Les mutilations sexuelles féminines en Afrique : une norme sociale en baisse mais qui présente toujours de nombreux défis

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Les mutilations sexuelles féminines en Afrique : une norme sociale en baisse mais qui présente toujours de nombreux défis

26.04.2020
Par Laura Delcamp

Les mutilations sexuelles féminines [1]Laura Delcamp, « Les mutilations sexuelles féminines », Institut du Genre en Géopolitique, avril 2020, disponible sur : https://igg-geo.org/?p=886 (MSF) restent encore un défi mondial puisqu’on estime que 200 millions de femmes ont subi cette pratique, dont une majorité se situe sur le continent africain.[2]Franceinfo. « Afrique : baisse du nombre d’excisions et de mutilations sexuelles », 9 novembre 2018. URL : … Continue reading  Cette pratique traditionnelle, qui existait déjà avant l’apparition des grandes religions monothéistes, est une norme sociale importante dans de nombreux pays africains. Elle consiste généralement à une ablation partielle ou totale des  organes génitaux externes de la femme.[3]OMS. « Comprendre et lutter contre la violence à l’égard des femmes – les mutilations génitales féminines », 2012, p.1. Les MSF sont des violations des droits humains car elles ont des conséquences néfastes pour la santé des filles et des femmes, mais les familles continuent encore de perpétuer cette tradition. La pratique est en baisse depuis quelques années mais des efforts considérables restent encore à fournir pour y mettre fin définitivement.
28 pays africains pratiquent les MSF
La prévalence des MSF varie d’un pays à un autre : on estime qu’au Burkina Faso, plus de 72% des filles entre 15 et 49 ans l’ont subi (2006), alors qu’en Tanzanie, ce serait plus de 14% (2004).[4]OMS. « Prévalence des mutilations sexuelles féminines ». URL : https://www.who.int/reproductivehealth/topics/fgm/prevalence/fr/ Toutes les ethnies et les sociétés africaines ne sont donc pas concernées par cette pratique culturelle, mais les raisons de la faire subir aux femmes et aux filles se ressemblent. En effet, pour les communautés, les MSF relèvent avant tout du besoin de contrôler la sexualité et le corps de la femme. Parfois perçu comme un rite de passage à l’âge adulte comme au Kenya  ou, les jeunes filles subissant une MSF n’ont pas encore 15 ans et elles en gardent pour la plupart, des séquelles à vie. Outre les infections diverses et les rapports sexuels douloureux que les femmes et les filles peuvent avoir, cette pratique peut également entrainer la mort en cas d’hémorragies par exemple, ou lors d’un accouchement.[5]Excision, parlons-en !. « Quels sont les risques liés aux mutilations sexuelles féminines ? ». URL : … Continue reading
Interdire les MSF : indispensable mais insuffisant
Pour faire face aux MSF, de nombreux États africains ont décidé d’instaurer une loi qui condamne la pratique comme le Burkina Faso, la Mauritanie ou encore l’Éthiopie. Ces pays ont également ratifié des traités internationaux comme la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes ou encore la Convention des Nations Unies sur les droits de l’enfant qui interdisent fermement les MSF. Pourtant, de nombreuses familles continuent chaque année de faire subir la pratique à leurs filles car la pression sociale et culturelle est souvent plus forte que la peur d’être condamné. L’Organisation Mondiale de la Santé a ainsi constaté un abaissement de l’âge moyen auquel une fille est soumise à une MSF car les parents essayent parfois de contourner la loi par ce biais.[6]OMS. « Nouvelles tendances enregistrées en matière de mutilations sexuelles féminines ». URL : https://www.who.int/reproductivehealth/topics/fgm/fgm_trends/fr/ La législation est aujourd’hui indispensable pour que les familles arrêtent de perpétuer cette tradition, mais elle doit s’accompagner d’une sensibilisation pour qu’un véritable changement social s’opère au sein de ces sociétés.
Des voix qui s’élèvent pour mettre fin à cette pratique
Depuis plusieurs années, les voix de nombreux hommes et femmes, grâce notamment aux associations locales dont ils font partie, se font entendre pour mettre fin à cette pratique. C’est le cas par exemple de Nice Nailantei Leng’ete, originaire de la tribu Masaï au Kenya, qui milite depuis longtemps pour mettre fin aux MSF, une pratique très répandue dans son pays d’origine.[7]Diawara Malick. « Nice Nailantei Leng’ete : « Remplacer la mutilation par l’éducation », Le Point Afrique, 3 janvier 2020. URL : … Continue reading Plutôt que de rejeter complètement les traditions et la culture de sa tribu, elle a décidé de mettre en place des rites « alternatifs » qui se basent davantage sur la sensibilisation pour éviter que les jeunes filles ne subissent une MSF. Ces dernières sont souvent en première ligne pour faire changer les mentalités et faire en sorte que les familles comprennent que les MSF n’ont aucun bienfait pour la santé. En Guinée, Hadja Idrissa Bah, âgée de 20 ans, a créé le Club des jeunes filles leaders de Guinée[8]Maillard Matteo. « Hadja Idrissa Bah, une jeunesse contre les violences faites aux femmes », Le Monde Afrique, 30 décembre 2018. URL : … Continue reading afin de lutter contre les MSF, ainsi que les violences faites aux femmes en général. Ayant elle-même subi une MSF, elle souhaite sensibiliser sa communauté aux dangers de cette pratique, en apportant également son soutien à des filles et des femmes victimes de violences ou de viols. Entamer des dialogues communautaires et encourager les femmes à prendre des décisions semblent aujourd’hui des leviers de changement social pour mettre fin aux MSF, mais aussi à toutes les violences basées sur le genre.
Une baisse du nombre de MSF en Afrique
Grâce au travail des associations internationales et locales, mais aussi aux actions des militants, on observe une baisse du nombre de MSF en Afrique depuis quelques années. En Afrique de l’Ouest, région particulièrement touchée par ces pratiques, la prévalence est passée de 73,6% en 1996, à 25,4% en 2017, et en Afrique de l’Est, de 71,4% en 1995 à 8% en 2016.[9]Franceinfo. « Afrique : baisse du nombre d’excisions et de mutilations sexuelles », 9 novembre 2018. URL : … Continue readingUn signe encourageant, même si cette étude prend uniquement en compte les filles âgées de 0 à 14 ans, excluant ainsi les filles de 15 à 19 ans qui sont également à risque. De nouveaux défis sont également à relever comme la médicalisation de la pratique.[10]Saint-Jullian Elise. « Médicalisation de l’excision : un enjeu éthique », TV5Monde, 5 février 2015. URL : … Continue reading De plus en plus de familles demandent à des professionnels de santé de pratiquer une MSF sur leur fille, pensant que les conséquences sur la santé seront réduites. Or les MSF, mêmes lorsqu’elles sont réalisées dans un cadre médicalisé, restent une violation des droits humains et leur médicalisation peut également entrainer des séquelles pour les filles et les femmes. De nombreux efforts doivent donc encore être menés pour mettre fin aux MSF qui doivent rester un enjeu majeur de lutte pour l’égalité femmes-hommes et de santé publique pour tous les pays concernés.
Pour citer cet article : Laura Delcamp, “Les mutilations sexuelles féminines en Afrique : une norme sociale en baisse mais qui présente toujours de nombreux défis” , 26.04.2020, Institut du Genre en Géopolitique.

References

References
1 Laura Delcamp, « Les mutilations sexuelles féminines », Institut du Genre en Géopolitique, avril 2020, disponible sur : https://igg-geo.org/?p=886
2 Franceinfo. « Afrique : baisse du nombre d’excisions et de mutilations sexuelles », 9 novembre 2018. URL : https://www.francetvinfo.fr/sante/soigner/afrique-baisse-du-nombre-d-excisions-et-de-mutilations-sexuelles_3025735.html
3 OMS. « Comprendre et lutter contre la violence à l’égard des femmes – les mutilations génitales féminines », 2012, p.1.
4 OMS. « Prévalence des mutilations sexuelles féminines ». URL : https://www.who.int/reproductivehealth/topics/fgm/prevalence/fr/
5 Excision, parlons-en !. « Quels sont les risques liés aux mutilations sexuelles féminines ? ». URL : https://www.excisionparlonsen.org/comprendre-lexcision/quest-ce-que-lexcision/quels-sont-les-risques-lies-aux-mutilations-sexuelles-feminines/
6 OMS. « Nouvelles tendances enregistrées en matière de mutilations sexuelles féminines ». URL : https://www.who.int/reproductivehealth/topics/fgm/fgm_trends/fr/
7 Diawara Malick. « Nice Nailantei Leng’ete : « Remplacer la mutilation par l’éducation », Le Point Afrique, 3 janvier 2020. URL : https://www.lepoint.fr/afrique/nice-nailantei-leng-ete-remplacer-la-mutilation-par-l-education-03-01-2020-2356027_3826.php#
8 Maillard Matteo. « Hadja Idrissa Bah, une jeunesse contre les violences faites aux femmes », Le Monde Afrique, 30 décembre 2018. URL : https://www.lemonde.fr/afrique/article/2018/12/30/hadja-idrissa-bah-une-jeunesse-contre-les-violences-faites-aux-femmes_5403724_3212.html
9 Franceinfo. « Afrique : baisse du nombre d’excisions et de mutilations sexuelles », 9 novembre 2018. URL : https://www.francetvinfo.fr/sante/soigner/afrique-baisse-du-nombre-d-excisions-et-de-mutilations-sexuelles_3025735.html
10 Saint-Jullian Elise. « Médicalisation de l’excision : un enjeu éthique », TV5Monde, 5 février 2015. URL : https://information.tv5monde.com/terriennes/medicalisation-de-l-excision-un-enjeu-ethique-15449