Jeux Olympiques 2024 : La promotion de la parité des athlètes loin de représenter la réalité de la pratique sportive dans le monde

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20/09/2023

Nolwenn Bigot

« S’il n’y avait pas de militantes, d’insolentes, d’ambitieuses, de surdouées, nous serions privés de la moitié du bonheur que nous procurent les plus belles émotions du sport.[1]Site web officiel des Jeux Olympiques de Paris 2024, URL : https://www.paris2024.org/fr/parite/ » Par ces mots, le Comité olympique des jeux de Paris 2024 rappelle l’importance de la pratique du sport par les femmes, mais traduit également la bataille qu’elles ont dû, et doivent encore mener, pour légitimer leur place dans le monde du sport.

En 2024, se tiendront les 23ᵉ Jeux Olympiques modernes, les premiers de l’histoire à être paritaires. Cela signifie que parmi les athlètes, chaque sexe sera représenté à égalité[2]Définition proposée par l’INSE – Institut national de la statistique et des études économiques. De fait, sur les 10 500 athlètes participant·es, 5 250 seront des femmes et 5 250 seront des hommes[3]Guillaume Depasse, Paris 2024 : Les premiers Jeux à atteindre la parité des genres, Olympics.com, 28 juin 2023, Site web du CIO, URL : … Continue reading.

La seule participation des femmes aux Jeux Olympiques est le fruit d’un long combat : leur présence, autant que la reconnaissance de leurs capacités physiques n’a pas toujours été une évidence, aux Jeux Olympiques, en compétition, ou dans les fédérations sportives. Le sport, comme de nombreuses activités impliquant l’occupation de la sphère publique, a longtemps été l’apanage des hommes, tandis que la pratique féminine tombait sous le coup des stéréotypes de genre. Les propos de Pierre de Coubertin en 1912, concernant des épreuves olympiques féminines sont éloquents ; le fondateur des Jeux Olympiques modernes les qualifiait d’« impratiques, inintéressantes, inesthétiques, et […] ne craignons pas d’ajouter, incorrectes[4]Bohuon, Anaïs, et Grégory Quin. « Quand sport et féminité ne font pas bon ménage… », Le Sociographe, vol. 38, no. 2, 2012, pp. 23-30. ».

De toute évidence, au début du XXème siècle, le sport, ainsi que l’esprit de compétition et la force physique qu’il implique, ne correspondaient qu’à des attributs masculins. Ces comportements étaient largement considérés comme socialement inappropriés chez une femme. Cette acceptation sociale, de ce que devaient être les comportements masculins ou féminins a évolué, mais elle reste encore subordonnée à des stéréotypes de genre qui continuent d’influencer nos sociétés, et de limiter l’investissement du monde du sport par les femmes.

Ces préjugés relatifs aux attributs ou caractéristiques que les femmes et les hommes possèdent ou doivent posséder, et aux rôles qu’iels jouent ou doivent jouer[5]Haut Commissariat des Nations Unies pour les Droits de l’Homme, Site web, URL : … Continue reading. Ce n’est qu’en 1900, à l’occasion des Jeux Olympiques d’été de Paris que la compétition s’ouvre pour la première fois aux femmes, pour le tennis, la voile, le croquet, l’équitation et le golf.[6]Comité International Olympique, “Quand les femmes participent-elles pour la première fois aux Jeux Olympiques ?”, Article en ligne, Site web du CIO, URL : … Continue reading Cette ouverture olympique se poursuit, sport par sport, suivant l‘évolution des normes sociétales : les femmes accèdent à la compétition olympique pour des sports initialement considérés comme indécents (le tennis et le golf en 1900), puis pour des sports qui étaient considérés comme trop éprouvant physiquement ou trop violents pour elles (la boxe en 2012).

Ce n’est qu’à l’occasion des Jeux Olympiques de Sotchi en 2014 que les athlètes féminines accèdent à la compétition olympique en saut à ski, pourtant discipline olympique depuis 1924 pour les athlètes masculins. La discipline était jugée trop dangereuse pour les femmes en raison des supposés risques que sa pratique ferait peser sur leurs organes génitaux. Des considérations médicales finalement réfutées qui ouvrent la pratique olympique du saut à ski aux femmes, mais pas à toutes les épreuves pour autant. Si aujourd’hui femmes et hommes peuvent s’illustrer en saut à ski, lors des Jeux Olympiques, les femmes n’ont pas la possibilité de participer à autant d’épreuves que les hommes, celle sur le plus grand tremplin, la plus prestigieuse et la plus impressionnante, leur étant toujours inaccessible[7]Résultats des épreuves féminines de Saut à ski, Jeux Olympiques d’hiver de Pékin 2022, disponibles en ligne, site Web des Jeux Olympiques de Pékin, URL : … Continue reading.

La pratique sportive olympique est alors accessible aux femmes comme aux hommes, mais reste différenciée dans la majorité des activités. Les athlètes ne peuvent concourir dans une compétition unique, sans distinction de leur sexe que lorsque les caractéristiques de celui-ci « s’effacent » au profit d’un intermédiaire matériel entre les corps et l’exploit, c’est-à-dire lorsque la force physique n’intervient pas comme l’attribut fondamental déterminant de la victoire (comme la carabine pour le tir, le voilier, le cheval)[8]Saouter, Anne. « Ordre sportif et police de genre », Revue du MAUSS, vol. 46, no. 2, 2015, pp. 204-218.. Lorsque les femmes et les hommes partagent l’espace de pratique, la discrimination de genre s’opère tout de même, par le biais des modalités de parcours (distance, durée, etc.), des critères de classement (nombre de set), ou considérations matérielles (circonférence du ballon, poids des outils, etc). Les différences de masse musculaire, et plus encore les retards accumulés en termes de capacité et de compétence, peuvent justifier par moments des aménagements de pratique, mais ne doivent pas limiter la progression des athlètes féminines en bridant leur évolution sportive[9]Saouter, Anne. « Ordre sportif et police de genre », Revue du MAUSS, vol. 46, no. 2, 2015, pp. 204-218..

Ce prétexte de protection des femmes est également celui mobilisé pour justifier l’interdiction qui leur est faite de pratiquer, d’une manière générale, certains sports, voire toute activité physique, dans certains États. À la protection de leur santé, scientifiquement écartée, s’est parfois substituée la protection de leur vertu, de leur dignité ou de leur respectabilité, lesquelles seraient remises en cause par la pratique d’une activité encore parfois considérée comme un pré-carré masculin.

Évoquer la pratique sportive des femmes ou leur place dans le sport, touche de manière beaucoup plus large au droit fondamental des femmes à disposer de leur corps[10]Étude sur le Sport, le Genre et le Développement en Afrique, Cabinet PWC, Novembre 2021. Conclusions en ligne, URL : … Continue reading. À travers le monde, plusieurs pays interdisent aux femmes de pratiquer toutes ou certaines activités sportives, supposément pour leur propre protection. L’Afghanistan interdit toute pratique sportive aux femmes, justifiée par une incompatibilité de cette activité avec les obligations vestimentaires faites aux femmes et l’interdiction de la mixité[11]France Info, “Afghanistan : comment les talibans privent les femmes de leurs droits depuis le retour au pouvoir”, France Info, Décembre 2022, Article en ligne, URL : … Continue reading. En Iran, les femmes sont régulièrement interdites d’entrée dans les stades pour assister aux compétitions sportives masculines, justifiées par un « besoin » de les protéger de l’atmosphère masculine et de la vue des hommes en tenue de sport. Enfin, les Îles Tonga interdisent la pratique du rugby et de la boxe aux femmes et aux jeunes filles, dans un souci de « préservation de la dignité des Tongiennes »[12]Eleanor Ainge Roy, “Tonga bans schoolgirls from rugby and boxing ‘to preserve dignity’”, The Guardian, %ars 2018, Article en ligne, URL : … Continue reading.

Inciter à la pratique sportive féminine : le poids des considérations sociales 


Le sport est une activité sociale, ainsi, sa pratique comme ses valeurs relèvent généralement de considérations culturelles et traditionnelles soumises aux stéréotypes de genre largement partagés.

La distribution différentielle des femmes et des hommes dans les activités sportives est appelée sexuation de l’activité sportive, elle différencie les pratiques physiques « de femmes », qui sont dites « féminines » (les gymnastiques, les danses, l’équitation…), et les pratiques « d’hommes » qui sont dites masculines[13]Louveau, Catherine. « Sexuation du travail sportif et construction sociale de la féminité », Cahiers du Genre, vol. 36, no. 1, 2004, pp. 163-183.. La sexuation du sport est liée aux représentations dominantes de la féminité et de la masculinité dans la société, et aux normes, traits de personnalité et attributs physiques, qui leurs sont attachés. Selon ces stéréotypes, le sport regroupe des caractéristiques attribuées majoritairement à la masculinité et la virilité, telles que la force, la compétition et la confrontation, souvent jugées inconvenantes chez les femmes. De fait, à travers le monde, les sports de force, physiquement éreintants, risqués, ou exigeant des savoirs faire techniques sont très peu investis par les femmes[14]Louveau Catherine. “Les femmes dans le sport : construction sociale de la féminité et division du travail”. Les Cahiers de l’INSEP, n°32, 2002. Sport de haut niveau au féminin (tome I) … Continue reading. Ces stéréotypes mènent ainsi à l’infériorisation des femmes, de leurs habiletés et de leurs exploits sportifs[15]Gagnon, Nathaly. « Culture sportive et violence faite aux femmes. » Service social, volume 44, numéro 2, 1995, p. 35–56. URL : https://www.erudit.org/fr/revues/ss/1995-v44-n2-ss3519/706692ar.pdf .

S’agissant de l’activité sportive des femmes, elle génère une « peur de leur virilisation[16]Louveau, Catherine. « Sexuation du travail sportif et construction sociale de la féminité », Cahiers du Genre, vol. 36, no. 1, 2004, pp. 163-183. », de la part de certains hommes, en ce qu’elles ne correspondraient plus aux stéréotypes de genre largement diffusés. Au sein de la société, ce sont souvent deux modèles de femmes qui sont donnés comme positifs et socialement acceptables : la femme-mère et la femme objet. Dans un article paru en 2004 relatif à la sexuation du travail sportif et à la construction sociale de la féminité, la sociologue française Catherine Louveau soutient que « la fonction maternelle et l’esthétique sont des arguments valorisés, sinon fondateurs de l’incitation à pratiquer du sport ou certaines formes de pratiques physiques, des formes d’activités et d’exercices préconisés[17]Louveau, Catherine. « Sexuation du travail sportif et construction sociale de la féminité », Cahiers du Genre, vol. 36, no. 1, 2004, pp. 163-183. ». C’est notamment le cas de la pratique sportive dite « hygiéniste » qui se développent dans les années 1970-1980[18]Catherine Louveau, « Inégalité sur la ligne de départ : femmes, origines sociales et conquête du sport », Clio. Histoire‚ femmes et sociétés [En ligne], 23 | 2006, mis en ligne le 01 juin … Continue reading, encourageant les femmes à pratiquer une activité physique à des fins esthétiques (garder la ligne, perdre du poids, etc.)

Lorsque les femmes parviennent tout de même à accéder à des domaines (ou à des performances et résultats sportifs) considérés jusqu’alors comme exclusivement masculins, de véritables « procès en virilisation » , selon les termes de la sociologue française Catherine Louveau, leurs sont intentés[19]Catherine Louveau, « Inégalité sur la ligne de départ : femmes, origines sociales et conquête du sport », Clio. Histoire‚ femmes et sociétés [En ligne], 23 | 2006, mis en ligne le 01 juin … Continue reading. C’est récemment l’athlète Caster Semenya qui en a fait les frais, suite à un corps considéré par le CIO comme présentant naturellement trop de testostérone, suite à des examens réalisés en raison d’un « doute visuel »[20]AFP pour FranceInfo, “Athlétisme : la Cour européenne des droits de l’homme donne raison à Caster Semenya, atteinte d’hyperandrogénie”, 11/07/2023, article en ligne, URL : … Continue reading.

Cette peur de la virilisation des femmes traduit en réalité la peur du changement des normes sociales, et des différenciations entre femmes et hommes lorsque la force physique est considérée comme consubstantielle à la masculinité. La sociologue française Catherine Louveau le résume en ces termes : « Qu’est-ce qui restera en propre aux hommes si les femmes peuvent être costaudes, fortes, musclées, si elles vont au combat, autrement dit si elles peuvent jouer au rugby, pratiquer la boxe, etc. ? C’est une question contemporaine qui ne se pose pas seulement dans le sport mais qui s’y pose spécifiquement car il s’agit de pratiques corporelles, lieu premier d’inscription/expression de l’identité de sexe[21]Louveau, Catherine. « Sexuation du travail sportif et construction sociale de la féminité », Cahiers du Genre, vol. 36, no. 1, 2004, pp. 163-183. ».

Accéder à la pratique sportive féminine : adapter et sécuriser l’encadrement et les structures pour les femmes

De plus en plus de femmes pratiquent une activité sportive, bien qu’elle reste inégalitaire. Le sport, comme toute pratique sociale, est porteur de différenciations et d’inégalités, et ce, plus encore pour les femmes que pour les hommes[22]Louveau Catherine. “Les femmes dans le sport : construction sociale de la féminité et division du travail”. Les Cahiers de l’INSEP, n°32, 2002. Sport de haut niveau au féminin (tome I) … Continue reading. Parmi les femmes existe une grande disparité liée à la classe sociale, à titre d’exemple, les femmes ouvrières ou agricultrices, sont celles qui accèdent le moins aux pratiques sportives, tandis que les femmes cadres ou avec un haut niveau d’études, ont elles, de plus fortes probabilités d’accéder à des infrastructures sportives et de pratiquer une activité physique. Ainsi, des déterminants socio-économiques, ethniques, religieux, culturels, liés à l’âge, à la situation familiale, etc.[23]Étude sur le Sport, le Genre et le Développement en Afrique, Cabinet PWC, Novembre 2021. Conclusions en ligne, URL : https://mediatheque.agencemicroprojets.org/wp-content/uploads/202111-resumes.pdf contraignent la pratique sportive des femmes, et accentuent les discriminations qu’elles risquent de subir. Les normes sociales concernant le rôle des femmes dans la sphère privée, et notamment la charge familiale, pèsent généralement fortement sur leur accès aux activités sportives. Dans de nombreux pays et de nombreuses cultures, la société fait peser la charge familiale sur les jeunes filles, attendant d’elles qu’elles se marient et aient des enfants tôt après leur mariage, alors qu’elles sont encore jeunes. Elles entrent de fait dans un rythme de vie au sein duquel la pratique sportive, qu’elle soit professionnelle ou récréative, n’a pas une place prédominante, et ne représente pas un poste de dépense prioritaire[24]Global Sport, “Le sexe caché : Le sport féminin dans les pays en développement”, article, Janvier 2018, Article en ligne, URL : … Continue reading. Cette contrainte est d’autant plus forte lorsque les enfants sont nombreux, et qu’il n’existe pas de dispositif de prise en charge[25]Global Sport, “Le sexe caché : Le sport féminin dans les pays en développement”, article, Janvier 2018, Article en ligne, URL : … Continue reading.

Sécuriser la pratique sportive est un critère primordial pour permettre aux femmes de pratiquer une activité sportive sereinement. Selon les chiffres de l’UNESCO, 21% des femmes subissent ou ont subi une forme d’abus sexuel dans un cadre sportif[26]UNESCO, “Tackling violence against women and girls in sport: highlights”, UNESCO, 2023, Disponible en ligne, URL : https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000385850.locale=en . La prédominance masculine dans le sport, la priorité donnée aux résultats sur l’individu via la normalisation des pratiques abusives sous l’égide de la maxime « no pain, no gain[27]Peut-être traduit en français par : “pas de résultats sans effort” », ainsi que la proximité physique et l’admiration des athlètes entre-elleux ou avec leurs entraîneur·ses et entourage sportifs (docteur·es, dirigeant·es, etc.) sont autant de facteurs qui rendent la dénonciation des violences psychologiques et/ou physiques particulièrement difficile dans le cadre sportif.

Par conséquent, dans de nombreux cas, le manque de mécanismes sûrs de signalement et de protection des victimes, découragent certaines femmes qui mettent un terme définitif à leur pratique sportive[28]Conseil de l’Europe, “Gender-based violence in sport”, Novembre 2018, Article disponible en ligne, URL : https://rm.coe.int/bis-factsheet-gender-equality-sport-violence-en/1680714c0c . L’accès à une pratique sécurisée du sport pour les femmes ne peut se faire que par un travail en commun des instances politiques, judiciaires et sportives. Des codes de conduites pour les entraîneur·ses, un processus clair de signalement, ou des lignes directrices pour le recrutement du personnel encadrant les sportives sont une nécessité à mettre en place.

Les politiques publiques ont ainsi de fortes répercussions sur la capacité réelle des femmes à accéder à la pratique sportive. Les initiatives visant à promouvoir les bénéfices du sport auprès des jeunes filles sont de plus en plus nombreuses, mais restent rarement mises en place par les États eux-mêmes (telles que Skateistan, Help Age International Tanzania, ou Pro Sport Development, trois organisation lauréates des bourses de développement « sport et société active » du CIO). Ce sont souvent les ONG qui pallient cette défaillance, grâce à des programmes associant le sport à des campagnes de préventions ou d’information destinées aux jeunes filles. À titre d’exemple, l’ONU a publié en 2015 un article relatif aux bénéfices du sport sur le développement international, à l’occasion de l’adoption du Programme de développement durable à l’horizon de 2030. Il montre qu’en Inde, dans les structures sociales patriarcales enracinées, les programmes bénévoles fondés sur le sport offrent aux jeunes femmes la possibilité d’acquérir des connaissances importantes liées à la santé procréative et d’améliorer leur assurance, leur statut social et leurs relations sociales[29]Simon Darnell, “Le sport comme moyen pour promouvoir le développement international”, Chronique ONU, Article en ligne, URL : … Continue reading. Lorsque les financements viennent à manquer, les responsables des clubs sportifs privilégient leur équipe masculine au détriment de la féminine, peu importe le niveau de cette dernière, même si elle évolue à un meilleur niveau de classement[30]Saouter, Anne. « Ordre sportif et police de genre », Revue du MAUSS, vol. 46, no. 2, 2015, pp. 204-218.. Leur qualité, ou réussite, semble automatiquement minorée dès que l’espace masculin est menacé.

S’émanciper des normes de genre pour favoriser l’accès des femmes à la pratique sportive

À travers le monde, la pratique sportive des femmes reste limitée quantitativement, qualitativement et spatialement ; porteuse de différenciation et d’inégalités dont les formes, les valeurs et les institutions correspondent à des productions sociales, culturelles et historiques.

L’athlète mobilise son corps et son mental pour s’améliorer, et s’imposer dans la sphère publique ; la pratique du sport reflète sa réussite, vis-à-vis des autres, mais aussi sur lui·elle-même : la performance sportive permet d’augmenter la confiance en soi, de développer l’identité personnelle et d’asseoir sa place dans la société[31]Marie Level, Éric Dugas et Thierry Lesage. “Jeux sportifs, codes et construction identitaire”, Ethnologies, Volume 32, numéro 1, 2010, p. 113. Pour les femmes, le sport est un vecteur d’autonomisation, particulièrement pour les jeunes femmes marginalisées ou dont le développement social, économique et physique est limité. La transgression que représente leur participation à un programme d’activité physique remet en question le patriarcat et les traditions défavorables aux femmes, particulièrement lorsqu’elles s’illustrent dans leur pratique.

Aujourd’hui, il n’est pas suffisant de promouvoir la parité ou l’égalité dans le sport et les compétitions : c’est la culture sportive qu’il faut repenser, et promouvoir une culture sportive égalitaire, affranchie des stéréotypes. Ces normes de genre, qui limitent les femmes dans leur pratique du sport ne sont ni transculturelles, ni transhistoriques, elles évoluent selon les époques et les cultures.

Les propos contenus dans cet article n’engagent que l’autrice.

Pour citer cette production : Nolwenn Bigot. (2023). La promotion de la parité des athlètes loin de représenter la réalité de la pratique sportive dans le monde. Institut du Genre en Géopolitique. https://igg-geo.org/?p=15068

References

References
1 Site web officiel des Jeux Olympiques de Paris 2024, URL : https://www.paris2024.org/fr/parite/
2 Définition proposée par l’INSE – Institut national de la statistique et des études économiques
3 Guillaume Depasse, Paris 2024 : Les premiers Jeux à atteindre la parité des genres, Olympics.com, 28 juin 2023, Site web du CIO, URL : https://olympics.com/fr/infos/paris-2024-premiers-jeux-atteindre-parite-genres
4 Bohuon, Anaïs, et Grégory Quin. « Quand sport et féminité ne font pas bon ménage… », Le Sociographe, vol. 38, no. 2, 2012, pp. 23-30.
5 Haut Commissariat des Nations Unies pour les Droits de l’Homme, Site web, URL : https://www.ohchr.org/fr/women/gender-stereotyping#:~:text=Un%20st%C3%A9r%C3%A9otype%20li%C3%A9%20au%20genre,ils%20jouent%20ou%20doivent%20jouer. ) définissent les comportements socialement acceptables pour un·e individu·e, en fonction de son sexe. La volonté ou la contrainte de se conformer à ces normes de genre, attentes sociétales et pressions sociales peuvent décourager ou encourager l’implication des femmes dans la pratique sportive, cet article vise à déterminer quelle est l’influence des stéréotypes de genre dans la pratique féminine du sport.

Autoriser la pratique sportive féminine : une reconnaissance progressive des athlètes féminines

Les textes législatifs nationaux et internationaux de même que les politiques peuvent favoriser, autoriser ou entraver l’accès des femmes à certaines disciplines, ou niveaux de compétition. À titre d’exemple, la Charte des Jeux Olympiques a progressivement évolué sur ce sujet : lors des premiers Jeux Olympiques de l’ère moderne en 1896, les femmes n’étaient pas autorisées à participer aux compétitions((Ministère de l’éducation nationale, “La conquête des Jeux Olympiques par les femmes”, Article du Réseau Canopé, Ministère de l’éducation nationale, en ligne, URL : https://www.reseau-canope.fr/cndpfileadmin/pour-memoire/les-jeux-olympiques-des-enjeux-multiples/les-femmes-aux-jeux-olympiques-la-lente-conquete-de-lolympisme/la-conquete-des-jeux-olympiques-par-les-femmes/

6 Comité International Olympique, “Quand les femmes participent-elles pour la première fois aux Jeux Olympiques ?”, Article en ligne, Site web du CIO, URL : https://olympics.com/cio/faq/histoire-et-origine-des-jeux/quand-les-femmes-participent-elles-pour-la-premiere-fois-aux-jeux-olympiques
7 Résultats des épreuves féminines de Saut à ski, Jeux Olympiques d’hiver de Pékin 2022, disponibles en ligne, site Web des Jeux Olympiques de Pékin, URL : https://olympics.com/fr/olympic-games/beijing-2022/results/saut-a-ski/individuel-tremplin-normal-femmes
8, 9, 30 Saouter, Anne. « Ordre sportif et police de genre », Revue du MAUSS, vol. 46, no. 2, 2015, pp. 204-218.
10 Étude sur le Sport, le Genre et le Développement en Afrique, Cabinet PWC, Novembre 2021. Conclusions en ligne, URL : https://africa.womensports.fr/news/sport-genre-et-developpement-en-afrique-restitution-de-letude-le-best-of-52204.shtm
11 France Info, “Afghanistan : comment les talibans privent les femmes de leurs droits depuis le retour au pouvoir”, France Info, Décembre 2022, Article en ligne, URL : https://www.francetvinfo.fr/monde/afghanistan/afghanistan-travail-education-medias-ces-domaines-ou-les-droits-des-femmes-ont-recule-depuis-le-retour-au-pouvoir-des-talibans_5566446.html
12 Eleanor Ainge Roy, “Tonga bans schoolgirls from rugby and boxing ‘to preserve dignity’”, The Guardian, %ars 2018, Article en ligne, URL : https://www.theguardian.com/world/2018/mar/21/tonga-bans-school-girls-rugby-boxing-preserve-dignity
13, 16, 17, 21 Louveau, Catherine. « Sexuation du travail sportif et construction sociale de la féminité », Cahiers du Genre, vol. 36, no. 1, 2004, pp. 163-183.
14, 22 Louveau Catherine. “Les femmes dans le sport : construction sociale de la féminité et division du travail”. Les Cahiers de l’INSEP, n°32, 2002. Sport de haut niveau au féminin (tome I) pp. 49-78
15 Gagnon, Nathaly. « Culture sportive et violence faite aux femmes. » Service social, volume 44, numéro 2, 1995, p. 35–56. URL : https://www.erudit.org/fr/revues/ss/1995-v44-n2-ss3519/706692ar.pdf
18, 19 Catherine Louveau, « Inégalité sur la ligne de départ : femmes, origines sociales et conquête du sport », Clio. Histoire‚ femmes et sociétés [En ligne], 23 | 2006, mis en ligne le 01 juin 2008
20 AFP pour FranceInfo, “Athlétisme : la Cour européenne des droits de l’homme donne raison à Caster Semenya, atteinte d’hyperandrogénie”, 11/07/2023, article en ligne, URL : https://www.francetvinfo.fr/sports/athletisme/caster-semenya/hyperandrogenie-la-cour-europeenne-des-droits-de-l-homme-donne-raison-a-l-athlete-semenya_5943896.html ) lié à son apparence physique jugée trop masculine. Ce qualificatif a d’ailleurs été attribué de manière récurrente, à travers l’histoire, aux femmes qui d’une manière générale, accédant à des fonctions historiquement socialement dévolues aux hommes : les premières écrivaines, les premières femmes politiques, les premières avocates ont toutes été considérées comme trop viriles, lorsque leur activité leur faisait accéder à une reconnaissance sociale.

Dans le domaine de la compétition sportive, il reste risqué pour les femmes de tutoyer les performances ou les caractéristiques physiques des athlètes masculins. Bien qu’en 2000, le Comité International Olympique (CIO) a « officiellement » supprimé le test de féminité (initié en 1966 sous la forme d’un contrôle systématique de sexe pour devenir au grés des avancées scientifiques un test chromosomique Pcr/Sry)((Bohuon, Anaïs. « Sport et bicatégorisation par sexe : test de féminité et ambiguïtés du discours médical », Nouvelles Questions Féministes, vol. 27, no. 1, 2008, pp. 80-91.), visant à « prouver » scientifiquement la féminité des athlètes lorsque celles-ci étaient considérées comme se rapprochant trop des athlètes masculins, non seulement par le physique, mais aussi par leurs performances. Malgré cette suppression, un personnel médical reste autorisé à « intervenir en cas de doutes sur l’identité sexuée de certaines athlètes », doutes basés de fait sur une appréciation esthétique visuelle du corps de l’athlète et renvoient inévitablement à la question des normes de genre. L’athlète indienne Santhi Soundarajan, médaillée d’argent au 800 mètres lors des Jeux asiatiques de Doha, s’est vue retirer sa médaille en 2006 suite à son échec au test de féminité, bien que reconnue comme étant de sexe féminin à sa naissance. La féminité se décline pourtant dans une multitude de dimensions, et ne saurait donc se réduire à une paire de chromosomes, comme le rappel Human Rights Watch((Human Rights Watch, “Les tests de féminité abusifs imposés à des sportives devraient être supprimés”, Décembre 2020, Article en ligne, URL : https://www.hrw.org/fr/news/2020/12/04/les-tests-de-feminite-abusifs-imposes-des-sportives-devraient-etre-supprimes

23 Étude sur le Sport, le Genre et le Développement en Afrique, Cabinet PWC, Novembre 2021. Conclusions en ligne, URL : https://mediatheque.agencemicroprojets.org/wp-content/uploads/202111-resumes.pdf
24, 25 Global Sport, “Le sexe caché : Le sport féminin dans les pays en développement”, article, Janvier 2018, Article en ligne, URL : https://intelligence.globalsportsjobs.fr/le-sexe-cache-le-sport-feminin-dans-les-pays-en-developpement
26 UNESCO, “Tackling violence against women and girls in sport: highlights”, UNESCO, 2023, Disponible en ligne, URL : https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000385850.locale=en
27 Peut-être traduit en français par : “pas de résultats sans effort”
28 Conseil de l’Europe, “Gender-based violence in sport”, Novembre 2018, Article disponible en ligne, URL : https://rm.coe.int/bis-factsheet-gender-equality-sport-violence-en/1680714c0c
29 Simon Darnell, “Le sport comme moyen pour promouvoir le développement international”, Chronique ONU, Article en ligne, URL : https://www.un.org/fr/chronicle/article/le-sport-comme-moyen-pour-promouvoir-le-developpement-international
31 Marie Level, Éric Dugas et Thierry Lesage. “Jeux sportifs, codes et construction identitaire”, Ethnologies, Volume 32, numéro 1, 2010, p. 113