Tijuana : les dangers d’être une femme dans une ville frontalière

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Tijuana: les dangers d’être une femme dans une ville frontalière

1.11.2020

Ecrit par Frida GARIBAY
Traduit par Anaïs LOYE-MARANGONE

Tijuana, la ville où les femmes paient de leur vie le coût élevé de la proximité avec les États-Unis. Une analyse géopolitique sur l’actualité d’une ville frontalière envahie par l’insécurité et les violences faites aux femmes.

Depuis dix ans, le nombre de femmes disparues augmente de manière alarmante. Selon les journaux locaux, 80 femmes ont disparu en 2018, 120 en 2019 et 145 cas ont été enregistrés[1]El Sol de Tijuana, Desapariciones de mujeres aumentan, 27/09/2020 en septembre 2020. Une tendance se dégage de la plupart des cas récents : un grand nombre de ces femmes disparues ont entre 18 et 26 ans. Les familles de ces femmes, ainsi que des associations locales, ont dénoncé l’absence de résultats des enquêtes menées par les autorités locales. Cependant, les représentants du gouvernement mexicain affirment qu’en raison du manque d’informations ou de témoins, il n’est pas possible de savoir s’il s’agit de cas de trafic d’êtres humains, de féminicides ou simplement de fugues, ce qui rend le processus de recherche plus difficile. Pourtant une chose est sûre : ces femmes restent introuvables.

Néanmoins, la disparition de femmes à Tijuana ne se limite pas à une certaine tranche d’âge ; des petites filles d’un an comme des femmes âgées ont été signalées comme disparues. Cela concerne toutes les classes socio-économiques, même si la majorité des femmes disparues sont issues des classes moyennes et basses. Ce problème a acquis une certaine notoriété car les victimes sont des résidentes locales, des ressortissantes mexicaines ainsi que des immigrantes.

Dans le cas de Tijuana, les disparitions ont été constantes dans cette ville frontalière depuis le début des années 2000.  Au cours de la période 2007-2009, les cartels rivaux de narcotrafiquants se sont disputés le territoire, faisant de Tijuana une fosse commune, et ont enlevé des personnes liées à leurs combats en plein jour. Cependant, ces disparitions étaient toujours liées d’une manière ou d’une autre à leurs conflits territoriaux. La plupart des disparus étaient des hommes, tandis que les femmes et les enfants étaient une minorité. Un sentiment de calme et de sécurité était revenu dans la ville après cette période.

Les disparitions de jeunes filles et de femmes se sont intensifiées au cours des dernières années, suscitant une peur collective parmi les habitants. Bien que les conflits territoriaux de jour entre les différents cartels de narcotrafiquants aient relativement diminué, le nombre de femmes disparues continue d’augmenter. Chaque jour, il y a au moins un nouveau cas de jeune femme disparue dans les nouvelles locales et les médias sociaux. La peur ressentie par la société est tout à fait compréhensible car les lieux de disparitions sont très variés : sorties de l’école, Uber, dans la rue, ou encore devant les maisons.

Comme indiqué précédemment, des cas de disparition de jeunes filles et de femmes adultes ont été signalés dans tout le pays. Les femmes migrantes s’ajoutent à la liste des disparus. Bien qu’elles soient arrivées au Mexique avec l’intention de traverser la frontière vers les États-Unis, leurs familles affirment n’avoir jamais eu de nouvelles d’elles après leur départ. De plus, certaines des filles disparues partagent des caractéristiques similaires lors de leurs disparitions. Le fait que ces femmes disparues partagent une même tranche d’âge et des traits physiques similaires a conduit les autorités à penser qu’elles pourraient être victimes de traite humaine, en l’occurrence de traite des femmes. Il est toutefois possible qu’il s’agisse de cas de féminicide, d’exploitation du travail ou de trafic d’organes[2]El Imparcial, Estan desaparecidas 271 adolescentes en Baja California, 30/08/2019.

Pourquoi cela arrive-t-il à Tijuana ? 

Une réponse possible est la position géostratégique de la ville : Tijuana est située à la frontière avec San Diego, son homologue américain. Tijuana est située au nord-ouest et est la troisième plus grande ville du pays. La ligne de démarcation entre Tijuana et San Diego est la frontière la plus traversée au monde. Selon l’Office des Nations unies contre les drogues et le crime (UNDOC), la frontière San Diego-Tijuana enregistre un flux migratoire de 40 000 voitures et 100 000 personnes par jour[3]UNODC, Tráfico ilícito de migrantes: #NegocioMortal combatido por México y Estados Unidos. Bien qu’il existe une procédure standard sécurisée du côté américain, la partie mexicaine ne dispose pas de réglementation plus stricte pour empêcher les étrangers de visiter la ville à la recherche de tourisme sexuel, ce qui fait de la ville un haut lieu  d’activités d’exploitation sexuelle du crime organisé. Néanmoins, Tijuana n’est pas la seule ville de la région de Basse-Californie à être impliquée dans les disparitions de femmes. Les municipalités voisines de Rosarito, Ensenada et Mexicali ont également signalé un nombre croissant de filles et de femmes disparues. Les autorités, les associations locales et les chercheurs estiment que la disparition de ces femmes est liée à une recrudescence des activités du crime organisé, réapparues depuis le début des années 2000.

Le crime organisé et le trafic d’êtres humains

 Le vaste réseau et l’organisation du groupe de personnes qui profitent de la traite des êtres humains laissent supposer que les cartels de narcotrafiquants ont désormais étendu leurs opérations à cette activité[4]Zeta Tijuana, Familia y narco en trata de menores migrantes, 29/09/2015. Dans l’étude intitulée “Assessment of human trafficking : women and children on Mexico’s northern border, with a particular focus on Baja California“, la chercheuse Fabiola Vargas Valencia, du Colegio de la Frontera Norte (COLEF), affirme qu’il existe un vaste réseau de personnes impliquées dans la traite des femmes, depuis le recruteur ou l’auteur de l’infraction, le chauffeur, l’hôte, les propriétaires de maisons closes, les “polleros” (passeurs), jusqu’aux fonctionnaires du gouvernement mexicain, aux cols blancs et même aux patrouilles frontalières américaines. Dans cette ville, le crime organisé gère la traite des femmes comme une activité hautement organisée et clandestine. Lorsque vous vous promenez dans les rues du centre-ville, comme l’Avenida Revolución (avenue de la Révolution) ou la Calle Segunda (la seconde rue), vous êtes loin d’imaginer qu’à côté du “club pour hommes” ou de la “casa de masajes” (station de massage) devant lesquels vous passez, se trouvent des jeunes filles exploitées sexuellement.

Le crime organisé a transporté des filles de tout le pays vers Tijuana à des fins d’exploitation sexuelle. Tijuana est la destination d’arrivée et le point d’opération de la traite d’êtres humains, mais elle sert également de ville de transit pour faire passer des femmes aux États-Unis à des fins d’exploitation sexuelle. Comme indiqué précédemment, toutes les filles ne sont pas originaires du pays. Un journal local affirme que 93 % des victimes sont des ressortissantes mexicaines, le reste provenant de pays d’Amérique centrale et du Sud, tels que le Salvador, le Guatemala, le Pérou, le Brésil, le Chili, l’Argentine, l’Uruguay, voire l’Espagne et la Chine. La plupart des ressortissantes mexicaines qui sont victimes d’exploitation sexuelle à Tijuana viennent des États les plus pauvres du pays.
Leurs régions d’origine sont principalement Oaxaca, Chiapas, Nayarit, Guerrero, Estado de Mexico. Toutefois, des États plus développés économiquement, tels que Sinaloa, Jalisco, Puebla, Michoacan, Mexico et la péninsule de Basse-Californie, ont également été touchés par ces événements. Dans son rapport, Mme Vargas Valencia affirme que la majorité des femmes exploitées aspirent à passer aux Etats-Unis.

En fait, la plupart des victimes sont persuadées de migrer vers les États-Unis, en quête d’un avenir meilleur. La proposition de traverser la frontière illégalement vient du recruteur qui crée des liens personnels avec la victime pour la persuader plus facilement. La plupart des femmes qui viennent d’autres États de la République mexicaine ou de l’étranger se retrouvent à Tijuana obligées de se prostituer pour payer les frais de transport ou les faux documents avec lesquels elles ont été amenées. Dans son étude[5]Fabiola Vargas-Valencia, “La trata de personas, dilema de la frontera norte de México: un análisis de política pública en Baja California, desde una perspectiva de género y los derechos … Continue reading,

Mme Vargas Valencia indique qu’il existe 5 routes différentes par lesquelles les victimes sont amenées en Basse Californie :

  • La première provient d’Amérique du Sud et passe par Mexico. Sur cette route, les femmes migrantes sont exploitées dans des bars et des clubs de strip-tease.
  • Le deuxième itinéraire commence en Amérique centrale, passe par le Chiapas et se termine à Tijuana. Dans ce cas, les victimes arrivent avec les recruteurs qu’elles ont rencontrés dans leurs villes d’origine. Les victimes sont obligées de se prostituer pour payer leur logement, leur nourriture et leurs papiers.
  • La troisième est celle de la Basse-Californie où des femmes bloquées dans les municipalités de la région parce qu’elles ont été expulsées des États-Unis ou n’ont pas pu franchir la frontière, se voient proposer de l’argent en échange de la prostitution.
  • Le point de départ de la quatrième route est Tijuana qui dirige les femmes vers Ciudad Juarez. Certains des témoins consultés dans le cadre de l’étude affirment qu’un grand nombre des femmes retrouvées mortes à Ciudad Juarez venaient de Tijuana.
  • La dernière route, la plus controversée, est celle de Tijuana comme point de départ vers les États-Unis, via San Diego. Sur cet itinéraire, des femmes et des enfants sont introduits clandestinement aux États-Unis par des polleros munis de faux documents ou cachés dans des voitures. L’étude affirme que les patrouilles frontalières du côté américain sont parfois impliquées dans le processus.

Historiquement, Tijuana a été la ville du vice pour les pays du nord.

 Tijuana s’est développée économiquement avec succès grâce à l’agriculture, à l’industrie “maquiladora” (un type d’usine qui se situe à la frontière nord du Mexique et qui assemble à bas coût des produits d’exportation) et au tourisme. Depuis sa fondation, elle a servi de source de divertissement aux visiteurs américains qui venaient chercher les activités interdites dans leur pays. En 1920, le Volstead Act, officiellement connu sous le nom de Prohibition Act, interdit la fabrication et la vente de boissons alcoolisées. La vague moraliste qui vivait aux États-Unis sous le président Wilson s’étendit ensuite à l’interdiction des jeux d’argent et de la prostitution. Ironiquement, l’application de cette loi aux États-Unis a conduit à l’épanouissement du commerce de l’alcool à Tijuana. Les Américains ont été attirés par les règles moins strictes de la ville du sud, proche de leur frontière. Depuis lors, des Américains, principalement des hommes, se rendent à Tijuana pour extérioriser ces comportements très mal vus aux États-Unis.

Au XXe siècle, Tijuana a réussi à se développer grâce à l’essor du commerce et du tourisme sexuel. Tout au long du siècle, la ville a fait du tourisme sa principale activité économique ; tous les services étaient destinés à répondre aux besoins des visiteurs américains. Depuis lors, Tijuana a été le fournisseur de divertissements pour les visiteurs étrangers, souvent au détriment de la sécurité et du bien-être de ses résidents.

En se promenant dans la tristement célèbre Zona Norte, le quartier rouge situé dans le centre de la ville, on peut voir les nombreux bordels, salons de massage et hôtels offrant leurs services à leur clientèle (des visiteurs étrangers la plupart du temps). Bien que des citoyens mexicains participent au commerce de la prostitution, ce sont surtout des hommes originaires d’Amérique du Nord et d’Europe occidentale qui viennent à Tijuana à la recherche de tourisme sexuel.

Le tourisme sexuel, une réponse à la demande

La forte demande de prostitution a entraîné une augmentation des groupes criminels qui se consacrent à la traite d’êtres humains. Cela s’est traduit par l’augmentation des enlèvements et du recrutement de victimes pour les forcer à se livrer à l’exploitation sexuelle. Il existe des registres montrant que des Américains, originaires de tout le pays, se rendre à Tijuana à la recherche de prostituées.

Le cas de Joel Alexander Wright est l’un des plus notoires. En 2016, cet étudiant séminariste de l’Ohio a été condamné à 15 ans de prison aux États-Unis après avoir avoué qu’il avait essayé d’adopter et d’acheter des bébés de sexe féminin au Mexique pour pouvoir les agresser sexuellement[6]NBC San Diego, Seminary Student Sentenced to 15 Years in Federal Prison for Seeking Sex With Babies in Tijuana, 01/07/2016. Pour demander ces services, l’un des moyens les plus courants pour les agresseurs sexuels est de passer par Craigslist. Le site web sert de lien à ces personnes pour recruter des locaux comme “guides touristiques” au Mexique, afin d’établir un contact[7]San Diego Union Tribune, ‘Brand new, recently stolen’: Inside Tijuana’s sex tourism trade of young children, 21/10/2017. La dynamique est toujours la même, le touriste traverse la frontière sans que les agents de l’immigration mexicaine ne lui posent beaucoup de questions. Il emprunte ensuite le pont reliant la frontière au centre-ville et contacte le trafiquant, qui lui remet ensuite la victime. Cette “transaction” peut avoir lieu en plein jour, dans un endroit proche de la frontière et où tout le monde peut en être témoin. En effet, de nombreux commerçants locaux sont au courant mais n’osent pas le dénoncer par peur des représailles. C’est un business circulaire dans lequel tout le monde est impliqué : les criminels, le client et la police locale qui ferme les yeux en échange de pots-de-vin.

Le commerce de l’exploitation sexuelle a également bénéficié du flux important d’immigration dans la ville. Comme indiqué sur les cinq itinéraires, le cinquième itinéraire est emprunté par de personnes provenant de différentes régions du pays ou de femmes étrangères qui pensent qu’elles ne feront que passer par la ville pour se rendre aux États-Unis mais qui se retrouvent prises au piège de leurs trafiquants. En raison de la récente vague d’immigration en provenance des pays d’Amérique centrale et du Sud, l’unité nationale de lutte contre la traite d’êtres humains du Bureau du Procureur Général de l’État de Basse-Californie a lancé une campagne d’information dans tous les foyers pour migrants de la ville.
Le directeur de l’unité a déclaré : “Les migrants sont les personnes les plus vulnérables, ils sont des proies faciles pour la traite, surtout s’ils sont étrangers. Si vous êtes sans papiers, il est difficile pour les familles de trouver le migrant d’un autre pays, puis de l’aider, ce qui les rend très vulnérables [8]San Diego Union Tribune, Advierten de trata de migrantes en Baja California, 29/07/2019”.

Au-delà de la portée de l’exploitation elle-même, il est important de s’interroger sur les actions du gouvernement américain pour empêcher leurs ressortissants de traverser la frontière dans le but de profiter du tourisme sexuel. Jusqu’à présent, l’approche des autorités a été réactive au lieu d’être également préventive.

La coopération binationale a échoué dans la lutte contre la traite des êtres humains

Sous l’égide de l’ONUDC, les deux pays partagent un travail commun de prévention de la traite des immigrés. The Oasis Initiative est un programme mené par le Mexique et les États-Unis pour établir un cadre judiciaire dans les cas de trafic d’immigrants. Grâce à ce programme, les deux pays visent à établir une coordination dans la lutte contre le crime organisé international. En outre, SOMMEX((En anglais, Smuggling of Migrants in Mexico, Trafic de migrants au Mexique, NdT)) est un programme qui vise à prévenir et à combattre la trafic de migrants au Mexique.

Des progrès ont certes été réalisés dans les discussions visant à protéger les migrants qui se retrouvent dans la zone frontalière. Cependant, les deux pays n’ont pas été à la hauteur en ce qui concerne la coordination des programmes de lutte contre la traite d’êtres humains dédiés aux enfants et aux femmes. À l’inverse, dans le “2019 Trafficking in Persons Report : Mexico” du Département d’État américain, le gouvernement américain pointe du doigt ses homologues mexicains. Le rapport indique que lors des actions menées en 2019, le gouvernement mexicain n’a pas respecté les normes minimales dans plusieurs domaines clés. “Le gouvernement a enquêté, poursuivi et condamné moins de trafiquants que l’année précédente ; il a fourni des services spécialisés limités aux victimes de la traite, qui n’étaient pas disponibles dans la plupart des régions du pays ; et [le gouvernement] a ouvert un nombre insuffisant de refuges par rapport à l’ampleur du problème[9]Département d’État américain, 2019 Trafficking in Persons Report : Mexico, 2019.[…].”

En effet, de nombreux rapports locaux soulignent le manque de volonté des fonctionnaires mexicains de lutter contre la traite d’êtres humains. Le manque de transparence et la corruption au sein des institutions nationales ont permis à ce problème de s’aggraver. Une pression internationale semble donc nécessaire pour mettre fin à cette situation. Si le gouvernement mexicain n’a pas réussi à protéger ses citoyens et les migrants qui tentent de passer dans le pays voisin, les États-Unis n’ont pas non plus imposé de restrictions plus sévères à leurs citoyens, afin de les dissuader de traverser la frontière à la recherche de services sexuels ou de mœurs.

Ce problème se pose lorsque les victimes sont des Mexicains ou des étrangers qui, dans la plupart des cas, cherchent une vie meilleure aux États-Unis. Certes, des citoyens mexicains sont impliqués dans le crime organisé. Néanmoins, la demande de tourisme sexuel provient du côté nord de la frontière. Les discussions ou initiatives communes permettant aux deux États de comprendre la situation actuelle n’ont pas permis de résoudre ce problème. Le Mexique et les États-Unis doivent travailler ensemble à l’élaboration d’un plan binational de lutte contre cette nouvelle forme d’esclavage.

Bibliographie

Arun Kumar Acharya, Francisco Gomez, Armando Suarez, Araceli Morquecho, Tania Dominguez, Andres Benitez, Jose Cervantes, Abel Garza, Myriam Quistiano, “Perspectivas del tráfico de personas en México. Un análisis de las entidades federativas”, 2011, Universidad Autonoma de Nuevo León.
https://www.academia.edu/33056701/Trata_de_personas_en_M%C3%A9xico_un_diagn%C3%B3stico_entre_las_entidades_federativas

Fabiola Vargas-Valencia, “La trata de personas, dilema de la frontera norte de México: un análisis de política pública en Baja California, desde una perspectiva de género y los derechos humanos”, July-December 2018, Huellas de la Migración, pgs 93-131.
https://huellasdelamigracion.uaemex.mx/article/view/11919

Oscar Guillermo del Toro Ramirez, “La vulnerabilidad de género en la trata de personas en suitación de explotación sexual en Tijuana”, 2012, Colegio de la Frontera Norte.
https://www.colef.mx/posgrado/tesis/2010932/

Pour citer cet article : Friday GARIBAY, “Tijuana: les dangers d’être une femme dans une ville frontalière”, 1.11.2020, Institut du Genre en Géopolitique.

References

References
1 El Sol de Tijuana, Desapariciones de mujeres aumentan, 27/09/2020
2 El Imparcial, Estan desaparecidas 271 adolescentes en Baja California, 30/08/2019
3 UNODC, Tráfico ilícito de migrantes: #NegocioMortal combatido por México y Estados Unidos
4 Zeta Tijuana, Familia y narco en trata de menores migrantes, 29/09/2015
5 Fabiola Vargas-Valencia, “La trata de personas, dilema de la frontera norte de México: un análisis de política pública en Baja California, desde una perspectiva de género y los derechos humanos”, juil.-déc. 2018, Huellas de la Migración, pp. 93-131, disponible sur : https://huellasdelamigracion.uaemex.mx/article/view/11919
6 NBC San Diego, Seminary Student Sentenced to 15 Years in Federal Prison for Seeking Sex With Babies in Tijuana, 01/07/2016
7 San Diego Union Tribune, ‘Brand new, recently stolen’: Inside Tijuana’s sex tourism trade of young children, 21/10/2017
8 San Diego Union Tribune, Advierten de trata de migrantes en Baja California, 29/07/2019
9 Département d’État américain, 2019 Trafficking in Persons Report : Mexico, 2019.