Au Cachemire, la mobilisation des femmes face aux conséquences du conflit 2/2

Temps de lecture : 10 minutes

12/03/2024

Mathilde Pichot

Face aux violences subies, les femmes cachemiries se mobilisent en menant des actions collectives, et ce depuis les indépendances. De nombreuses organisations de femmes, très diverses dans leurs formes et leurs revendications, ont émergé dans la région. Si certaines ont fait le choix de s’inscrire dans la lignée des mouvements séparatistes islamistes, la majorité d’entre elles mènent des actions pacifiques et s’organisent pour favoriser l’émancipation des femmes. Cet article analyse la variété et les différents répertoires d’actions des mouvements féminins au Cachemire.

Le rôle méconnu des groupes séparatistes féminins dans la résistance

Dès 1947, avec le Women’s Self Defense Corps (WSDC), certains groupes parmi les premiers mouvements de femmes cachemiries ont choisi de prendre part à la lutte armée pour faire face à l’arrivée de l’armée indienne[1]Neogi, D. (2022) Women’s struggles in the Kashmir militancy war, Journal of International Women’s studies, 23(6), https://vc.bridgew.edu/jiws/vol23/iss6/4. Perçus comme une menace pour le gouvernement central, les deux mouvements séparatistes féminins actuels les plus connus, Dukhtaran-e-Millat (DeM), « Filles de la nation », et Muslim Khawateen Markaz (MKM), « Assemblée des femmes musulmanes », sont catégorisés comme organisations terroristes par Delhi. Leurs activités sont régulièrement contrôlées par les forces de sécurité, et leurs dirigeantes ont été arrêtées et détenues à plusieurs reprises. Affiliées à la Conférence Hurriyat, alliance politique regroupant les principaux mouvements séparatistes du Cachemire, elles sont notamment accusées de soutien logistique à des groupes islamistes radicaux (transfert de fonds, trafic d’armes[2]Lavoie, D. (2012) Défis et opportunités pour l’Empowerment et la mobilisation des femmes : le cas du conflit armé au Cachemire, Ecole Nationale d’Administration publique, Québec. … Continue reading).

Le DeM est une organisation pro-pakistanaise depuis sa création dans les années 1980. L’objectif de sa fondatrice, Asiya Andrabi, est d’aider Islamabad à reprendre la main sur tout le territoire en menant des actions de soutien aux groupes terroristes régionaux[3]Lavoie, D. (2012) Défis et opportunités pour l’Empowerment et la mobilisation des femmes : le cas du conflit armé au Cachemire, Ecole Nationale d’Administration publique, Québec. … Continue reading. Se définissant elle-même comme « féministe islamique », elle est parvenue à rallier à sa cause environ 500 membres actives[4]Parashar, S. (2011). Gender, Jihad, and Jingoism: Women as perpetrators, planners, and patrons of militancy in Kashmir. Studies in Conflict & Terrorism, 34(4), 295 317. … Continue reading en jouant sur le sentiment anti-indien très présent dans la région. En effet, les nombreux cas de violences exercées par l’armée indienne sur les femmes ont poussé plusieurs d’entre elles à rejoindre la lutte armée, afin d’être capable de se défendre face aux agressions subies. Toutefois, parmi la population cachemirie, le mouvement reste globalement peu populaire à cause de la question du rattachement au Pakistan. Les habitant·es souhaitent avant tout un Cachemire libre et indépendant, et ne se reconnaissent ni dans les mouvements de lutte armée pro-pakistanais, ni dans les revendications du gouvernement nationaliste indien[5]Parashar, S. (2011). Gender, Jihad, and Jingoism: Women as perpetrators, planners, and patrons of militancy in Kashmir. Studies in Conflict & Terrorism, 34(4), 295 317. … Continue reading. En outre, le fondamentalisme religieux prôné par le DeM (imposition du port de la burqa, ségrégation des espaces publics entre hommes et femmes) est rejeté par la grande majorité des femmes cachemiries.

De son côté, l’organisation Muslim Khawateen Markaz (MKM) milite pour une indépendance du Cachemire. Dans les années 1990, ses membres ont participé à plusieurs actions violentes, notamment à l’organisation du kidnapping de Rubaiya Sayeed, fille du ministre de l’Intérieur indien de l’époque[6]Parashar, S. (2011). Gender, Jihad, and Jingoism: Women as perpetrators, planners, and patrons of militancy in Kashmir. Studies in Conflict & Terrorism, 34(4), 295 317. … Continue reading. Mais depuis quelques années, l’organisation renommée Tehreeki Khwateen Kashmir (TKM)[7]Tehreeki signifiant « motivation », « mouvement » semble avoir fait évoluer son répertoire d’actions. La fondatrice du mouvement, Anjum Zamarud Habib, est impliquée dans les discussions pour l’arrêt des violences. Elle interpelle régulièrement l’ONU sur les atteintes aux droits humains commises dans la région, et appelle à un dialogue tripartite entre l’Inde, le Pakistan et le gouvernement cachemiri[8]Bhat, F. (09/12/2019) A Kashmiri Woman’s Lifetime Struggle for Azadi. Conversation with Anjum Zamarud Habib, Kashmir Lit. https://kashmirlit.org/dreaming-of-azadi/. Contrairement au DeM qui s’est opposé aux tentatives de processus de paix engagées dans les années 2000, le TKM est un mouvement politique qui milite pour demander une sortie pacifique du conflit. Aujourd’hui, le principal mode d’action utilisé par ses membres est l’organisation de marches et de manifestations. Plusieurs d’entre elles ont notamment été organisées près des locaux des Nations unies à Srinagar pour contester l’arrestation de militants de la Conférence Hurriyat[9]Alamy. (August 2008) Indian policewomen detain an activist of Muslim Khawateen Markaz, or Muslim Women’s Center, Alamy.com ou encore demander la libération de prisonniers.

Pour autant, le paysage d’organisations où sont engagées des femmes ne se limitent pas à des groupes mobilisés classifiés par Delhi « d’organisations terroristes » du fait de leur contestation plus frontale de l’occupation militaire et de la répression indienne. Ces organisations et d’autres associations mettent en œuvre un répertoire d’actions varié, tel que des mobilisations en faveur des droits humains, des manifestations dans l’espace public, des formations sur leurs droits fondamentaux et des activités de microfinance qui renforcent la protection des femmes cachemiries.

L’activisme pacifique des femmes pour la justice et l’aide aux victimes

Ces dernières années, quelques femmes ont émergé sur la scène politique locale cachemirie. C’est le cas de Mehbooba Mufti, fille de l’ancien ministre de l’Intérieur indien Mufti Mohammad Sayeed, avec qui elle a fondé le Jammu & Kashmir People’s Political Party (J&K PDP). Elle est la première femme à avoir accédé au poste de Ministre en chef du Jammu-et-Cachemire à la mort de son père en 2016. Toutefois, les exemples de femmes nommées à des postes de pouvoir restent très rares, et celles qui s’engagent en politique sont relativement mal perçues. Elles ne sont généralement respectées que lorsqu’elles parviennent à s’imposer dans les hautes sphères du pouvoir[10]Bhat, F. (09/12/2019) A Kashmiri Woman’s Lifetime Struggle for Azadi. Conversation with Anjum Zamarud Habib, Kashmir Lit. https://kashmirlit.org/dreaming-of-azadi/. Il est cependant intéressant de noter que lors des élections de 2008 au Jammu-et-Cachemire, les femmes représentaient 60% des votant·es[11]Lavoie, D. (2012) Défis et opportunités pour l’Empowerment et la mobilisation des femmes : le cas du conflit armé au Cachemire, Ecole Nationale d’Administration publique, Québec. … Continue reading. Les modèles féminins en politique semblent entraîner une hausse de la conscientisation politique chez les femmes du Cachemire. Le rôle des associations et organisations de femmes qui luttent contre les violences liées au genre sont également un facteur qui peut expliquer la hausse de la politisation des femmes cachemiries.

En effet, plusieurs associations se mobilisent dans le but de répondre aux problématiques engendrées par le conflit sur le quotidien des femmes cachemiries. Ces associations mènent un travail d’accompagnement des familles de victimes pour favoriser l’accès à leurs droits, l’instruction de leurs dossiers pour d’éventuels procès, et assurent un soutien psychologique[12]Pandit, N. (2022). Re-membering: tracing epistemic implications of feminist and gendered politics under military occupation, Feminist Theory, 24(1), 102-122. https://doi.org/10.1177/14647001221084888. Parmi elles, l’Association des parents de personnes disparues, Association of Parents of Disappeared persons (APDP) [13]Association of parents of disppeared persons. (2020). A movement against enforced disappearances. https://apdpkashmir.com/, et l’Association des familles de prisonniers cachemiris, Association of Families of Kashmiri Prisoners (AFKP) documentent de nombreux cas de disparitions, de torture, et d’arrestations illégales. Cela leur vaut des menaces de la part des services de renseignement indiens. En octobre 2020, des fouilles ont par exemple été menées dans les bureaux de l’APDP, ainsi que dans les foyers de plusieurs activistes[14]Pandith, M., Chitra, C. (2019) The Curfewed nights by Basharat Peer and the half mother by Shahnaz Bashir depict the women as part of resistance movement of Kashmir, IOSR Journal Of Humanities And … Continue reading. Sur la scène internationale, l’APDP mène également un combat pour appeler l’Inde à respecter ses engagements dans le cadre de la signature de la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées (Convention signée par Delhi en 2007).

Plusieurs groupes féministes ont par ailleurs mis en place de lieux de rencontres qui se basent sur l’expérience commune des femmes cachemiries. Cela permet de renforcer les liens de solidarité entre victimes du conflit. Ces organisations interviennent elles aussi en accompagnement des familles de victimes directes (personnes disparues, emprisonnées), mais elles font également un important travail de documentation et de mémoire par la diffusion d’écrits qui servent de support aux familles lorsqu’elles intentent des actions en justice. L’APDP collabore par exemple avec le groupe féministe Zanaan Wanaan[15]Zanaan Wanaan. (2021), New beginnings, radical possibilities. https://zanaanwanaan.com, Women speak, créé après la remontée des tensions au Cachemire en août 2019. Ce collectif organise des évènements regroupant des activistes, écrivain·es et intellectuel·les pour documenter la mémoire cachemirie et contrer le discours des nationalistes indiens. L’APDP et Zanaan Wanaan organisent régulièrement des manifestations pacifiques, notamment chaque 30 août lors de la journée internationale des victimes de disparitions forcées[16]Pandith, M., Chitra, C. (2019) The Curfewed nights by Basharat Peer and the half mother by Shahnaz Bashir depict the women as part of resistance movement of Kashmir, IOSR Journal Of Humanities And … Continue reading. Dans le même registre, la journaliste et activiste Asia Jeelani lançait en 2002 la Kashmiri Women’s Initiative for Peace and Disarmament (KWIPD), avec pour objectif d’internationaliser la question de la militarisation du Cachemire, et ses conséquences sur la vie des femmes. La KWIPD a notamment publié pendant plusieurs années un magazine trimestriel, Voices unheard, qui portait les témoignages de femmes cachemiries victimes du conflit[17]Wanaan, Z. (05/12/2021) Aasia Jeelani- a kashmiri feminist trailblazer. Zanaan Wanaan. https://zanaanwanaan.com/issues/aasia-jeelani-a-kashmiri-feminist-trailblazer/.

Grâce à ces mouvements pacifiques, de nombreuses femmes cachemiries ont pu bénéficier d’un accompagnement et de la mise en lumière de leurs difficultés. Mais afin d’obtenir de meilleures conditions de vie, il est également nécessaire que les femmes bénéficient d’opportunités leur permettant d’améliorer leur situation économique.

L’émancipation économique favorisée par les programmes de microfinance

Les programmes de microfinance sont devenus des outils classiques de lutte contre l’extrême pauvreté en Inde. Depuis plusieurs années, ils sont encouragés par le gouvernement du Jammu-et-Cachemire qui les utilise comme un moyen de de favoriser le développement économique et l’inclusion. Une grande diversité de programmes ont été mis en place, certains sont spécifiques à des secteurs d’activités (artisanat, agriculture), d’autres ciblent une certaine partie de la population (par exemple les personnes analphabètes). Au Cachemire, ce sont les femmes, principalement dans zones rurales, qui en sont les principales bénéficiaires (en 2017, elles représentaient environ 80% des bénéficiaires de prêts[18]Shawl, S. (2017) An Analysis of Microfinance in Kashmir, SMS Journal of Entrepreneurship & Innovation, 4 (1), 39-54. https://doi.org/10.21844/smsjei.v4i01.10800). Cela s’explique par le fait qu’elles sont généralement plus touchées par le chômage et les situations de précarité.

La Jammu & Kashmir Bank a commencé à utiliser la microfinance à partir de 2006, en partenariat avec l’ONG Kashmir Women’s Credit Cooperative Ltd (KWCCL). Cette ONG a joué un très grand rôle pour favoriser le déploiement de ces programmes à travers les régions rurales du Cachemire, en informant les femmes sur l’existence des micro-crédits[19]Shawl, S. (2017) An Analysis of Microfinance in Kashmir, SMS Journal of Entrepreneurship & Innovation, 4 (1), 39-54. https://doi.org/10.21844/smsjei.v4i01.10800. En contrepartie, les banques soutiennent financièrement les ONG pour leur travail de communication et d’information auprès de la population. De nombreuses femmes ont pu se voir accorder des prêts pour le lancement de leur activité, mais également pour financer l’éducation de leurs enfants. Selon la présidente de la KWCCL, Nighat Pandit, le but est que les femmes cachemiries deviennent financièrement indépendantes, et qu’elles puissent jouer un rôle plus important dans la prise de décision au sein du foyer. Il est vrai que l’accès à ces programmes permet une évolution des rôles sociaux pour les femmes qui en bénéficient. Toutefois, les politiques de micro-crédits sont mises en œuvre par des ONG dans le cadre de partenariat avec les banques qui relèvent pour leur part du secteur privé lucratif. Pour les banques qui les développent, l’objectif recherché est donc avant tout d’intégrer dans le système bancaire des personnes marginalisées afin d’élargir leur clientèle[20]Guérin, I., Fouillet, C., & Palier, J. (2007) La microfinance indienne peut-elle être solidaire ? Tiers-Monde, 190(2), 291. https://doi.org/10.3917/rtm.190.0291. Par ailleurs, ces dispositifs ne sont pas neutres dans leur orientation politique, puisqu’ils défendent une politique de mise au travail.

Un autre outil de la microfinance, qui diffère des micro-crédits classiques, poursuit un objectif plus social. Il s’agit des Self-help groups (SHG), ou « groupes d’entraides », qui regroupent généralement 10 à 20 femmes dans le but de leur donner accès un prêt plus conséquent, et leur permettre de créer une activité commune. Les SHG se sont avérés être une bonne alternative pour les femmes, contrairement aux plans économiques lancés par le gouvernement du Jammu-et-Cachemire qui ont été peu bénéfiques. Contrairement aux systèmes de micro-crédits qui incitent à contracter des prêts bancaires pour élargir la consommation des plus pauvres, il s’agit d’un outil qui permet de renforcer les liens sociaux. Au Cachemire, de nombreuses veuves et femmes de disparus ont ainsi pu bénéficier de ces programmes et retrouver l’accès à une activité rémunérée, tout en partageant cette expérience avec d’autres femmes. La majorité des activités lancées dans le cadre des SHG au Cachemire sont liées au secteur rural (élevage, maraîchage), mais également aux métiers du tissage et de la broderie[21]Irshad, A., Bhat, A. (2015) The vitality and the role of self help groups (SHGs) in women upliftment: special reference to Kashmir. International journal of research – granthaalayah, 3(8), 105 110. … Continue reading. Ce sont des activités traditionnellement assignées aux femmes, et qui collent encore aux stéréotypes de genre. Il convient néanmoins de noter qu’au-delà de l’aspect financier, la participation des femmes dans les SHG est un outil d’émancipation sociale et politique fort. Il a en effet été démontré que l’appartenance aux SHG favorisait la confiance en soi grâce à l’appartenance à un groupe. Par ailleurs, les femmes faisant partie d’un SHG ont une plus grande implication politique, et sont plus susceptibles d’aller voter lors des élections[22]Irshad, A., Bhat, A. (2015) The vitality and the role of self help groups (SHGs) in women upliftment: special reference to Kashmir. International journal of research – granthaalayah, 3(8), 105 110. … Continue reading. Des femmes qui consultaient auparavant leurs époux ou belles-familles votent désormais selon leurs propres choix. Ces femmes sont plus engagées politiquement puisqu’elles ont accès à plus d’informations sur les problématiques locales ou régionales[23]Khan, S. T., Bhat, M. A., & Sangmi, M. (2020) Impact of Microfinance on Economic, Social, Political and Psychological Empowerment: Evidence from Women’s Self-help Groups in Kashmir Valley, … Continue reading.

Néanmoins, il existe encore un manque de connaissance sur l’accès aux SHG. Les femmes ayant bénéficié de ces programmes se plaignent également d’un manque de formation sur la gestion d’un commerce. Les SHG au Cachemire ont donc encore un grand potentiel d’amélioration, et leur déploiement pourra être favorisé par l’accès à la formation professionnelle. La South Asia Foundation (SAF), a par exemple lancé en 2004 la SAF Madanjeet Singh scholarship scheme for women entrepreneurship development in Jammu & Kashmir state[24]South Asia Foundation (2017) Project Proposal for re-grouping of SAF-Madanjeet Singh Scholarship Scheme for Women Enterpreneurship Development in J&; K State. https://www.southasiafoundation.org/. Impulsé par le diplomate pakistanais Madanjeet Singh, ce programme a permis à plusieurs femmes de se former grâce à l’obtention d’une bourse. Elles ont pu se rendre à l’Université du Jammu-et-Cachemire à Srinagar le temps de la formation, et ensuite revenir dans leur village et ouvrir leur commerce. Des centres de formation professionnelle ont par ailleurs été ouverts dans certains villages[25]South Asia Foundation (2017) Project Proposal for re-grouping of SAF-Madanjeet Singh Scholarship Scheme for Women Enterpreneurship Development in J&; K State. https://www.southasiafoundation.org/.

Les SHG sont donc un vecteur d’émancipation pour les femmes cachemiries, mais il convient toutefois de rester prudent·e puisque dans certains cas, l’empowerment économique des femmes peut créer des tensions dans le couple, et donc engendrer un plus grand risque de violences intrafamiliales.

Quelles possibilités d’avenir pour les femmes cachemiries ?

Entre participation à la lutte armée, militantisme politique et actions pacifiques, la mobilisation des femmes au Cachemire est représentative de la complexité de ce conflit qui dure depuis plus de 70 ans. Face au nationalisme exacerbé et sans réelle volonté politique de la part des gouvernements indiens et pakistanais, il est difficile d’espérer une amélioration structurelle de la situation des droits humains dans la région.

Le développement des collectifs féminins permet à de nombreuses femmes d’accéder à des ressources vectrices d’émancipation, et leur ouvre des perspectives face aux rôles sociaux traditionnels qui leurs sont assignés. Toutefois, il s’agit d’un processus long et complexe qui mérite un accompagnement et un soutien financier de la part de la communauté internationale. Cela demande également la négociation de nouveaux espaces d’insertion pour ces femmes, ce qui est difficile à obtenir dans des sociétés encore extrêmement conservatrices. La poursuite du travail des ONG et des associations est donc primordiale.

Ces organisations doivent aussi être perçues comme des espaces vecteurs d’émancipation et de reconnaissance du travail politique qui y est effectué. Ainsi, la mobilisation des femmes cachemiries pourrait, à l’instar des mouvements de femmes tamoules au Sri Lanka, être porté dans les enceintes du Conseil des Droits de l’Homme des Nations unies. L’adoption d’une résolution portant sur la reconnaissance des violences sexuelles dont sont victimes les femmes cachemiries depuis les indépendances serait un signal fort pour inciter le gouvernement indien à enquêter et juger ces agissements.

 

Les propos contenus dans cet article n’engagent que l’autrice.

Pour citer cet article : Mathilde Pichot (12/03/2024), Au Cachemire, la mobilisation des femmes face aux conséquences du conflit 2/2, Institut du Genre en Géopolitique. https://igg-geo.org/?p=18578

References

References
1 Neogi, D. (2022) Women’s struggles in the Kashmir militancy war, Journal of International Women’s studies, 23(6), https://vc.bridgew.edu/jiws/vol23/iss6/4
2, 3, 11 Lavoie, D. (2012) Défis et opportunités pour l’Empowerment et la mobilisation des femmes : le cas du conflit armé au Cachemire, Ecole Nationale d’Administration publique, Québec. https://espace.enap.ca/id/eprint/125/1/MEMMAT2012.pdf
4, 5, 6 Parashar, S. (2011). Gender, Jihad, and Jingoism: Women as perpetrators, planners, and patrons of militancy in Kashmir. Studies in Conflict & Terrorism, 34(4), 295 317. https://doi.org/10.1080/1057610x.2011.551719
7 Tehreeki signifiant « motivation », « mouvement »
8, 10 Bhat, F. (09/12/2019) A Kashmiri Woman’s Lifetime Struggle for Azadi. Conversation with Anjum Zamarud Habib, Kashmir Lit. https://kashmirlit.org/dreaming-of-azadi/
9 Alamy. (August 2008) Indian policewomen detain an activist of Muslim Khawateen Markaz, or Muslim Women’s Center, Alamy.com
12 Pandit, N. (2022). Re-membering: tracing epistemic implications of feminist and gendered politics under military occupation, Feminist Theory, 24(1), 102-122. https://doi.org/10.1177/14647001221084888
13 Association of parents of disppeared persons. (2020). A movement against enforced disappearances. https://apdpkashmir.com/
14, 16 Pandith, M., Chitra, C. (2019) The Curfewed nights by Basharat Peer and the half mother by Shahnaz Bashir depict the women as part of resistance movement of Kashmir, IOSR Journal Of Humanities And Social Science, 24(1), Ser.10. 08-11e-ISSN: 2279-0837, p-ISSN: 2279-0845
15 Zanaan Wanaan. (2021), New beginnings, radical possibilities. https://zanaanwanaan.com
17 Wanaan, Z. (05/12/2021) Aasia Jeelani- a kashmiri feminist trailblazer. Zanaan Wanaan. https://zanaanwanaan.com/issues/aasia-jeelani-a-kashmiri-feminist-trailblazer/
18, 19 Shawl, S. (2017) An Analysis of Microfinance in Kashmir, SMS Journal of Entrepreneurship & Innovation, 4 (1), 39-54. https://doi.org/10.21844/smsjei.v4i01.10800
20 Guérin, I., Fouillet, C., & Palier, J. (2007) La microfinance indienne peut-elle être solidaire ? Tiers-Monde, 190(2), 291. https://doi.org/10.3917/rtm.190.0291
21, 22 Irshad, A., Bhat, A. (2015) The vitality and the role of self help groups (SHGs) in women upliftment: special reference to Kashmir. International journal of research – granthaalayah, 3(8), 105 110. https://doi.org/10.29121/granthaalayah.v3.i8.2015.2968
23 Khan, S. T., Bhat, M. A., & Sangmi, M. (2020) Impact of Microfinance on Economic, Social, Political and Psychological Empowerment: Evidence from Women’s Self-help Groups in Kashmir Valley, India, FIIB Business Review, 12(1), 58 73. https://doi.org/10.1177/2319714520972905
24, 25 South Asia Foundation (2017) Project Proposal for re-grouping of SAF-Madanjeet Singh Scholarship Scheme for Women Enterpreneurship Development in J&; K State. https://www.southasiafoundation.org/