnent pour but de mesurer le sentiment de sécurité des femmes (et dans une moindre mesure des enfants) dans l’espace public[7]Marches exploratoires, Conscience urbaine, en ligne. Appelées safety audit en anglais, ces marches exploratoires donnent pour la première fois la possibilité à des femmes de s’exprimer sur leurs pratiques de l’espace urbain et de proposer des améliorations. Ce concept se développe ensuite dans la ville de Montréal à partir de 1992, avec une centaine de marches exploratoires qui ont mené à la production d’un « guide d’enquête sur la sécurité des femmes en ville[8]HENAULT Marielle, LAHAISE Marie-Dominique & MICHAUD Anne, Pour la sécurité des Montréalaises : guide d’enquête sur la sécurité des femmes en ville, Ville de Montréal, 1993, 44 p. » inspiré de celui du METRAC. Ce guide a ensuite été traduit et adapté aux villes européennes et africaines dans le cadre d’institutions internationales comme le Forum européen pour la sécurité urbaine (FESU) et le programme Villes plus sûres du Centre des Nations unies pour les établissements humains (Habitat).

Ce guide permet de questionner six principes de l’aménagement[9]Femmes et villes international, Ensemble pour la sécurité des femmes, Bibliothèque et Archives Canada, 2010, 62 p. qui sécurisent l’espace urbain pour les femmes : celui de s’avoir où l’on est et où l’on va (grâce à la présence de plans de quartiers, de signalétique visible, etc.) ; celui de voir et d’être vue (éclairage public, grandes perspectives pour éviter les cachettes, etc.) ; ceux d’entendre et d’être entendue, d’agir ensemble, de pouvoir s’échapper et d’obtenir du secours (fréquentation des lieux selon les heures, surveillance formelle et informelle) ; celui de vivre dans un aménagement propre et accueillant (accessibilité pour tous et toutes, entretien).

Centrées sur les questions de sécurité, les marches exploratoires questionnent la pratique urbaine selon le genre et notamment les stratégies d’évitement des femmes ou encore les « murs invisibles[10]DI MEO Guy, « Les femmes et la ville. Pour une géographie sociale du genre », Annales de géographie, vol. 684, no. 2, 2012, p. 109 » qui existent dans leurs déplacements urbains. Cette démarche a pour but de « pointer des choses que les hommes en cravate ne verraient pas[11]ALOUTI Feriel, « Des marches exploratoires « pour réinvestir les espaces publics occupés par les hommes » », Le Monde, en ligne, 20 mai 2017 », comme le rappelle Sophie Latour, directrice de l’association Interm’aide dans un article du Monde paru en 2017.

Dominique Poggi, sociologue française spécialisée dans le pilotage de recherches-actions participatives, souligne en 2018 que les marches exploratoires participent aussi à faire reculer les violences de genre dans l’espace public en favorisant la mixité sociale et la réappropriation de tous les espaces urbains par les femmes[12]BADRE Marie-Pierre & DAULNY Paul, Femmes et espaces publics, Centre Hubertine Auclert, mai 2018, p. 18. En effet, les stratégies d’évitement développées par les femmes sont une entrave à leur droit à la ville. Le droit à la ville, concept développé par Henri Lefebvre
dans son livre éponyme paru en 1968, est l’idée que l’accessibilité à tous et toutes des espaces urbains et leur libre-circulation constitue un fondement de la démocratie. Selon lui, la recherche du droit à la ville pour tous et toutes doit impulser des changements à la fois urbanistiques et sociaux. Enfin, les marches exploratoires sont un outil pour intégrer les femmes dans le processus décisionnel de l’aménagement urbain, ce qui, grâce à une action collective et genrée, participe à une nouvelle forme de démocratie locale. 

Comment se déroule une marche exploratoire ?

Une marche exploratoire est un projet à moyen terme qui dure entre 3 et 6 mois. La première étape consiste à mobiliser les acteurs[13]Le mot « acteur » est utilisé dans son sens géographique, c’est-à-dire « l’ensemble des agents (individus, groupes de personnes, organisations) susceptibles d’avoir, directement … Continue reading concernés : d’une part celles et ceux qui font l’aménagement urbain et les décideur.euse.s public.que.s, d’autre part les femmes qui vont former le groupe de travail. Le projet s’inscrit à l’échelle d’un quartier et il est souvent porté par une association locale qui connaît bien le public cible et qui peut accueillir les temps de réunion dans ses locaux. Le groupe de travail, une fois constitué, commence par cartographier ses déplacements dans le quartier ainsi que les lieux fréquentés et évités afin d’établir le trajet de la marche qui sera réalisée à différents moments de la journée mais aussi de nuit. La marche, d’une durée allant d’une à plusieurs heures, permet aux femmes de s’exprimer à la fois sur leur sentiment d’aisance ou d’insécurité dans les lieux traversés ainsi que sur les types d’aménagements urbains adéquats ou à améliorer. Un guide d’animation sur des questions concrètes à savoir, la signalétique, l’éclairage public ou la fréquentation, permet aux femmes d’exprimer leur ressenti sur ces espaces, comme lors d’une marche exploratoire dans le quartier de la Lombardie à Rouen « – ça glisse. – Terrain boueux. – Est-ce facile de se repérer ? – Non pas du tout – Manque d’éclairage, – et en tout cas caché dans les arbres c’est-à-dire qu’en fait ils sont peut-être mal disposés[14]Ville de Rouen, Rouen – Marches exploratoires, Les “Lombardines” en marche, 16 mars 2016, vidéo en ligne ».

La prise de photographies et d’annotations permet la mise en commun et la rédaction d’un rapport avec l’aide de technicien.ne.s et spécialistes de l’aménagement urbain pour recenser les propositions retenues suite au diagnostic territorial effectué. Le rapport est ensuite remis aux acteurs publics mobilisés en début de projet. Le groupe de travail peut recevoir une formation à la prise de parole en public pour la marche organisée avec les élu.e.s locaux.les. Enfin, une réunion de clôture permet à ces dernier.ère.s de se prononcer sur la faisabilité des propositions et leurs délais potentiels de réalisation. Un travail de suivi est préconisé pour observer les retombées concrètes de la marche exploratoire plusieurs mois après.

Expérimentations des marches exploratoires en France : résultats et limites

Les marches exploratoires, expérimentées en France à partir des années 2000 se concentrent sur des quartiers populaires, identifiés comme Zone Urbaine Sensible (ZUS) par la Politique de la ville[15]BADRE Marie-Pierre & DAULNY Paul, Femmes et espaces publics, Centre Hubertine Auclert, mai 2018, p. 18. Elles sont, alors, un outil que s’est approprié les pouvoirs publics pour servir une dynamique étatique de réduction des inégalités sociales dans des espaces urbains dits “sensibles”. En 2009, cette démarche est notamment expérimentée dans deux quartiers classés ZUS de la ville de Dreux[16]PERICARD Estelle, Fiche d’expérience de Villes au Carré – Expérimentation des « marches exploratoires » de femmes, Villes au Carré, janvier 2009, 5 p.. Elle permettait d’évaluer la rénovation urbaine menée dans un seul de ces deux quartiers aux profils socio-économiques semblables. En dépassant l’aspect d’audit sécuritaire originel des marches exploratoires, les collectivités locales françaises essayent aussi, à travers cet outil, de développer de nouvelles formes de démocratie locale dans des quartiers vus comme difficiles et où les pouvoirs publics sont en recul. La participation des habitant.e.s est d’ailleurs un des axes majeurs de la politique de la ville.

En 2014, le Secrétariat d’État à la Politique de la Ville, le Secrétariat d’État aux Droits des Femmes, le Secrétariat interministériel en charge de la prévention de la délinquance ainsi que l’organisme public national d’aménagement du territoire (Commissariat Général à l’Égalité des Territoires) commandent une expérimentation de marches exploratoires de grande ampleur dans 12 villes de France[17]FERRAND Laure, « Les marches exploratoires de femmes. Quand un dispositif à visée participative renforce le pouvoir d’agir des professionnels de l’action sociale », Pensée plurielle, vol. … Continue reading : Amiens (80), Avignon (84), Arcueil (94), Bastia (2B), Bordeaux (33), Creil (60), Lille (59), Mons-en-Baroeul (59), Montreuil (93), Paris 20ème (75), Rennes (35) et Saint-Etienne (42). France Médiation, une association nationale qui regroupe des acteurs de la médiation locale, est mandatée pour coordonner ces marches exploratoires et les différents acteurs impliqués, sur une durée de 2 ans.

Depuis cette expérience à l’échelle nationale, les marches exploratoires sont de plus en plus plébiscitées par les pouvoirs publics locaux comme en témoigne le rapport du Centre Hubertine Auclert sur les femmes dans l’espace public[18]BADRE Marie-Pierre & DAULNY Paul, Femmes et espaces publics, Centre Hubertine Auclert, mai 2018, 100 p. commandé par la région Ile-de-France. Ce rapport fait apparaître l’outil des marches exploratoires dans ces 17 propositions politiques pour tendre vers plus de mixité sociale au sein de l’espace urbain. Les transporteurs français comme la SNCF et la RATP se sont appropriés aussi cette approche pour améliorer les infrastructures de transport. Depuis 2015, la SNCF et la RATP a aussi développé cet outil[19]BADRE Marie-Pierre & DAULNY Paul, Femmes et espaces publics, Centre Hubertine Auclert, mai 2018, p. 42 en se centrant d’une part sur la question du sentiment de sécurité des femmes dans les transports et aux abords des gares et d’autre part sur la question de l’aménagement des gares et des stations.

Les marches exploratoires ont pour objectif d’engendrer des retombées concrètes sur la pratique urbaine quotidienne des femmes. Lors des expérimentations françaises, ces dernières ont préconisé de réhabiliter des aménagements urbains désuets comme, par exemple, redessiner les marquages des passages piétons à Creil, ou encore améliorer l’éclairage public à Avignon, d’installer du mobilier urbain adapté comme des bancs et des préaux à la sortie des écoles à Bordeaux, mais aussi de créer un environnement propre et accueillant par exemple en repeignant les murs graffés à Creil. Lors d’un autre projet de marche ex
ploratoire dans un quartier classé ZUS de Rouen, les femmes ont travaillé sur l’aménagement d’un sentier forestier notamment en préconisant la bétonisation sol et l’installation de bancs, pour permettre au plus grand nombre d’emprunter ce raccourci pour accéder au centre-ville et aux services de proximité.

Cependant, les marches exploratoires en France présentent des limites. Premièrement, la mise en place de ce type d’expérience reste complexe avec la mobilisation de différents acteurs et notamment des femmes participantes qui doivent y investir beaucoup de temps, en cumulant cette activité aux tâches quotidiennes et à leur travail, parfois en horaires décalés. Deuxièmement, le manque d’informations, de la diffusion à l’évaluation, pose encore problème quant au développement des marches exploratoires en France. D’une part, la Fédération Nationale des Associations d’Usagers des Transports (FNAUT) estime dans une enquête de 2017 que « seules 13 % des femmes interrogées connaissent le principe de marches exploratoires [et qu’] elles sont 1 % à y avoir déjà participé[20]Ibid. ». D’autre part, il n’existe pas d’évaluation scientifique publique pour mesurer les effets à moyen et long terme de ces marches. Par exemple, le travail de coordination de France Médiation mené de 2014 à 2016 a été évalué par le LERFAS (Laboratoire Étude, Recherche, Formation en Action Sociale), mais le rapport final n’est pas accessible au grand public. L’essentiel de la documentation disponible en France sur les marches exploratoires est produit par les acteurs concernés, ce qui implique nécessairement l’existence d’une politisation de cet outil et d’un biais quant aux résultats obtenus. Enfin, certain.es chercheur.ses comme la sociologue Laure Ferrand, critiquent les marches exploratoires qui, selon elle, entretiennent des injonctions agissant sur les femmes participantes[21]FERRAND Laure, « Les marches exploratoires de femmes. Quand un dispositif à visée participative renforce le pouvoir d’agir des professionnels de l’action sociale », Pensée plurielle, vol. … Continue reading. Elle évoque notamment l’injonction à la participation et à l’émancipation alors que le cadre d’expression de leur pensée reste normé par les codes technicistes à utiliser lors des restitutions et dans le rapport produit. Elle perçoit aussi l’objectif de démocratie locale comme une illusion, car les élu.e.s, majoritairement des hommes, restent en « position de décideurs[22]Ibid. ». Laure Ferrand considère aussi que cet outil maintient certains stéréotypes de genre en cantonnant les femmes à leur rôle de mère, perçues comme des personnes vulnérables qu’il faut protéger dans l’espace public. Elle conclut avec la thèse que « les marches exploratoires sont un exemple parmi beaucoup d’autres de ces espaces « technocratiquement » pensés comme « émancipatoires » mais qui ne réinterrogent pas les formations des opinions, la conception pyramidale de l’espace public et social[23]Ibid. ».

Une nécessité accrue de développer cet outil avec l’aménagement des villes durables

Les inégalités de genre dans l’espace public sont encore peu intégrées à la réflexion et à la conception d’écoquartiers. En étudiant le rapport final du Grenelle des mobilités de Bordeaux de 2012, le géographe Yves Raibaud constate que seulement 10 lignes sont consacrées aux questions du genre dans un rapport de 186 pages[24]RAIBAUD Yves, « Durable mais inégalitaire : la ville », Travail, genre et sociétés, vol. 33, no. 1, 2015, p. 43. Or, les nouveaux usages de la ville à l’aune de la prise de conscience écologique comme le développement des mobilités douces (vélo, marche à pied, covoiturage, transports en commun) vont, selon le chercheur, défavoriser les femmes dans leur pratique de la ville[25]RAIBAUD Yves, « La ville durable creuse les inégalités », le journal CNRS, en ligne, 10 septembre 2015. Il souligne que ce consensus autour des mobilités douces doit être interrogé selon les inégalités de genre car les femmes endossent majoritairement les tâches quotidiennes des courses, la prise en charge des enfants et l’accompagnement des personnes âgées, ce qui limite leur possibilité de se dispenser de l’usage de la voiture. La perception des usager.ère.s lors des réflexions autour des aménagements urbains est totalement dégenrée, ce qui relègue les pratiques spécifiques des femmes au rang de cas particuliers, à des questions privées allant jusqu’à porter un discours culpabilisant envers celles qui « ne voudraient pas faire d’effort[26]Ibid.» pour participer à une ville plus durable car, elles conservent l’usage de la voiture dans leurs déplacements.

Yves Raibaud décrit alors le modèle de la ville durable comme un espace urbain dont « les nouvelles pratiques qui en découlent ressemblent comme deux gouttes d’eau à des pratiques d’hommes jeunes, libres d’obligations familiales et en bonne santé[27]RAIBAUD Yves, « Durable mais inégalitaire : la ville », Travail, genre et sociétés, vol. 33, no. 1, 2015, p. 46 ». Le géographe invite donc à intégrer la question du genre dans l’aménagement des villes durables[28]RAIBAUD Yves, « La participation des citoyens au projet urbain : une affaire d’hommes ! », Participations, vol. 12, no. 2, 2015, pp. 57-81 afin d’arrêter d’invisibiliser les pratiques des femmes dans l’espace public en les écoutant, par exemple, à l’occasion de marches exploratoires, mais surtout en les associant aux processus décisionnels pour dépasser le stade de la simple consultation citoyenne.

Conclusion

Les marches exploratoires sont un des outils qui peuvent être mis en place pour tenir compte des inégalités de genre dans l’aménagement urbain. Elles entendent aujourd’hui dépasser la lecture uniquement sécuritaire de l’aménagement urbain pour penser les pratiques des femmes de l’espace public dans leur globalité (mobilités, loisirs, etc.). Le réaménagement urbain pensé pour intégrer les enjeux écologiques est l’occasion de prendre en compte les inégalités de genre et les pratiques des femmes comme cela a été fait avec les questions des pratiques de personnes à mobilité réduite dans l’espace public. En France, les marches exploratoires sont aussi un outil pensé pour remettre de la démocratie locale dans des quartiers classés ZUS. Pouvant être une première étape intéressante pour intégrer les femmes dans les processus décisionnels, les chercheu.euse.s insistent sur la nécessité de développer la présence des femmes dans les instances officielles.

Enfin, le réaménagement urbain, à l’aune de la prise de conscience écologique, se présente comme une occasion pour repenser les espaces avec une lecture intersectionnelle (inégalités de genre, inégalités sociales, inégalités de capacité, etc.).

Bibliographie

Articles scientifiques :

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Ouvrage scientifique :

RAIBAUD Yves, La ville faite par et pour les hommes, Belin, 2015, 80 p.

Rapports et guides :

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Articles de presse / en ligne :

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DELEVOYE Vanessa, « La ville faite par et pour les hommes », urbismag, en ligne, 23 novembre 2018, url : https://www.urbislemag.fr/la-ville-faite-par-et-pour-les-hommes-billet-509-urbis-le-mag.html

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Vidéos :

Ville de Rouen, Rouen – Marches exploratoires, Les “Lombardine
s” en marche, Youtube, en ligne, 16 mars 2016, url : https://www.youtube.com/watch?v=03bRACdxAn

Photo : 

Page Facebook du Collectif des Marches Exploratoires des Femmes de Stains

Pour citer cet article : Clémence MORIN, “Les marches exploratoires, un outil féministe pour repenser l’aménagement urbain”, 16.06.2021, Institut du Genre en Géopolitique.

Les propos contenus dans cet article n’engagent que l’autrice

References

References
1 BASQUIAT Brigitte, « Le mouvement des femmes et l’accès à l’« espace public » des années 1970 aux années 1990 : exemples français, suisses et irlandais », dans Sylvette Denèfle (dir.), Femmes et villes, 2004, p. 501BASQUIAT Brigitte, « Le mouvement des femmes et l’accès à l’« espace public » des années 1970 aux années 1990 : exemples français, suisses et irlandais », dans Sylvette Denèfle (dir.), Femmes et villes, 2004, p. 501
2 PAQUOT Thierry, « Introduction », dans Thierry Paquot éd., L’espace public. La Découverte, 2009, p. 3
3 FORTIER Corinne, « Vulnérabilité, mobilité et ségrégation des femmes dans l’espace public masculin : point de vue comparé (France-Mauritanie-Égypte) », Égypte/Monde arabe, Troisième série, 2012
4 DELEVOYE Vanessa, « La ville faite par et pour les hommes », Urbismag, en ligne, 23 novembre 2018
5 RAIBAUD Yves, La ville faite par et pour les hommes, Belin, 2015, 80 p.
6 RAIBAUD Yves, « La participation des citoyens au projet urbain : une affaire d’hommes ! », Participations, vol. 12, no. 2, 2015, p. 74
7 Marches exploratoires, Conscience urbaine, en ligne
8 HENAULT Marielle, LAHAISE Marie-Dominique & MICHAUD Anne, Pour la sécurité des Montréalaises : guide d’enquête sur la sécurité des femmes en ville, Ville de Montréal, 1993, 44 p.
9 Femmes et villes international, Ensemble pour la sécurité des femmes, Bibliothèque et Archives Canada, 2010, 62 p.
10 DI MEO Guy, « Les femmes et la ville. Pour une géographie sociale du genre », Annales de géographie, vol. 684, no. 2, 2012, p. 109
11 ALOUTI Feriel, « Des marches exploratoires « pour réinvestir les espaces publics occupés par les hommes » », Le Monde, en ligne, 20 mai 2017
12, 15 BADRE Marie-Pierre & DAULNY Paul, Femmes et espaces publics, Centre Hubertine Auclert, mai 2018, p. 18
13 Le mot « acteur » est utilisé dans son sens géographique, c’est-à-dire « l’ensemble des agents (individus, groupes de personnes, organisations) susceptibles d’avoir, directement ou indirectement, une action sur les territoires » dans : Acteurs spatiaux, action spatiale, Géoconfluences, en ligne, décembre 2020
14 Ville de Rouen, Rouen – Marches exploratoires, Les “Lombardines” en marche, 16 mars 2016, vidéo en ligne
16 PERICARD Estelle, Fiche d’expérience de Villes au Carré – Expérimentation des « marches exploratoires » de femmes, Villes au Carré, janvier 2009, 5 p.
17, 21 FERRAND Laure, « Les marches exploratoires de femmes. Quand un dispositif à visée participative renforce le pouvoir d’agir des professionnels de l’action sociale », Pensée plurielle, vol. 43, no. 3, 2016, pp. 97-109
18 BADRE Marie-Pierre & DAULNY Paul, Femmes et espaces publics, Centre Hubertine Auclert, mai 2018, 100 p.
19 BADRE Marie-Pierre & DAULNY Paul, Femmes et espaces publics, Centre Hubertine Auclert, mai 2018, p. 42
20, 22, 23 Ibid.
24 RAIBAUD Yves, « Durable mais inégalitaire : la ville », Travail, genre et sociétés, vol. 33, no. 1, 2015, p. 43
25 RAIBAUD Yves, « La ville durable creuse les inégalités », le journal CNRS, en ligne, 10 septembre 2015
26 Ibid
27 RAIBAUD Yves, « Durable mais inégalitaire : la ville », Travail, genre et sociétés, vol. 33, no. 1, 2015, p. 46
28 RAIBAUD Yves, « La participation des citoyens au projet urbain : une affaire d’hommes ! », Participations, vol. 12, no. 2, 2015, pp. 57-81