Des atteintes aux droits fondamentaux marginalisant les personnes LGBTI+ au Pérou 2/3

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11/03/2024

Anna Diaz

Corroborée par le dédain politique de ses dirigeants, la société péruvienne affiche une transphobie évidente. Face à ce climat de violence systémique, les personnes trans voient leurs droits fondamentaux bafoués et niés en permanence, alimentant un sentiment d’insécurité et de danger pour cette partie de la population péruvienne.

Pourtant identifiée comme population à risque, une dynamique d’exclusion à l’encontre des personnes trans est alimentée par l’État. Sous le joug du réseau de complicité entre les agent·es des services publics, le gouvernement et les pouvoir législatif et juridique, la communauté LGBTI+ fait face à un manque de soutien global depuis des décennies. Malgré une plus grande prise en compte des enjeux liés à la transidentité dans le monde, le Pérou reste imperméable aux accusations et condamnations internationales.

Quels sont les fondements de la marginalisation des personnes trans au Pérou, et de quelles manières cette dynamique d’exclusion influence-t-elle leur vie quotidienne au sein de la société ?

Des discriminations portées par des politiques et institutions conservatrices

Le système politique péruvien repose classiquement sur les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire – agissant comme contrepouvoirs réciproques. On distingue d’une part le pouvoir exécutif composé d’une présidence de la République, de deux vice-présidences élues pour cinq ans et de son Conseil des ministres. Celui-ci assure l’application de la loi élaborée par le pouvoir législatif, représenté par le Congrès de la République, dont le rôle est en outre de contrôler et d’investiguer les actions du pouvoir exécutif. Enfin, la Cour suprême est à la tête du pouvoir judiciaire qui contrôle l’application de la loi et sanctionne son non-respect.

La politique péruvienne est historiquement marquée à droite, en témoigne les présidences successives à la tête du pays, et surtout l’inclinaison du Congrès, dont le pouvoir semble désormais hégémonique. Ces dernières années en revanche, des hommes et femmes politiques issu·es des partis de gauche sont arrivé·es à la tête de l’exécutif du Pérou – comme ce fut le cas de Pedro Castillo, président de la République du Pérou du 28 juillet au 7 décembre 2022. Malgré son appartenance au parti de gauche radicale Pérou libre, il se montre conservateur sur nombre de sujets sociétaux[1]Semana (4 juin 2021), Quién es Pedro Castillo, el líder de izquierda que puede llegar a la presidencia de Perú, Semana. … Continue reading. Ce constat n’est pas propre au Pérou, cette nouvelle forme de politique de gauche s’observe dans un grand nombre de gouvernements contemporains d’Amérique latine[2]Montoya, A., Saliba, F., Delcas, M., Chaparro, A. (5 août 2022), « En Amérique latine, une « nouvelle gauche » au pouvoir, Le Monde, … Continue reading, à l’instar de la politique de Lula au Brésil, bien connu pour sa lutte contre la pauvreté, dont on oublie souvent la timidité de ses actions en matière de défense des minorités par exemple. Se réfugiant lui aussi derrière sa foi chrétienne, Pedro Castillo s’oppose entre autres au mariage homosexuel et à « l’approche du genre » dans l’éducation[3]Redacción (7/052021), Pedro Castillo está en contra del enfoque de género en el currículo escolar, Gestión, … Continue reading, complexifiant encore davantage l’inclusion des personnes trans. Sur la question de la transidentité, l’ancien président déclarait pendant la campagne électorale qu’il fallait « répudier cette attitude » et « se débarrasser de cette idiosyncrasie » [4]Canal N (2/06/2021), Castillo respecto a la identidd de género : ‘Tenemos que echar a la basura esa idiosincrasia’, Canal N, … Continue reading. L’actuelle présidente de la République du Pérou, Dina Boluarte, appartenait-elle aussi au Pérou libre. Cependant, depuis sa prise de fonction elle en a été exclue, et sa gouvernance semble alignée sur celle du Congrès de la République[5]Banda, G. (12 janvier 2023), At Peru Protests’ Epicenter, Rage – And a Sence of Betrayal, Americas Quarterly, … Continue reading, majoritairement conservateur.

En effet, le groupe politique majoritaire au sein du Congrès est la Force populaire, parti de droite radicale, suivant une grande partie de l’idéologie officielle d’Alberto Fujimori – ancien président de la République, dont le mandat a été marqué entre autres par des violences militaro-policières, des affaires de corruptions auxquelles s’ajoute sa condamnation pour crimes contre l’humanité. Depuis plusieurs années, un grand nombre d’analystes péruvien·nes dénoncent une « dictature parlementaire » ou parlent de « parlementarisme de fait » et d’atteintes à la démocratie[6]Rodríguez Mendoza, M.J. (2021), Constitucionalismo abusivo en el Perú : Un análisis a la vacancia presidencial por incapacidad moral y los hechos posteriores al 9 de noviembre de 2020, IUS ET … Continue reading. Ainsi, le Congrès semble avoir mis sous sa coupe les institutions étatiques et a entravé une grande partie des actions menées par les dernier·ères Président·es de la République. Il a notamment pris le contrôle du Tribunal constitutionnel en élisant des nouveaux membres conservateurs en 2022 par un processus grandement contesté[7]Chaparro, A. (26/10/2023), Au Pérou, le Congrès est accusé « d’atteinte à la démocratie » après l’ouverture d’une enquête contre le Conseil national de justice, Le Monde, … Continue reading, aux dépens de la protection des droits des minorités.

Le reste du pouvoir judiciaire n’échappe pas à la prédominance du camp conservateur, en témoigne l’élection en janvier 2023 du juge Javier Arévalo à la présidence de la Cour suprême, prenant ainsi la tête du pouvoir judiciaire dans son ensemble. Ce dernier est notamment connu pour ses positions LGBTphobes. Il s’est ainsi opposé à ce que la communauté LGBTI+ soient reconnue comme une population vulnérable, appuyée par la revendication de l’hétérosexualité comme seule orientation « normale » [8]El Peruano (17/07/2020), Voto singular del señor consejero Javier Arévalo Vela, Normas legales 75, … Continue reading.

Comme au niveau national, la capitale péruvienne est entre les mains de l’extrême droite : Rafael López Aliaga, membre du parti Rénovation populaire est maire de Lima depuis le 1er janvier 2023. Sous sa direction se développe une politique discriminatoire et anti-droits envers les populations LGBTI+. Ce maire fait régner un climat de peur chez les minorités dont les libertés fondamentales sont de jour en jour davantage menacées. En ce sens, par un décret publié en septembre 2023[9]El Peruano (28/07/2023), Ordenanza n°2568, « Ordenanza que instituye actos celebratorios y conmemorativos por el « día de la familia » y promueve el fortalecimiento de la familia en lima … Continue reading, López Aliaga a abrogé l’ordonnance n°2355-2021 qui intégrait la perspective de genre dans les politiques, les services publics et la gestion institutionnelle de Lima. Remplaçant cette dernière par l’institution d’une « Journée de la famille », le maire de Lima est allé plus loin, déclarant à la presse son ambition « d’exterminer toute la ‘doctrine du genre’ » [10]Ortiz Martínez, S. (5/03/2021) Rafael López Aliaga : « Toda la doctrina de género, evidentemente va a ser exterminada [ENTREVISTA], El Comercio, … Continue reading. En avril 2023, ce maire a également supprimé l’acronyme LGTBI du Règlement sur l’’organisation et les fonctions (ROF) de la municipalité de Lima, laissant ces citoyen·nes sans protection[11]Redacción (6/10/2023), Ola ultraconservadora arremete contra enfoque de género en MINEDU, MMP, y Municipalidad de Lima, Wayka, … Continue reading.

Dans l’ensemble du Pérou, le pouvoir semble ainsi être tombé entre les mains de personnes conservatrices, au détriment des communautés vulnérables et a fortiori des personnes trans. Si ce constat résonne particulièrement dans l’actualité, le conservatisme au Pérou n’est pas nouveau. Bien que cette responsabilité incombe essentiellement aux politiques, la pensée conservatrice religieuse a un impact considérable sur ces derniers, comme l’assure le chercheur étasunien Matthew Casey-Pariseault. Dans un essai paru en 2022, l’auteur étudie la théologie politique du conservatisme catholique dans le Pérou contemporain : il ressort qu’au cours du nouveau millénaire, la doctrine sociale de l’Église a prévalu dans la lutte contre le mouvement pour les droits LGBTI+[12]Casey-Pariseault, M. (2022), The political theology of Catholic conservatism in contemporary Peru, Discursos Del Sur, n°9, janvier/juillet 2022, pp. 41-59.. Il insiste sur l’influence des conservateur·ices sur les politicien·nes au pouvoir, allié·es essentiel·les dans les luttes contre « l’idéologie de genre » mais dont l’influence s’étend à de nombreuses aux sphères institutionnelles.

L’influence des mouvements nationalistes catholiques se ressent au sein du parti politique d’extrême-droite Rénovation populaire. Ce parti à l’importance majeure sur la scène politique contemporaine, compte dans ses rangs des membres des églises évangéliques, de groupes ultra-catholiques et du mouvement « con mis hijos no te metas » (opposé à l’éducation sexuelle à l’école car elle promouvrait « l’homosexualité chez les enfants »). L’influence du positionnement conservateur va au-delà de leurs partisan·es. Au contraire, elle semble s’étendre à un pan plus large de l’échiquier politique à l’image de la gouvernance du président sortant Pedro Castillo dont l’influence évangélique est avérée : par exemple, il a régulièrement rencontré des organisations religieuses et des factions opposées aux politiques publiques fondées sur les droits humains[13]Nicol, L. (12/08/2022), Las privilegiadas visitas de pastores evangélicos a congresistas y Palacio de Gobierno, Wayka, … Continue reading.

Les retombées concrètes de la marginalisation des personnes trans par les institutions sociales

L’intégration des minorités dans la société est stimulée par les politiques étatiques, mais elle passe également par la compréhension des enjeux et difficultés propres aux groupes discriminés par le reste de la population. Ainsi, les échanges avec les autres, l’éducation et l’accoutumance entre les différents groupes de la population sont d’autant des facteurs d’intégration. En ce sens, les institutions chargées de la mise en place de politiques sociales deviennent des lieux déterminant dans la manière dont les individus s’incorporent à la société globale, via l’école, l’activité professionnelle et les institutions sanitaires. En l’espèce, les personnes trans pâtissent des traitements LGBTphobes des institutions péruviennes.

Dans ce contexte politique et sociétal perpétuant toujours plus l’hégémonie de la droite conservatrice, la communauté LGBTI+ évolue tant bien que mal. À l’apogée de l’évolution des réflexions sociales sur « l’idéologie du genre », les personnes trans se distinguent comme la cible privilégiée des conservateur·ices défendant une vision essentialiste d’une anthropologie fondée sur la différence et la complémentarité des sexes. Ainsi, de larges pans de la société péruvienne majoritaire – politique ou populaire – lancent de violentes campagnes anti-LGBTI+, alimentant une dynamique de mise à marge de cette population. Au sommet de la pyramide, les personnes trans sont victimes d’agressions en tout genre de la part des citoyens et de l’État[14]Diaz, A. (13/12/2023), Les persécutions contre les personnes trans au Pérou. Une violence systémique alimentée par l’État 1/3, Institut du Genre en Géopolitique, https://igg-geo.org/?p=17180 et voient leur transidentité devenir un obstacle majeur dans l’accès à l’emploi, à l’éducation, aux services de santé et à toute institution publique ou privée.

Comme détaillé dans le premier article de ce dossier[15]Diaz, A. (13/12/2023), Les persécutions contre les personnes trans au Pérou. Une violence systémique alimentée par l’État 1/3, Institut du Genre en Géopolitique, https://igg-geo.org/?p=17180, les personnes trans sont placées dans un état d’exclusion du fait l’impossibilité de modifier le nom et le sexe sur la carte d’identité. La révélation de leur identité devenant motif de violences, de discrimination et d’exclusion sociale directe, la carte d’identité apparait comme un dispositif national validant et servant la discrimination dans les institutions péruviennes. En outre, les répercussions concrètes subies par les personnes trans liées à la dénégation de leur identité de genre affectent tangiblement leur parcours et leurs conditions sociales tout au long de leur vie.

Dès l’enfance, les personnes trans pâtissent de la transphobie ambiante au Pérou qui s’exerce parfois jusque dans l’intimité de la famille et de leurs relations amicales. Une conséquence première de ce rejet est l’impact sur l’éducation des personnes concernées, se traduisant par un taux d’analphabétisme et de décrochage scolaire de 76% au sein de la communauté trans péruvienne[16]Promsex (Junio 2016), Estudio Nacional sobre Clima Escolar en el Perú, Experiencias de adolescentes y jóvenes lesbianas, gays, bisexuales y trans en el ámbito escolar, … Continue reading. Plusieurs études constatent que les personnes LGBTI+ comptent parmi les principales victimes de harcèlement scolaire en Amérique latine en général, et au Pérou en particulier[17]UNESCO, « ‘Era como ir todos los días al matadero…’ : el bullying homofóbico en instituciones educativas públicas de Chile, Guatemala y Perú », 2013, 28p ; Centro de Promoción y Defensa … Continue reading. Subissant des insultes, des agressions physiques et psychologiques, ce groupe de la population est la cible non seulement des autres élèves, mais aussi des enseignants et des autorités éducatives. Ces attaques découlent d’une série d’idées reçues sur le genre et la sexualité et d’un manque d’information à ce sujet, renforcée par le système éducatif. Et pour cause, toute initiative visant à inclure ce concept dans le programme scolaire national est immédiatement bloquée par le parti conservateur. Les conséquences pour les élèves LGBTI+, en pleine construction personnelle sont terribles, parmi cette population plus de 70% ne se sentent pas en sécurité dans leur école en raison du harcèlement subi[18]Calderón, L. (6 mars 2023), Bullying escolar LGBTIQ en el Perú, Mas Igualdad, https://www.masigualdad.pe/post/bullying-escolar-lgbt-en-el-perú, et 35% ont abandonné l’école pour ces raisons[19]Centro de Promoción y Defensa de los Derechos Sexuales y Reproductivos (PROMSEX) (Junio 2016), Estudio Nacional sobre Clima Escolar en el Perú 2016, p.17. Ainsi, très peu de personnes trans vont au bout de l’enseignement secondaire.

En toute logique, de ces conditions scolaires découlent des difficultés à l’embauche et une nouvelle forme de discrimination. Le droit dont bénéficie chacun·e de gagner sa vie par le biais d’un travail librement choisi ou accepté est reconnu dans plusieurs conventions internationales[20]Déclaration universelle des droits de l’Homme (1948), Article 23 ; Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (1966), art. 6 à 10 ; Convention américaine relative … Continue reading, et une liste de droits fondamentaux relatifs au travail a été élaborée par l’Organisation internationale du travail (OIT) [21]Déclaration de l’OIT relative aux principes et droits fondamentaux au travail (1986). Dans la déclaration de l’OIT de 1986, les gouvernements s’engagent notamment à éliminer toutes les formes de discrimination en matière d’emploi et de profession[22]Déclaration de l’OIT relative aux principes et droits fondamentaux au travail (1986) ; Voir aussi, Organisation Internationale du Travail (2009), Conocer los Derechos Fundamentales en el … Continue reading. Enfin, l’article 23 de la Constitution du Pérou reconnait le travail comme étant un droit et un devoir, activité présentée comme base du bien-être social et moyen d’accomplissement personnel. Ce principe de non-discrimination est étroitement lié à la garantie du droit au travail pour la population LGBTI+ et notamment les personnes trans, car c’est précisément l’obstacle auquel iels sont confronté·es dans la recherche d’emploi. Malgré cette double reconnaissance nationale et internationale du travail comme droit fondamental, la transidentité reste un obstacle majeur à l’accès à l’emploi. Ce constat a été chiffré par l’Institut national de la statistique et de l’informatique dans une étude de 2021 dans laquelle il est indiqué que parmi la population péruvienne économiquement active, 94,7% a un emploi – formel ou informel[23]INEI (2021), « Comportamiento de los indicadores de mercado laboral a Nivel Nacional », Informe Tecnico, Lima, INEI, … Continue reading, contre 62,2% dans la population LGBTI+[24]Guerra Vilcapoma; E. R. (16/05/2022), Informe anual 2021 – Situación de los Derechos Humanos de las personas LGBTI, Promsex, p. 32, … Continue reading. De la même façon, les personnes trans ayant un emploi ont généralement un salaire moins élevé, et sont très peu engagé·es comme agent·es de l’État. Par conséquent, 24,3% des travailleur·es LGBTI+ ont déclaré cacher leur orientation sexuelle et identité de genre au travail de crainte d’être discriminé·es et/ou licencié·es. Pour les mêmes raisons, même en étant victimes de telles discriminations, les personnes concernées disent préférer garder le silence[25]Guerra Vilcapoma; E. R. (16/05/2022), Informe anual 2021 – Situación de los Derechos Humanos de las personas LGBTI, Promsex, p. 34, … Continue reading.

Dans ce contexte hostile et face au manque d’opportunités d’emploi, une large majorité de la population trans est contrainte de se livrer au commerce du sexe[26]En 2021, 78% de la population trans se livrait au commerce du sexe, d’après l’étude menée par Redtrasex.. Cette situation a des répercussions sur la santé des personnes trans, les femmes trans étant la population la plus exposée au VIH au Pérou[27]Silva-Santisteban, A., H. Fisher Raymond, Salazar, X. & al. (2012), Understanding the HIV/AIDS Epidemic in Transgender Women of Lima, Peru: Results from a Sero-Epidemiologic Study Using Responent … Continue reading. En Amérique Latine, la prévalence du VIH chez les femmes trans s’élève jusqu’à 38% et ainsi elles sont près de 50 fois plus susceptibles de contracter le VIH que la population générale[28]Silva-Santisteban A., E. Shirley, de la Iglesia, G., Falistocco, C., Mazin, R. (2016), HIV prevention among transgender women in Latin America: implementation, gaps and challenges, Journal of the … Continue reading. De même, ce non-choix professionnel expose les personnes trans à la répression puisque l’État contrôle la prostitution par le biais d’un système règlementariste invisibilisant le travail du sexe par des moyens répressifs, associant cette profession à l’immoralité, aux violences et aux maladies.

En outre, la santé des personnes trans pâtit de façon plus générale du manque d’information et de formation du personnel de santé : entre mauvais traitement et discrimination, la prise en charge est particulièrement complexe pour cette population, ce qui décourage les personnes concernées d’avoir accès aux soins. En effet, les hôpitaux constituent souvent des lieux hostiles pour des personnes qui ont pourtant particulièrement besoin d’y être pris en charge, notamment pour l’accès et le suivi de leur traitement hormonal. Bien que des directives aient été prises en 2016 pour améliorer la prise en charge des personnes trans, les discriminations de la part des soignant·es sont régulières. Dans le cadre des soins de santé, les personnes trans sont exclusivement renvoyé·es à leur identité de genre et aux risques de VIH au point d’omettre les autres questions sanitaires.

Une discrimination accentuée par la pandémie de COVID-19

Les personnes trans ont fait partie des groupes les plus touchés au début de la pandémie. Elles ont subi des arrestations arbitraires et des violences de la part de la police, car elles ne disposaient pas de papiers d’identité correspondant à leur identité de genre et à leur prénom d’usage (voir l’article précédent à ce sujet). Le gouvernement péruvien a fait preuve de discrimination dans sa réponse apportée à la gestion de cette crise, notamment en prévoyant des jours spécifiques pour la circulation des femmes et des hommes par un décret[29]Decreto Supremo n°057-2020-PCM (2/04/2020), https://cdn.www.gob.pe/uploads/document/file/574872/DS_057-2020-PCM.pdf?v=1585868310. Ainsi, rien n’était prévu pour les personnes trans. De nombreux cas de violences physiques et verbales et des situations d’humiliation de la part d’agent·es des forces de l’ordre ont été rapportés par des personnes trans, notamment les femmes trans détenues ont été victimes de la part d’agent·es. À la suite de ces plaintes, des instances internationales (la Commission interaméricaine des droits de l’Homme ainsi que le Bureau de la défenseure des droits) sont intervenues pour appeler le Pérou à garantir les droits des personnes LGBTI+ dans le cadre de leur réponse à la pandémie[30]Organisation des États Américains (20/04/2020), La CIDH appelle les États à garantir les droits des personnes LGBTI dans le cadre de leur réponse à la pandémie du COVID-19, Communiqué de … Continue reading.

Toutes ces difficultés et disparités subies par les personnes transgenres par rapport aux personnes cisgenres, dans l’accès aux droits fondamentaux résultent d’un contexte plus global de discrimination structurelle envers la population LGBTI+ au Pérou et cet état de marginalisation et de résilience, s’est vu accentué lors de la pandémie de COVID-19. Dans ce contexte de vulnérabilité des personnes trans au Pérou dans ce contexte de grande hostilité, la mobilisation de la société civile est essentielle et porteuse d’espoir pour les minorités. Ce dernier pan de l’analyse des persécutions contre les personnes trans au Pérou sera abordée dans un troisième article, clôturant ce dossier.


Les propos contenus dans cet article n’engagent que l’autrice.

Pour citer cet article : Anna Diaz (11/03/2024), Des atteintes aux droits fondamentaux marginalisant les personnes LGBTI+ au Pérou 2/3, Institut du Genre en Géopolitique. https://igg-geo.org/?p=18548

 

References

References
1 Semana (4 juin 2021), Quién es Pedro Castillo, el líder de izquierda que puede llegar a la presidencia de Perú, Semana. https://www.semana.com/mundo/articulo/quien-es-pedro-castillo-el-lider-de-izquierda-que-puede-llegar-a-la-presidencia-de-peru/202119/
2 Montoya, A., Saliba, F., Delcas, M., Chaparro, A. (5 août 2022), « En Amérique latine, une « nouvelle gauche » au pouvoir, Le Monde, https://www.lemonde.fr/international/article/2022/08/05/en-amerique-latine-une-nouvelle-gauche-au-pouvoir_6137218_3210.html ; Gomez, F.-X. (28 juin 2018), En Amérique latine, l’émergence d’une gauche conservatrice ?, Libération, Analyse, https://www.liberation.fr/planete/2018/06/28/en-amerique-latine-l-emergence-d-une-gauche-conservatrice_1662706/
3 Redacción (7/052021), Pedro Castillo está en contra del enfoque de género en el currículo escolar, Gestión, https://gestion.pe/peru/politica/pedro-castillo-esta-en-contra-del-enfoque-de-genero-en-el-curriculo-escolar-noticia/
4 Canal N (2/06/2021), Castillo respecto a la identidd de género : ‘Tenemos que echar a la basura esa idiosincrasia’, Canal N, https://canaln.pe/actualidad/pedro-castillo-sobre-identidad-genero-tenemos-que-echar-basura-esa-idiosincrasia-n435714
5 Banda, G. (12 janvier 2023), At Peru Protests’ Epicenter, Rage – And a Sence of Betrayal, Americas Quarterly, https://archive.wikiwix.com/cache/index2.php?url=https%3A%2F%2Fwww.americasquarterly.org%2Farticle%2Fat-peru-protests-epicenter-rage-and-a-sense-of-betrayal%2F#federation=archive.wikiwix.com&tab=url ; le journal péruvien Wayka dénonce également une divergence entre les paroles de la Présidente et les actes du gouvernement notamment dans la lutte pour les droits des femmes, v. (6/10/2023), Ola ultraconservadora arremete contra enfoque de género en MINEDU, MMP, y Municipalidad de Lima, Wayka, https://wayka.pe/ola-ultraconservadora-arremete-contra-enfoque-de-genero-en-minedu-mimp-y-municipalidad-de-lima/
6 Rodríguez Mendoza, M.J. (2021), Constitucionalismo abusivo en el Perú : Un análisis a la vacancia presidencial por incapacidad moral y los hechos posteriores al 9 de noviembre de 2020, IUS ET VERITAS, (62), pp. 253-264, https://revistas.pucp.edu.pe/index.php/iusetveritas/article/view/23909″>https://revistas.pucp.edu.pe/index.php/iusetveritas/article/view/23909″>https://revistas.pucp.edu.pe/index.php/iusetveritas/article/view/23909 ; Ignacio García Marín (2023), Las instituciones sí importan : el presidencialismo parlamentarizado del Perú y la amenaza a la democracia el en período 2016-2021, Analecta Política, 13(35), pp. 01-23.
7 Chaparro, A. (26/10/2023), Au Pérou, le Congrès est accusé « d’atteinte à la démocratie » après l’ouverture d’une enquête contre le Conseil national de justice, Le Monde, https://www.lemonde.fr/international/article/2023/09/26/au-perou-le-congres-est-accuse-d-atteinte-a-la-democratie-apres-l-ouverture-d-une-enquete-contre-le-conseil-national-de-justice_6191082_3210.html
8 El Peruano (17/07/2020), Voto singular del señor consejero Javier Arévalo Vela, Normas legales 75, https://www.pj.gob.pe/wps/wcm/connect/fa52e30043cc082b91ae936745cba5c4/Resolución+Administrativa+N°+002-2020-CE-PJ.pdf?MOD=AJPERES
9 El Peruano (28/07/2023), Ordenanza n°2568, « Ordenanza que instituye actos celebratorios y conmemorativos por el « día de la familia » y promueve el fortalecimiento de la familia en lima metropolitana », disposiciones complementarias y finales, segunda
10 Ortiz Martínez, S. (5/03/2021) Rafael López Aliaga : « Toda la doctrina de género, evidentemente va a ser exterminada [ENTREVISTA], El Comercio, https://elcomercio.pe/elecciones-2021/rafael-lopez-aliaga-toda-la-doctrina-de-genero-evidentemente-va-a-ser-exterminada-renovacion-popular-entrevista-elecciones-2021-noticia/
11 Redacción (6/10/2023), Ola ultraconservadora arremete contra enfoque de género en MINEDU, MMP, y Municipalidad de Lima, Wayka, https://wayka.pe/ola-ultraconservadora-arremete-contra-enfoque-de-genero-en-minedu-mimp-y-municipalidad-de-lima/
12 Casey-Pariseault, M. (2022), The political theology of Catholic conservatism in contemporary Peru, Discursos Del Sur, n°9, janvier/juillet 2022, pp. 41-59.
13 Nicol, L. (12/08/2022), Las privilegiadas visitas de pastores evangélicos a congresistas y Palacio de Gobierno, Wayka, https://wayka.pe/las-privilegiadas-visitas-de-pastores-evangelicos-a-congresistas-y-palacio-de-gobierno/
14, 15 Diaz, A. (13/12/2023), Les persécutions contre les personnes trans au Pérou. Une violence systémique alimentée par l’État 1/3, Institut du Genre en Géopolitique, https://igg-geo.org/?p=17180
16 Promsex (Junio 2016), Estudio Nacional sobre Clima Escolar en el Perú, Experiencias de adolescentes y jóvenes lesbianas, gays, bisexuales y trans en el ámbito escolar, https://promsex.org/wp-content/uploads/2016/08/IAEPeruWebGlesen.pdf
17 UNESCO, « ‘Era como ir todos los días al matadero…’ : el bullying homofóbico en instituciones educativas públicas de Chile, Guatemala y Perú », 2013, 28p ; Centro de Promoción y Defensa de los Derechos Sexuales y Reproductivos (PROMSEX) (Junion 2016), Estudio Nacional sobre Clima Escolar en el Perú 2016
18 Calderón, L. (6 mars 2023), Bullying escolar LGBTIQ en el Perú, Mas Igualdad, https://www.masigualdad.pe/post/bullying-escolar-lgbt-en-el-perú
19 Centro de Promoción y Defensa de los Derechos Sexuales y Reproductivos (PROMSEX) (Junio 2016), Estudio Nacional sobre Clima Escolar en el Perú 2016, p.17
20 Déclaration universelle des droits de l’Homme (1948), Article 23 ; Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (1966), art. 6 à 10 ; Convention américaine relative aux droits de l’homme (1969), art. 6.
21 Déclaration de l’OIT relative aux principes et droits fondamentaux au travail (1986
22 Déclaration de l’OIT relative aux principes et droits fondamentaux au travail (1986) ; Voir aussi, Organisation Internationale du Travail (2009), Conocer los Derechos Fundamentales en el Trabajo, https://www.ilo.org/wcmsp5/groups/public/@americas/@ro-lima/@sro-san_jose/documents/publication/wcms_180458.pdf
23 INEI (2021), « Comportamiento de los indicadores de mercado laboral a Nivel Nacional », Informe Tecnico, Lima, INEI, https://www.inei.gob.pe/media/MenuRecursivo/boletines/04-informe-tecnico-empleo-nacional-jul- ago-set-2021.pdf
24 Guerra Vilcapoma; E. R. (16/05/2022), Informe anual 2021 – Situación de los Derechos Humanos de las personas LGBTI, Promsex, p. 32, https://promsex.org/wp-content/uploads/2022/05/InformeAnualDerechosLGBTI2021.pdf
25 Guerra Vilcapoma; E. R. (16/05/2022), Informe anual 2021 – Situación de los Derechos Humanos de las personas LGBTI, Promsex, p. 34, https://promsex.org/wp-content/uploads/2022/05/InformeAnualDerechosLGBTI2021.pdf
26 En 2021, 78% de la population trans se livrait au commerce du sexe, d’après l’étude menée par Redtrasex.
27 Silva-Santisteban, A., H. Fisher Raymond, Salazar, X. & al. (2012), Understanding the HIV/AIDS Epidemic in Transgender Women of Lima, Peru: Results from a Sero-Epidemiologic Study Using Responent Driven Sampling, AIDS and Behavior, 16, pp. 972-881.
28 Silva-Santisteban A., E. Shirley, de la Iglesia, G., Falistocco, C., Mazin, R. (2016), HIV prevention among transgender women in Latin America: implementation, gaps and challenges, Journal of the International AIDS Society, vol. 19 n°3S2.
29 Decreto Supremo n°057-2020-PCM (2/04/2020), https://cdn.www.gob.pe/uploads/document/file/574872/DS_057-2020-PCM.pdf?v=1585868310
30 Organisation des États Américains (20/04/2020), La CIDH appelle les États à garantir les droits des personnes LGBTI dans le cadre de leur réponse à la pandémie du COVID-19, Communiqué de presse n°81/20, https://www.oas.org/fr/cidh/prensa/comunicados/2020/081.asp ; Defensoría del Pueblo (2020), Situación de personas de especial protección a propósito de la declaratoria de emergencia sanitaria. Tema I : Recomendaciones para garantizar derechos de las personas LGBTI, población afroperuana y defensoras/res de derechos humanos, Serie Informes Especiales, n°12-2020-DP, https://www.defensoria.gob.pe/wp-content/uploads/2020/04/Serie-Informes-Especiales-Nº-012-2020-DP.pdf